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L’Enquête du jeudi. Dépôts de gaz : l’anarchie et la fraude règnent en maîtres (2/2)

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Les bouteilles de gaz butane sont à l’origine de nombreux dégâts enregistrés au cours de ces dernières années. Tant dans les ménages que dans les points de vente même du combustible.


Rappel utile : un incendie s’est déclaré dans un magasin de vente de bouteilles de gaz butane à Bingerville, le 31 mars 2024, faisant de nombreux dégâts matériels. A Bimbresso dans la commune de Songon, l’incendie d’un magasin de vente de bouteille de gaz situé au rez-de-chaussée d’un immeuble, a fait un mort en 2023. L’appartement de la victime, situé tout juste au-dessus, a été touché par l’explosion des bouteilles. Et plus récemment encore, exactement le 30 mars 2024, un magasin de vente de gaz explosait au quartier Bonoumin, dans la commune de Cocody, causant de multiples dégâts. L’on pourrait ainsi citer plusieurs autres sinistres, causé par les diverses manipulations du gaz butane à Abidjan. Selon les conclusions d’une réunion interministérielle sur la protection civile, tenue le 28 décembre 2017, il ressort que l’explosion du gaz butane est l’accident domestique le plus fréquent en Côte d’Ivoire.

Anarchie

Les magasins de vente du gaz butane pullulent depuis quelques années dans les quartiers. Si cette proximité est profitable aux ménages, certaines personnes dénoncent tout de même le désordre qui règne dans le secteur. « Tout le monde s'investit dans ce commerce de gaz butane. Même le boutiquier de mon quartier a réservé un petit espace dans sa boutique pour les bouteilles de gaz. En cas de fuite du produit, ce sera certainement la catastrophe », craint Adrien.

Ce fonctionnaire pense qu’il devrait y avoir des magasins typiquement réservés à la commercialisation du gaz butane respectant les règles de sécurité en la matière. Ce qui n’est toujours pas le cas. L’on a affaire à de petits dépôts contiguës à des cours communes. Des caisses métalliques appelées conteneurs sont souvent aménagées pour contenir les bonbonnes de gaz butane. « Il y en avait devant la cour que j’habitais à Attécoubé. Avant mon départ de cette cour, j‘avais toujours des craintes qu’un jour un incendie ne se déclenche dans ce dépôt. Je ne me sentais pas du tout en sécurité », confie Matènin. Mais curieusement personne n’avait l’air de s’opposer à l’existence de ce dépôt de gaz devant la cour, selon cette ménagère. Et des camions venaient régulièrement y livrer des bouteilles de gaz.

C’est pratiquement la même situation que nous avons constatée dans les communes d’Adjamé, Attécoubé Abobo et Anyama que nous avons visitées. « Les conditions sécuritaires ne sont pas respectées. Je pense que les autorités compétentes doivent se monter exigeantes en la matière. Elles doivent régulièrement envoyer des contrôleurs sur le terrain. En cas d’incendie dû au gaz entraînant des dégâts et mort d’hommes, le coupable doit être sévèrement puni », estime ce commerçant. L’homme dit avoir perdu de nombreux biens dans un incendie dû à l’explosion de bouteilles de gaz, dans un magasin voisin. Il a l’impression que rien n’est exigé de ces revendeurs de gaz butane, en matière de sécurité. Aucun contrôle n’est fait non plus, tant l’anarchie règne dans le secteur.

Conditions

« Rendez-vous à Yopougon en zone industrielle. Leur base s’y trouve. Ils vont vous expliquer les conditions pour ouvrir un magasin », lance un gérant de magasin de vente de gaz butane. Nous lui avions demandé les conditions exigées par son fournisseur avant d’ouvrir son magasin. L’homme n’avait visiblement pas l’intention de nous renseigner. Pourtant une autorisation est exigée pour toute personne désirant ouvrir un dépôt de gaz. Le site servicepublic.gouv.ci, indique des documents à fournir dont une lettre de demande d’autorisation de création et d’exploitation d’un dépôt d’hydrocarbure gazeux de troisième classe. Les entreprises exerçant dans le domaine exigent également des conditions aux revendeurs, dont des conditions administratives et des conditions logistiques, notamment avoir une autorisation d’exploitation de la Direction générale des Hydrocarbures (DGH).

Témoignage

Malgré ces exigences des professionnels du domaine, le désordre et des dégâts sont constatés chaque jour. Cet état de fait est aussi imputable à la fraude dans le secteur, comme l’attestent les nombreuses découvertes d’entreprises clandestines de transvasement de gaz butane. Dans la commune d’Abobo, nous avons rencontré un ancien vendeur de bouteille de gaz butane qui a bien voulu nous parler de la pratique du transvasement, mais sous le couvert de l’anonymat. A. D. comme nous l’avons appelé, devenu agriculteur aujourd'hui, donne son témoignage d'ex-transvaseur.

« La pratique est dangereuse mais très rentable. Je transvasais le contenu de la bouteille B12 dans trois bouteilles B6. La B6 coûtait 2 200f l'unité. La B12 coûtait 4 500f. Alors qu’une B12 produit trois B6. Faites-en le calcul », nous lance-t-il avant de préciser ceci : « Mon aîné, propriétaire du magasin, ne le savait même pas. C'est un business que nous les tenanciers des points de vente ne révélons pas. Aucun transvaseur ne vous le dira. Sauf si vous le prenez sur les faits » dit-il. Puis il ajoute que « plusieurs tenanciers des dépôts de vente le font à l'intérieur de leur entrepôt ».


Installations clandestines


L’année dernière, de nombreuses installations clandestines ont été découvertes à Abidjan. Dans la commune d’ Abobo précisément au quartier Gotham, près du marché, une entreprise clandestine approvisionnait des magasins. Bien avant cela, le 8 avril de la même année, une unité clandestine de transvasement de gaz butane avait été découverte dans la même commune au Plateau Dokoui, par les gendarmes de l’escadron 1/1 d’Agban qui y avaient fait une descente.

Une opération menée par les gendarmes a permis de démanteler une unité de reconditionnement de bouteille de gaz butane à Djorogobité dans la commune de Cocody, le mercredi 8 mars 2023. Une douzaine de personnes ont été interpellées et deux camions de livraison de bouteilles de gaz et 2 743 bouteilles de gaz ont été saisis. Un important lot de stickers de diverses marques et d’entreprises opérant dans le domaine de la distribution du gaz, avaient été saisis sur eux. Ils utilisaient ces stickers pour pouvoir mieux écouler leurs marchandises frauduleuses, sans attirer l’attention sur eux. Une autre unité clandestine avait été découverte, le 12 avril 2023, dans la commune de Koumassi précisément dans le quartier Campement. Le propriétaire aurait fait croire que le lieu serait une habitation ordinaire. Plusieurs centaines de bouteilles de tous les formats y étaient entreposées. Autant de cas de fraude qui font craindre le pire.

Pour mieux comprendre pourquoi il y a autant de fraudes, nous avions adressé un courrier à la sous-direction de la répression des fraudes du ministère du Commerce lors d’une précédente enquête. Mais ce courrier en date du 24 juillet 2023, est resté sans suite jusqu’à ce jour.

Diomandé Karamoko et Trésor Doudou




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