Ce n’est pas tous les jours qu’on entend un prévenu raconter « une histoire de génies. » Que ce soit à la barre d’un Tribunal correctionnel ou à celle d’un Tribunal des flagrants délits. La 58e affaire inscrite au pôle du Tribunal des flagrants délits de Grand-Bassam, le jeudi 22 février 2024, a provoqué une ambiance toute particulière dans la salle d’audience. Comme si on était dans une salle de spectacles. Certains auditeurs se sont carrément esclaffés quand d’autres eurent du mal à étouffer leurs rires.
Poursuivi pour « coups et blessures volontaires » le 5 février 2024 et placé sous mandat de dépôt le 15 février, Guindo Mamadou, célibataire âgé de 34 ans, comparaissait pour répondre des faits qui lui sont reprochés. Selon le prévenu qui exercerait le métier de « chargeur » à la gare routière de la cité balnéaire, tout se serait bien passé entre lui et la victime ce jour-là, si des « méchants génies » ne l’avaient sommé instamment, de battre méchamment son compagnon d’infortune. Au point de lui infliger des blessures graves. Faits prévus et punis par les articles 381 et 387 du Code pénal ivoirien.
Comment prouver que l’acte gravissime qu’il a commis ce jour-là ne relève point de sa seule volonté ? Comment amener le procureur de la République et le président du Tribunal à croire qu’on ne peut résister à la volonté farouche des génies qui vous poussent au mal ?
Avec cette histoire de génies, histoire mal ficelée et montée de toutes pièces, le prévenu pensait pouvoir amener le Tribunal, à conclure à une « cause de non imputabilité » du délit sur sa personne. Exactement comme un alcoolique ou un drogué qui, après consommation d’un verre ou d’un « joint » de trop, commet un acte délictuel. Avant de soutenir qu’il a volé ou porté des coups, parce qu’il était drogué ou « ivre mort ».
Après cette démonstration hasardeuse et sans succès, le sieur Guindo, dans un second temps, va tenter d’arracher au Tribunal, les circonstances les plus atténuantes qui soient. Ce sera également peine perdue. A la question du Juge, celle de savoir si c’est seulement à la gare routière que se trouveraient les génies en question, le prévenu répond sans hésiter : « Oui, M. le Président. Quand je ne suis pas à la gare, ils me laissent en paix. »
« Dans ce cas, pourquoi tu ne choisirais pas un autre métier que celui de chargeur, pour être en paix avec tes génies ? », interroge le Juge. A cette question-piège, Guindo oppose un silence éloquent.
La vérité, c’est que Guindo n’était pas à sa première comparution devant le tribunal des flagrants délits. Dans un passé récent, il avait été jugé et condamné pour des faits similaires. Et quand le Tribunal le lui a rappelé, le prévenu a feint de ne rien en savoir.
Le président du Tribunal à Guindo : « Tu as oublié que tu es déjà passé ici, après avoir exercé des violences sur une personne ? Ce jour-là, tu n’étais pas sur ton lieu de travail. Tu n’étais pas à la gare routière. Dans ta version des faits, tu as parlé des mêmes génies. Dis la vérité au Tribunal, si tu veux qu’on te pardonne les actes que tu as posés. Laisse les génies tranquilles. Ils n’y sont pour rien. Le problème, c’est toi-même et personne d’autre. »
Le prévenu : « M. le Président, je vous jure que ce sont les mêmes génies. Ils me suivent partout. J’ai beau les éviter, ils sont toujours là. J’entends même leurs voix, là où je suis. »
Comme s’ils avaient hâte d’en finir avec cette histoire de « mauvais génies », le Ministère public et le président du Tribunal ont accordé leurs violons, avant d’infliger à « Guindo le possédé », une peine d’emprisonnement de 24 mois et une amende de 100 000 francs. Il est à craindre que les génies ne franchissent le pas, pour le retrouver en prison.
Une chronique de Mory-Frey Touré.
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