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Il y a un prix à payer pour la perle des lagunes

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Construire et développer un pays, une ville n’est pas chose aisée. Il faut d’abord avoir une vision, faire un plan, le faire accepter, et le réaliser. La ville d’Abidjan avait été créée par les colons français. Ils en avaient tracé le plan, en fonction de leur vision de l’aménagement d’une ville occupée à la fois par des colons dominateurs et ceux qu’ils appelaient les indigènes. Ainsi, il y avait un quartier pour les Blancs, et d’autres pour les indigènes, en fonction de leurs degrés « d’évolution ». Il y avait les indigènes, disons encore bruts, et les indigènes « évolués », c’est-à-dire qui avaient assimilé le mode de vie des Européens ou presque.

A partir de l’indépendance, la répartition dans la ville ne se fit plus en fonction de la couleur de peau, mais de la classe sociale. Il y eut donc des quartiers pour la haute bourgeoisie, pour la petite bourgeoisie, pour les classes moyennes, pour les petits et grands fonctionnaires, et les quartiers dits populaires pour tout le reste. On fit en sorte que les quartiers dits populaires, réservés aux moins nantis de la société, soient vivables, c’est-à-dire disposant d’un minimum d’infrastructures afin que l’on puisse y vivre décemment et dans un confort minimal. Houphouët-Boigny, le premier président de notre pays, fervent adepte du libéralisme économique, pratiqua cependant ce que l’on qualifia de « social le plus hardi » dans de nombreux domaines, dont la construction de la ville d’Abidjan. C’est ainsi qu’il créa des sociétés de construction immobilière telles que la Société ivoirienne de construction et de gestion immobilière (SICOGI), et la Société de gestion et de financement de l’habitat (SOGEFIHA), qui contribuèrent à construire des quartiers de tous les standings dans la ville d’Abidjan et même à l’intérieur du pays. Abidjan, la principale ville du pays et capitale économique se développa ainsi, avec son quartier du Plateau qui faisait penser à la Manhattan de New York, ses quartiers cossus de Cocody, Deux-Plateaux, Riviéra et ses quartiers de moyens standing ou carrément populaires ou même populeux de Treichville, Adjamé, Attécoubé, Bromacoté, Marcory, Port-Bouet, Yopougon, Abobo, etc. Entre temps, on avait construit San Pedro qui, avec son port, devait être le second pôle économique du pays. Une bonne partie de la population ivoirienne s’y déporta.

Mais la fin des années 80 vit la Côte d’Ivoire faire face à la plus grave crise économique de son histoire. Une crise qu’elle n’avait pas vu venir. Son développement fut freiné net, et des milliers de personnes perdirent leurs emplois. C’est ainsi que les bidonvilles commencèrent à se créer, un peu partout dans la ville d’Abidjan, et aussi à San Pedro, où le quartier du Bardo, l’un des plus grands bidonvilles d’Afrique vit le jour. Puis, au début des années 2000, il y eut la longue crise politico-militaire qui coupa le pays en deux et occasionna des déplacements de populations. Ajoutons les crises sécuritaires qui secouent nos voisins du nord et qui obligent une grande partie de leurs populations à se réfugier chez nous.

Depuis 2011, la Côte d’Ivoire a amorcé sa « remontada. » L’économie connait une embellie et les visages de nos villes, à commencer par Abidjan, changent radicalement. La question est de savoir comment traiter les bidonvilles et autres quartiers spontanés ou précaires qui se sont créés un peu partout dans la ville. La façon populiste de traiter la question est de dire : « il faut les laisser où ils sont, les gens qui y vivent n’ont pas les moyens d’aller ailleurs. » Et l’on ouvre ainsi la porte à l’anarchie, où chacun fait ce qu’il veut en piétinant les règles de l’urbanisme ou même de sa propre sécurité. L’autre façon est de prendre ses responsabilités en assumant le risque d’être impopulaire pendant quelque temps. Le temps que les populations voient le résultat final. C’est ainsi que les plus grandes et les plus belles villes du monde se sont construites. Aujourd’hui nous apprécions la beauté de Paris, mais nous ne savons sans doute pas qu’en 1850, le préfet Georges Eugène Hausmann détruisit tous les quartiers insalubres de la ville, ce qui représenta 25 000 maisons, perça de larges avenues en plein cœur de la capitale, créa des parcs et squares, construisit cinq gares, pava les chaussées, fit construire des immeubles de sept étages en série le long des voies, etc. Le préfet Hausmann fut durement critiqué par les grands esprits de l’époque et finalement démis de ses fonctions. Mais aujourd’hui tout le monde reconnaît Paris comme l’une des plus belles villes au monde. Si nous voulons que notre Abidjan tienne son rang, il y a un prix à payer. Acceptons de le payer.

Venance Konan





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