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Politique

Compter sur soi

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Il n’y a rien à dire ! Pour être arrivés là où nous sommes arrivés, en sachant d’où nous sommes partis, c’est que nous, Côte d’Ivoire, nous sommes vraiment quelqu’un. Proprement battus et humiliés par les Equato-guinéens après avoir perdu face au Nigeria, nous étions normalement bons pour la sortie de cette Coupe d’Afrique des Nations, notre CAN. Et voici que les Marocains nous sauvent in extrémis, en gagnant leur match. Et, comme dopés par ce sauvetage miraculeux, nous caracolons jusqu’à la finale. Face au Sénégal nous gagnons aux tirs aux buts, face au Mali c’est à la dernière minute, et face aux sapeurs Congolais, c’est avec le plus petit score. Ouais ! On peut dire que nous ne valons rien mais nous sommes en finale quand même. A qui le devons-nous ? A Dieu ? Aux sorciers d’Akradio ? A la chance ? A l’entraîneur ? Au talent de nos joueurs ? Peu importe. Nous sommes en finale. Et nous l’emporterons.

Reprenons au début. Nous avions donc un entraîneur français que l’on disait être l’un des meilleurs du monde, et qui pour ces deux raisons (français et l’un des meilleurs) était très grassement payé. En trois matchs nous avons perdu deux fois. Et la seconde fois, avec humiliation à la clé. On le remplace par son adjoint, un Ivoirien bon teint, mais mal payé parce que Ivoirien. On cherche même à le remplacer par un autre Français, Hervé Renard, tant nous sommes convaincus, en football comme dans tant d’autres domaines, que seuls les Blancs peuvent nous tirer d’affaire. Heureusement pour nous et pour Hervé Renard, la Fédération française de football refuse de nous prêter son entraineur. Et voici que notre compatriote en qui nous n’avions aucune confiance, parce que Ivoirien, gagne trois match d’affilée et nous conduit en finale. Que dire ? Sauf si lui-même refuse de continuer d’entraîner notre équipe nationale, si quelqu’un veut remplacer Emerse Faé par un autre entraîneur, surtout s’il s’agit d’un Européen, et s’il n’est pas payé au minimum du même montant que son prédécesseur, toute la Côte d’Ivoire devra se lever comme un seul homme pour protester vigoureusement. Il est temps, dans le domaine du sport comme dans notre vie de tous les jours, que nous apprenions à avoir foi en nous-mêmes et à nous dire que nous avons la possibilité de réussir par nous-mêmes, et qu’il suffit simplement d’essayer. En 1992, nous avions gagné la Coupe d’Afrique avec un entraîneur ivoirien. Qu’avons-nous fait de lui par la suite ? Avons-nous donné la chance à un autre ivoirien ? Il a fallu attendre la CAN de 2012 pour faire appel à un autre entraîneur ivoirien. Il nous a conduits jusqu’en finale. Qu’avons-nous fait de lui après ? Nous l’avons jeté pour aller chercher un entraîneur européen. Le succès a frappé à notre porte avec Hervé Renard. Aujourd’hui nous sommes à la porte d’un autre succès avec l’un des nôtres. Cela veut dire que sans rejeter la possibilité de faire appel à l’aide des autres, nous devrions commencer à nous faire confiance, et à croire en nos capacités. Depuis la colonisation, ou plutôt du fait de la colonisation, nous nous sommes mis en tête que sans les Blancs nous ne pouvons rien faire par nous-mêmes. Et c’est ainsi que pour le plus petit de nos besoins, nous nous croyons obligés de faire appel à l’aide de « la communauté internationale », c’est-à-dire les autres, sauf les Africains. Pour une élection, un quelconque festival, une compétition, financer la construction de notre organisation régionale ou continentale, notre premier réflexe est de faire appel à la coopération des pays dits développés. C’est ainsi que j’ai pu voir, il y a quelques années, des toilettes publiques construites au bord du lac Ahémé au Bénin avec cette inscription « financement : coopération française. » C’est ainsi que j’ai vu il y a quelques années dans mon pays une opération financée par l’Union européenne pour « mettre fin à la défécation à l’air libre », c’est-à-dire une opération de construction de latrines. C’est aussi ainsi que le siège de L’Union africaine qui regroupe tous les pays africains est construit par les Chinois. C’est la réflexion suscitée en moi par toutes ces absurdités qui a abouti à l’écriture de mon livre « Si le Noir n’est pas capable de se tenir debout, laissez-le tomber. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas l’empêcher de se tenir debout. » Commençons à nous respecter, à compter en premier lieu sur nos propres forces et nous verrons que nous sommes capables de réaliser de grandes choses, et que nous aussi, avec les autres humains, nous pouvons faire évoluer notre monde sans être à la remorque des autres.

Venance Konan




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