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Politique

Gabon. Réduction de l’indemnité parlementaire : Le vrai défi

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Jusque-là, pas grand monde ne s’est interrogé sur le statut ou sur les attributs des parlementaires. Il faut dépolluer le débat et ne pas le limiter aux questions pécuniaires.



En période normale, le parlementaire a une obligation de popularité. En transition, il doit surtout se distinguer par ses connaissances et sa capacité à concevoir ou porter un dessein collectif. L’indépendance financière des parlementaires de la Transition n’est-elle pas aussi une condition de leur indépendance d’esprit ? © Montage GabonReview

Depuis la nomination des parlementaires, pas grand monde ne s’est interrogé sur leur statut ou leurs attributs. Lors de la rentrée solennelle, on les a vu arborer écharpes et pin’s, sous les acquiescements de l’opinion. Dans la vie de tous les jours, on les désigne par les formules protocolaires «honorables» et «vénérables». Curieusement, depuis l’annonce de la baisse de leurs émoluments, on ne leur épargne aucune critique. Leur déniant toute légitimité, on suggère aux mécontents de démissionner. Appelant à leur remplacement, on juge leur rémunération toujours trop élevée, souhaitant même une nouvelle baisse. «Ils n’ont pas été élus, mais nommés», «qui boude, bouge», «c’est même beaucoup ce qu’on leur donne», «y a plein de Gabonais qui peuvent faire le travail à leur place pour moins que ça», peut-on lire ou entendre.

Mauvaise foi

Les fonctions de parlementaire ayant été pourvues par nomination, ces récriminations ont apparemment du sens. Mais, on ne peut faire comme si les autres acteurs de la Transition ont été élus. On ne peut faire comme si la nomination n’est pas la règle en vigueur. On ne peut raisonner comme si les élections ont toujours été crédibles et transparentes, comme si la législature échue ne comptait pas des sénateurs nommés. Sauf mauvaise foi, on doit l’admettre : depuis 1990, tous les scrutins ont été entachés de fraudes massives. Sauf amnésie volontaire, on doit s’en souvenir : la révision constitutionnelle de 2018 accorda au président de la République le pouvoir de nommer des sénateurs. En quoi les personnes élues dans de telles conditions étaient-elles légitimes ? En quoi les sénateurs nommés par Ali Bongo étaient-ils plus acceptables ou plus respectables ? Au nom de quoi des gens élus dans des conditions douteuses ou nommés par un président contesté avaient-ils droit à un meilleur traitement ? Accomplissaient-ils un travail différent de celui des parlementaires actuels ?

Certains parlent de sens du sacrifice. Volontiers grandiloquents, ils convoquent l’amour du pays. Mais, on ne peut applaudir la réduction des émoluments des uns sans exiger la pareille pour les autres. On ne peut parler de remplacement au pied levé, sans remettre en cause le processus de sélection. Même si d’autres compétences auraient pu entrer au Parlement, les hommes ne sont pas toujours interchangeables. Pis, au vu du niveau de rémunération annoncé, seules des personnes de faible qualification peuvent désormais accepter d’y aller. Or, pour restaurer les institutions, il faut se doter de lois nécessaires au bien du peuple et faciles à comprendre. Cela suppose d’en confier la rédaction et le vote à des personnes d’une rigueur morale certaine, au savoir et au savoir-faire reconnus. En période normale, le parlementaire a une obligation de popularité. En transition, il doit surtout se distinguer par ses connaissances et sa capacité à concevoir ou porter un dessein collectif.

Garantir leur autonomie

Les émoluments découlent du statut des parlementaires. Pourquoi seraient-ils couverts par une immunité, astreints à des incompatibilités ou au port d’insignes distinctifs sans avoir droit aux primes et indemnités accordées en d’autres temps ? En raison du caractère particulier de la période ? Mais la Charte de la Transition leur reconnaît «les prérogatives et (…) avantages liés à la fonction de parlementaire». Mieux, elle leur assigne la mission d’adopter «le plan d’actions et la feuille de route de la Transition». En clair, elle leur donne le mandat traditionnellement reconnu au Parlement. Jusque-là, personne ne s’était d’ailleurs posé de question sur leurs attributs, leur reconnaissant implicitement le droit de porter l’écharpe, symbole généralement réservé aux titulaires de fonctions électives.

Il faut dépolluer le débat et ne pas le limiter aux questions pécuniaires. Les parlementaires de la Transition doivent-ils jouir de l’immunité, de manière à garantir leur libre expression, la liberté de leur vote et leur permanence au poste ? Peuvent-ils porter les insignes, l’écharpe ou brandir la cocarde ? Comment garantir leur autonomie vis-à-vis du pouvoir exécutif et des autres groupes d’intérêts ? Comment prévenir le marchandage et la corruption au moment du vote ? L’indépendance financière n’est-elle pas aussi une condition de leur indépendance d’esprit ? Ces questions, de nombreux pays se les sont posés, y compris en périodes de transition. Un statut uniforme pour les deux chambres, mais adapté au rôle du parlementaire et aux spécificités du moment : tel est le vrai défi.Roxanne Bouenguidigabonreview


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