« Le mensonge à beau courir, la vérité finit toujours par le rattraper ». Ce proverbe, Pierre Basabose et son compatriote rwandais et co-présumés génocidaires, Séraphin Twahirwa, ont commencé certainement à en apprécier la profondeur, face aux juges de la Cour d’assises de Bruxelles, depuis le 9 octobre dernier. Poursuivis pour leurs présumées actions dans le massacre des Tutsis et des Hutus modérés, en 1994, ces « génocidaires » font face maintenant à la justice pour avoir, concernant le premier, septuagénaire, à travers sa radio Mille collines, « déshumanisé » les Tutsis afin de leur porter le coup fatal, et le second, soixantenaire, ancien haut fonctionnaire, pour ses actions équivoques. A l’époque, il était chef de milice interahamwe dans le quartier de Gikondo à Kigali. L’ouverture de ce procès, 31 ans après le crime, est une action de salubrité publique en ce sens que les victimes dont quarante seront présentes au procès, apporteront leurs contributions à la manifestation de la vérité. Mais la question légitime qu’on est en droit de se poser, est la suivante : saura-t-on jamais la vérité ? Rien n’est moins sûr. Ces présumés génocidaires, aujourd’hui à la retraite, fatigués et à la santé fragile, accepteront-ils de se mettre à table ? On attend de voir. Cela dit, tout comme d’autres génocidaires, c’est au soir de leur vie que la Justice les traque avec le soutien de Kigali qui a juré de faire rendre gorge à tous les présumés tortionnaires. Les deux accusés feront-ils acte de contrition ? Pas évident car d’autres, bien avant eux, s’étaient inscrits dans la logique du déni.
Tôt ou tard, chacun répondra de ses actes
Pourtant, avec l’âge, ils ont l’occasion de se repentir dans la crainte de la justice immanente. Mais après tout, l’essentiel est que ces accusés répondent de leurs actes tout en bénéficiant d’une justice équitable. Cela dit, l’ouverture de ce procès qui n’a que trop duré, est une bonne chose en soi. En effet, au-delà de la symbolique que présente ce jugement, il constitue un ouf de soulagement pour les milliers de victimes et leurs ayants droit. Et il faut espérer que justice leur soit rendue. Et puis, il y a cette leçon de vie : tôt ou tard, chacun répondra de ses actes. Toute chose qui devrait donner à réfléchir aux puissants d’aujourd’hui qui, pour un oui ou pour un non, décident de trucider leurs adversaires politiques. Et quand vient l’heure de rendre des comptes, vite, ils prennent le chemin de l’exil pour échapper à la justice. C’est le cas de ces génocidaires qui, depuis des années, ont obtenu gîte et couvert en Europe et plus particulièrement en France. Le pays d’Emmanuel Macron qui a un passé trouble dans le génocide de 1994, contribue depuis des années, aux jugements des bourreaux des 800 000 victimes de cette page sombre du Rwanda. Cela a le mérite d’améliorer les relations franco-rwandaises qui, il faut le dire, n’étaient pas au beau fixe depuis l’avènement de l’homme mince de Kigali au pouvoir.
Boureima KINDO
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