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L'enquête du jeudi | Les hausses du prix du riz étranglent les consommateurs

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Les prix du riz ont augmenté pour la énième fois. Ce, malgré les différentes mesures prises par l’État de Côte d’Ivoire, au nombre desquelles figure le plafonnement des prix de certains produits alimentaires, dont le riz. Les raisons de ces hausses résident dans les décisions prises par les pays producteurs de limiter l’exportation de certaines qualités de riz. Il n’en a pas fallu plus, pour que des commerçants véreux en profitent, pour monter les enchères. Ce qui ne fait pas l'affaire des consommateurs, qui subissent de plein fouet cette situation.


« On ne s’en sort plus. Le prix du riz ne fait qu’augmenter », se plaint cette restauratrice que nous avons rencontrée dans la commune d’Adjamé. Le kilogramme de riz qu’elle avait l’habitude d’acheter à 500 F CFA, est aujourd’hui passé à 650 F CFA. Le prix du sac de riz de 25 kg varie entre 12 000 F CFA et 15 000 F CFA. « Nous n’arrivons plus à nourrir convenablement nos familles. Si ça continue ainsi, on va finir par descendre dans la rue », se plaint Konaté Salif, commerçant d’appareils électroménagers. Il manifeste son ras-le-bol par rapport à la situation.

Quant à Théophile Konan ferronnier, il s’en remet à Dieu. Puisqu’il constate avec amertume que les populations restent muettes, malgré la gravité de la situation qui perdure.

Restrictions des exportations par les grands pays producteurs


Le riz est la denrée alimentaire la plus consommée en Côte d’Ivoire. Avec un niveau de consommation évalué à environ deux millions de tonnes par an, dont 1,4 million tonnes sont importés. Et les prix du riz importé ne font qu’augmenter. Ces hausses résultent des mesures de restriction prises par certains pays producteurs. Elles sont également imputables à la forte demande de cette céréale sur le marché international.

En effet, le 8 septembre 2023, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de la promotion des Pme, Souleymane Diarrassouba a tenu une séance de travail avec le groupement des importateurs en vue de mieux comprendre les raisons de l’augmentation du prix du riz. Il en est ressorti que l’Inde, qui est un gros exportateur de riz, a décidé d’arrêter l’exportation d’une certaine qualité de riz. En plus, le Vietnam gros producteur et exportateur, a décidé d’augmenter le prix à l’exportation, suite à une forte demande. Le Pakistan un autre gros exportateur a de son côté pris la mesure d’instaurer un prix minimum à l’exportation. Les commerçants ivoiriens, qui importent une grande partie de la consommation nationale à partir de ces pays, se retrouvent ainsi dans l’obligation d’augmenter à leur tour les prix qu’ils pratiquent sur les marchés locaux.

Mais certains consommateurs estiment que des commerçants profitent plutôt de la situation, pour opérer des augmentations injustifiées. Puisqu’ils le font sur d’anciens stocks, acquis avant la survenus de ces dernières augmentations, opérées à l’international.

Les employés de ce magasin de riz situé à l’avenue 21 à Treichville s’en défendent. « Ça dépend du prix auquel le fournisseur nous donne. On met tout juste une petite marge de bénéfice », soutient la gérante du magasin. Pour elle, la cherté est aussi due au manque du riz sur le marché.

Pour Traoré Siriki, il ne faut pas mettre les détaillants en cause dans l’augmentation des prix du riz. Ils sont plutôt des victimes d’un système qui les met toujours au banc des accusés. Pourtant, c’est l’État qui devrait l’être.

L’État pointé du doigt

Dans cette affaire, la plupart des personnes interrogées ont mis en cause l’inaction de l’État. Théophile Konan l’accuse d’avoir libéralisé le prix du riz. « Avant c’est l’État qui fixait les prix. Depuis que c’est libéralisé, le marché est désorganisé. C’est la faute au gouvernement », se plaint-il. Pour lui, c’est par ce que l’État impose des taxes sur cette denrée à l’exportation. Salif pense lui, que l’État a les moyens de faire de l’exonération fiscale sur le riz à l’importation. Ce qui pourrait réduire significativement les prix à la consommation. Et permettre à la population de se nourrir convenablement. « Ce que le gouvernement ne fait pas ». Car selon eux le plafonnement des prix par le ministère du Commerce ne règle pas définitivement le problème. Pire, « il n’y a pas de contrôle. Et même lorsque les contrôleurs viennent sur le terrain, il suffit que les commerçants leur glissent quelques billets de banque, pour qu’ils ne fassent plus leur travail », affirme Théophile. Ce faisant, chaque commerçant fixe son prix comme il le veut, sans être inquiéter. Car l’État ne fait pas son travail, selon lui.


Développer la riziculture

Pour Traore Siriki, l’Etat devrait mettre en place une véritable politique agricole visant à développer la riziculture. « Telle qu’il l’a fait pour le café et le cacao, afin que la Côte d’Ivoire soit autosuffisante en riz », souligne-t-il. Cela pourrait même conduire à réduire le coût du riz.

« Je veux rassurer les populations que nous travaillons à ce que ces augmentations soient contenues pour ne pas impacter significativement leur pouvoir d’achat », a déclaré le ministre du Commerce, de l’industrie et de la promotion des Pme, après sa rencontre avec le groupement des importateurs de riz de Côte d’Ivoire. En effet, des mesures ont été adoptées en accord avec ceux-ci. Notamment le plafonnement des prix. Il a aussi rassuré les populations de l’envoi des équipes sur le terrain pour s’assurer que les prix arrêtés par le gouvernement en accord avec les opérateurs économiques, sont respectés. Le ministre Souleymane Diarrassouba a également fait savoir que le gouvernement travaille à la stratégie nationale de développement de la riziculture, afin que le pays atteigne l’autosuffisance dans les prochaines années.


Consommer local


Par ailleurs, le gouvernement a pris le 18 septembre 2023, la décision de suspendre l’exportation du riz local. Ce, en vue d’assurer l’approvisionnement régulier du marché national, jusqu’au 31 décembre 2023. C’est donc une invite à la population ivoirienne, de privilégier également la consommation du riz local. Pour rappel, le ministre Amadou Coulibaly porte-parole du gouvernement avait, après le Conseil des ministres du 13 septembre 2023, invité les populations ivoiriennes à changer leur habitude alimentaire, en consommant le riz local. Il a indiqué que la politique agricole mise en place par le ministère de l’Agriculture et du développement rural permettra d’atteindre l'autosuffisance en riz d’ici 2026.

Mais encore faut-il que les Ivoiriens soient habitués à ce riz local. « Les Ivoiriens voire les Africains, ont été longtemps éduqués à consommer du riz exotique dit parfumé thaïlandais, indien, chinois », souligne le Dr Issa Sangaré Yeresso dans une chronique publiée sur le net. Il invite les Africains au patriotisme en faisant une reconversion à l’auto-éducation à la consommation du riz local. Car le riz importé revient en réalité cher aux contribuables, le prix sur le marché étant subventionné par leurs impôts. « C’est un processus, une volonté politique gouvernementale de longue haleine » dit-il pour expliquer que l’Etat doit adopter une stratégie politique, de sorte à faire aimer le riz local aux populations. Cela peut prendre du temps. Mais c’est nécessaire. Il rappelle que la Côte d’Ivoire a été ainsi autosuffisante en riz et en a été exportatrice en 1976 grâce à une politique agricole adoptée par feu Félix Houphouët-Boigny.


Diomandé Karamoko



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