Boni Yayi, le médiateur désigné de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans la crise guinéenne, est arrivé le 18 juin dernier à Conakry, à la tête d’une forte délégation. Objectif de la mission : évaluer la marche de la Transition, six mois après son dernier séjour dans la capitale guinéenne où il était parvenu à arracher un accord tenant lieu de feuille de route pour le retour à l’ordre constitutionnel normal. Mais l’on sait que le séjour des missi dominici de la CEDEAO ne sera pas de tout repos, non seulement au regard de ce qui figure sur l’agenda de la mission, mais aussi en raison du contexte actuel en Guinée marqué par de fortes tensions. En effet, une partie de la classe politique et de la société civile, rassemblée au sein de la plateforme appelée Forces vives de Guinée, s’estimant mise à l’écart de la conduite de la Transition, n’a cessé de mettre la rue en branle pour réclamer l’ouverture d’un dialogue politique inclusif. D’ailleurs, les Forces vives de Guinée appellent à la reprise des manifs après la fête de la Tabaski. Yayi Boni réussira-t-il à désamorcer la bombe et à ramener la sérénité sur la scène politique guinéenne ? Rien n’est moins sûr. Car, ce dont il s’agit véritablement en Guinée, n’est pas dans le fond une crise politique mais plutôt une crise de confiance. Les Guinéens, après avoir été mangés à toutes les sauces par les dirigeants qui se sont succédé à la tête du pays en 65 ans d’indépendance, ne veulent plus donner le bon Dieu sans confession à tout diseur de bonne aventure. Et ce fort sentiment de méfiance est alimenté par le tissu communautariste qui caractérise la scène politique guinéenne.
Ce qui manque le plus, c’est la bonne foi des acteurs
Yayi Boni, même s’il a le profil de l’emploi et qu’il a déjà engrangé une importante victoire en obtenant un calendrier pour le retour à la norme constitutionnelle, risque de se sentir fort impuissant face à cette crise de confiance qui anime les Guinéens. « La plus belle femme du monde, dit-on, ne peut donner que ce qu’elle a ». Et puis, l’on peut toujours se poser la question suivante : de quels pouvoirs dispose encore la CEDEAO qui a été fortement affaiblie par les différentes crises dans la sous-région pour contraindre les acteurs guinéens à jouer balle à terre ? Très peu, pourrait-on répondre. Et c’est précisément en raison de cette marge de manœuvre très réduite du médiateur que les Forces vives de Guinée et les autorités de la Transition devraient miser plus sur les ressources internes du pays pour parvenir à établir un nouveau contrat social. Ces ressources internes existent et ont fait la preuve de leur efficacité. En effet, l’intervention des leaders religieux avait permis de tempérer les ardeurs des uns et des autres et d’obtenir la libération de certains leaders politiques et de la société civile incarcérés suite aux manifestations de l’opposition. En actionnant ce levier, l’on faciliterait la tâche à l’émissaire de la CEDEAO qui n’aurait plus qu’un rôle d’accompagnateur. Mais voilà, cela est plus difficile à dire qu’à faire dans une Guinée où ce qui manque le plus, c’est la bonne foi des acteurs. Mais le miracle reste toujours du domaine du possible sur les contreforts du Fouta Djalon, pour peu que les Guinéens qui suent le sang de tous les pores depuis l’accession de leur pays à la souveraineté internationale, se prennent eux-mêmes au sérieux et décident d’une catharsis sociale qui va exorciser la scène politique.
SAHO
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