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Politique

Fin de captivité pour Kenneth Elliot : Une libération aussi surprenante qu’énigmatique

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Fin de captivité et de calvaire depuis le 18 mai dernier, pour le médecin, Kenneth Elliott, kidnappé il y a sept ans de cela dans sa ville d’adoption de Djibo par le groupe djihadiste Ançar Dine du Malien Iyad Ag Ghali, alors qu’il était en compagnie de son épouse, Jocelyn, avec laquelle il administrait depuis 1972, la seule clinique privée de la province du Soum. Quelques mois seulement avant son rapt, Dr Elliott comme on l’appelle, avait reçu la nationalité burkinabè, et les félicitations du président du Faso d’alors, pour les bons et loyaux services rendus aux plus démunis dans les zones difficiles du Burkina. C’est donc avec indignation et stupeur que les populations du Sahel ont appris que ce virtuose du bistouri et génie de la chirurgie, a été sorti de force de sa clinique par des individus encagoulés au cours de cette méchante nuit du 15 janvier 2016, pour une destination inconnue. Il a fallu attendre quelques jours après pour en savoir davantage sur ses ravisseurs, qui ont revendiqué cette action visiblement bien coordonnée, tout en promettant de libérer rapidement son épouse.

Aucune information n’a filtré ni sur son lieu de détention, ni sur les négociateurs, encore moins sur la probable contrepartie exigée par ses ravisseurs

Jocelyn Elliott a effectivement été relâchée grâce à l’entremise du Niger, un mois seulement après le kidnapping, et a, depuis lors, multiplié les appels à la libération de son conjoint. Elle a fini, pour ainsi dire, par avoir gain de cause, et c’est en homme libre et rassasié de jours que le désormais ex-otage a foulé le sol de sa ville natale de Perth, à l’Ouest de la lointaine Australie, sans qu’on ne sache où, quand et à quelle condition il a été libéré. En clair, c’est un retour au bercail surprenant et pour le moins énigmatique du docteur des pauvres, d’autant qu’aucune information n’a filtré ni sur son lieu de détention, ni sur les négociateurs, encore moins sur la probable contrepartie exigée par ses ravisseurs. Etait-il détenu au Nord-Mali ? Dans le Sud de l’Algérie ? Ou dans le désert du Ténéré ? Seuls l’otage lui-même, ses geôliers et ceux qui ont obtenu cette libération, pourront y apporter des précisions, et dire si oui ou non, son pays d’origine, l’Australie, a craché au bassinet comme il se susurre dans certains milieux. Cette dernière hypothèse est d’autant plus crédible que les hommes d’AQMI ne sont pas des enfants de chœur, et Cambera n’est pas connue pour avoir, dans la zone sahélienne, des canaux diplomatiques à même de pouvoir obtenir sans condition, la libération de son otage, surtout pas au moment où les ravisseurs semblent être à la peine dans la zone du Liptako-Gourma. Le retour en catimini de Kenneth Elliot dans son pays natal sans transiter par le Burkina Faso où il a passé la moitié de sa vie, ou par la présidence nigérienne qui semble, cette fois-ci encore, avoir été à la manœuvre, serait la preuve, selon certains analystes, du paiement de rançon qui permettra, si c’est avéré, au groupe djihadiste, de s’approvisionner en armes pour pouvoir faire face à ses ennemis, notamment les armées nationales du Mali, du Niger et du Burkina, sans oublier ses rivaux de l’Etat islamique.

Ouagadougou et Niamey ont actuellement des préoccupations plus urgentes à régler

Le gouvernement burkinabè, qui est foncièrement hostile à cette option de négociation avec les groupes terroristes ou criminels au moyen de laquelle ces derniers pourraient renforcer leurs capacités opérationnelles, s’est, tout de même, fendu d’un communiqué dans lequel il se réjouit du retour, sain et sauf, du presque nonagénaire dans sa famille. On aurait sans doute voulu voir « l’enfant du pays » à Ouagadougou pour un petit débriefing, mais telle n’était manifestement pas l’option choisie par ceux qui sont allés chercher le chirurgien australo-burkinabè dans les dunes du Sahara. On aura constaté que dans les mots qu’ils ont adressés aux journalistes présents à l’aéroport de Perth, le 16 mai dernier, ni son épouse, ni la ministre australienne des Affaires étrangères n’ont cité les noms du Burkina ou du Niger alors que l’un est son pays de cœur et l’autre est celui qui aurait rondement mené les négociations pour la libération du couple. En tout cas, Ouagadougou et Niamey ont actuellement des préoccupations plus urgentes à régler que ces « erreurs de protocole », notamment avec l’ état actuel de la situation sécuritaire de part et d’autre des deux frontières. Pour exorciser toutes les peines liées au terrorisme, l’heure était à la ferveur religieuse, le 20 mai dernier à Ouagadougou et dans les villes de l’intérieur, et, pour tout dire, à l’imploration du Tout-Puissant et des mânes des ancêtres, en faveur du raffermissement de la paix et de la quiétude sociale au « pays des Hommes intègres ». Unis dans l’angoisse mais aussi dans l’espoir de trouver une solution divine à la crise multidimensionnelle que traverse le Burkina, plusieurs centaines de fidèles catholiques, musulmans, protestants et autres ont prié, coude à coude, dans les imposants lieux de culte à Ouagadougou et partout ailleurs au Burkina, conformément au vœu du gouvernement. On espère que Dieu, dans son infinie bonté, recevra les différents messages et étendra sa main sur ce pays englué dans une catastrophe sécuritaire et humanitaire depuis plusieurs années. On peut véritablement y croire, surtout depuis que les prières faites ici et là depuis 2016, pour que le maitre de l’univers sauve le soldat Elliott, ont été exaucées le 16 mai dernier.

« Le Pays »




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