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Politique

L'éditorial d'Adama Koné : Transport et vie chère

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La première nouvelle qu’il donnait à ses enfants, ce dimanche soir, après plusieurs années passées hors d’Abidjan, depuis son départ à la retraite, concernait le coût du taxi collectif (baptisé par la population wôrô-wôrô) qui l’avait conduit de Cocody Saint Jean, à Angré.


Le vieux Stéphane Oka avait du mal à accepter que le trajet qui coûtait 300 FCfa soit passé à 600 FCfa. Soit une augmentation de 100%. Même si ses enfants lui avaient rétorqué qu’il y a bien longtemps qu’il était parti de la capitale économique, le vieux trouvait cette hausse exagérée.


Les échanges sur le sujet ont été de courte durée. Les enfants Oka étant plus préoccupés par les nouvelles d’Assanou, village situé à une quinzaine de kilomètres de Yamoussoukro. Toutefois, le mécontentement du père sur le prix du transport mérite qu’on y marque un arrêt, car le feu est rouge. La vie chère oblige.


Personne n’ignore l’influence du transport sur le prix de revient des marchandises. Le fait est que les transporteurs usent de plusieurs stratégies pour tirer le maximum de gain. Trois facteurs sont exagérément exploités par ces derniers pour se frotter les mains, aux dépens des usagers.


Le premier, le Covid-19. Il y a trois ans, en 2020, lorsque le premier cas est découvert en Côte d’Ivoire, l’État prend des mesures de prévention. Parmi celles-ci, le respect de la distanciation physique. Dans les transports en commun, cela se traduit par le passage de trois à deux, le nombre de passagers à l’arrière des véhicules de cinq places. Quant au mini car (gbaka), c’est simplement « l’annulation » de chaque siège intermédiaire.


Pour maintenir le niveau de recette, le secteur augmente les prix. Par exemple, d’Adjamé 220 logements au marché Gouro, le trajet passe de 150 à 200 FCfa. De sorte qu’avec trois passagers, le chauffeur empoche toujours ses 600 FCfa de recette. Le hic, c’est que, quand les mesures restrictives sont allégées, il conserve les 200 FCfa par client. Conséquence, sa recette passe à 800 FCfa. Sur plusieurs lignes, cette pratique est observée.


Pire, le prix sur bien de lignes n’est pas le même, en aller et retour, pour ceux qui vont au Plateau. Vous pouvez payer 300 FCfa pour aller d’Adjamé au Plateau, et au retour, le tarif passe à 400 FCfa.


La population grogne. Mais elle avale la pilule. A cela s’ajoute une augmentation quotidienne aux heures de pointe. Pour le voyageur qui part d’Angré à Cocody, au lieu de 600 FCfa, il doit débourser 800 FCfa. Tout simplement parce que les woro-woro ne relient pas les deux quartiers directement. Exploitant l’affluence, ils décomposent le trajet. D’abord Angré- Deux Plateaux (400 FCfa au lieu de 300), puis Deux Plateaux-Cocody (400 FCfa également). Le soir, c’est le jeu inverse de Cocody à Angré.


Le deuxième facteur de hausse exagérée des transporteurs : les fêtes et le péage. Et ce sont à ce sujet les transporteurs interurbains qui en profitent grandement. Récemment, certaines compagnies de transport ont majoré de 500 FCfa, le prix du billet. Après avoir évoqué l’affluence observée lors des fêtes de fin d’année, elles justifient aujourd’hui la surenchère par le péage, pour ne pas revenir aux prix d’avant.


Abidjan-Yamoussoukro est ainsi passé de 4000 à 4500 FCfa. Sur un car de 70 places, ces compagnies encaissent un surplus de 35 000 FCfa. Alors que pour les deux péages, elles ne dépensent que 7500 FCfa. Une augmentation plus que disproportionnelle à la nouvelle charge que représente le péage. Heureusement que des sociétés de transport, notamment celles du Nord, qui supportent d’ailleurs trois péages, maintiennent leurs tarifs.


Le prix du carburant, troisième facteur, reste l’astuce la plus rentable pour les transporteurs. Le gasoil est l’hydrocarbure le plus utilisé dans le transport. Depuis octobre 2022, son prix à la pompe n’a pas changé, malgré les tendances haussières sur le marché international. On le sait, le gouvernement ivoirien indexe depuis une quinzaine d’années le prix à la pompe aux réalités du marché international.


Le constat est que lors des dernières hausses (jusqu’en octobre 2022), les transporteurs ont régulièrement profité de cette mesure. Pour une augmentation de 40 FCfa, par exemple, le transport inter ou intra communal est majoré de 50 à 100 FCfa.


Expliquons la surenchère par un cas. De Marcory à Cocody, le trajet fait 10 Kilomètres (Km). Si le véhicule ne passe pas par le troisième pont. Ce qui réduit considérablement cette distance. Pour un véhicule moyen qui consomme 8 litres aux 100 Km, il n’utilisera même pas un litre de carburant sur ce trajet.


Donc, sa charge ne pourrait dépasser les 40 FCfa d’augmentation du carburant. Or, ce transporteur impose une augmentation de tarif de 100 FCfa pour ses sept passagers. Soit 700 FCfa contre 40 FCfa dépensés en plus. Il empoche de ce fait 660 FCfa de recette supplémentaire. Par ailleurs, lorsque le prix baisse, le tarif du transport reste inchangé.


En dehors des cars interurbains qui ont baissé leurs tarifs après la crise, de mémoire de passager, aucun woro-woro ou gbaka n’a revu son prix à la baisse lorsque le prix du carburant chute à la pompe. Ainsi, si le tarif est majoré de 50 ou 100 FCfa, à la baisse, le transporteur maintient non seulement ce niveau, synonyme de nouveaux gains, mais à la prochaine augmentation à la pompe (qui pourrait être bien en deçà de la précédente), il rempile pour une autre augmentation.


Autant de faits qui passent inaperçus souvent, mais qui pèsent lourdement sur le consommateur. En plus, il n’est pas au bout de sa peine. Il peut être à la fin du parcours « associé ». « L’association », un autre phénomène du milieu des chauffeurs et apprentis, consistant à donner la monnaie globalement à un groupe de clients, quitte à eux de s’organiser pour la répartition.


La route de la lutte contre la vie chère dans le milieu des transports est encore longue. Il appartient, entre autres, aux associations de consommateurs d’être plus vigilantes sur ces questions de sorte à appuyer sur le frein face à la vitesse que prennent les transporteurs dans les gains irrationnels.



Adama KONE




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