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Fanico

Tous des prisonniers politiques

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«Les prisonniers qui sont en détention présentement le sont pour les crimes et délits de droits communs», déclarait, péremptoire, en août 2021, Erlyne Antonela Ndembet-Dama, ministre gabonais de la Justice. Et d’ajouter : «dans les prisons centrales de tout le Gabon, il n’y a pas de prisonniers politiques». Abslow disserte et prouve le contraire : sans la résignation, il y a bien des prisonniers d’opinion, trop de prisonniers politique… Ils ne sont pas à Gros-Bouquet. Ils sont dans une cellule infiniment plus vaste, s’étendant des quartiers aux confins Gabon… «Prisoner in the Street», aurait chanté Third World, le groupe de Reggae.


Il paraît qu’il n’y a pas dans ce pays de prisonniers politiques qui sont, au sens juridique, toutes les personnes privées de liberté du fait de leurs opinions. Il n’y aurait donc pas chez nous des gens enfermées pour s’être trop écartées de la pensée officielle, pour ne pas dire de la pensée unique. Toutes celles et ceux qui sont incarcérés à Gros-Bouquet et ailleurs aujourd’hui sont tous par conséquent des prisonniers de droit commun.

Qui peut croire que tous les prisonniers gabonais, où qu’ils soient enfermés sur l’étendue du territoire national, méritent tous leur sort pour avoir effectivement violé la loi ? Ce n’est pas crédible et ce n’est pas sérieusement défendable. Mieux, qui peut soutenir qu’on s’exprime véritablement librement au Gabon ? Qu’il n’existe pas chez nous une ligne rouge à ne pas franchir ? Personne de très sérieux au fond car chaque Gabonais sait que sa liberté de parole et de ton s’arrête là où commence la colère des puissants.

S’il n’y a pas de prisonniers politiques dans nos prisons, ce n’est donc certainement pas parce que les opinions s’expriment librement, mais simplement parce qu’elles s’expriment généralement dans le seul sens souhaité par les puissants. Même les journalistes dont c’est le métier, n’osent pas franchir le Rubicon. On peut parler de tout mais dès qu’on devient du poil à gratter qui dérange et agace quelque peu le prince, on devient une cible qui s’expose à tous les courroux.

Nous sommes donc tous finalement des prisonniers politiques dans ce pays parce qu’en dépit de notre liberté apparente, nous demeurons enfermés dans une prison psychologique dont la différence avec la prison «physique» se situe seulement au niveau spatial. Plutôt que de se mouvoir dans une cellule réduite à quelques mètres carrés, notre cellule à nous est infiniment plus vaste car elle s’étend de nos quartiers, vers nos villes, nos provinces jusqu’aux confins de notre pays.

Nous sommes les prisonniers de cette grande prison mentale à ciel ouvert qu’est le Gabon. Nous sommes ces prisonniers politiques volontaires ou involontaires qui craignent et se refusent ouvertement de critiquer leurs dirigeants, d’indexer leur gouvernance catastrophique et leur demander des comptes. L’auto-condamnation à cette prison mentale est soutenue par les craintes et les peurs de paraître subversifs aux yeux des puissants et risquer ainsi de devenir un double prisonnier physique et mental.

De la prison psychologique à la prison physique, il n’y a qu’un pas. Mais de quelque côté de la barrière qui sépare ces deux prisons, on reste prisonnier d’un système de pensée. Un système qui vous oblige à penser selon lui, comme lui, pour lui, avec lui, sinon vous seriez contre lui. Il n’y a pas d’alternative. Et quand vous êtes convaincu et estampillé «contre lui», plus rien ne vous est permis. Vous avez commis l’impardonnable crime de lèse-majesté. Vous n’aurez plus droit à aucun droit.

Vous êtes soigneusement privé de travail quand bien même vous seriez compétent et utile à quelque fonction, on se passe volontiers de vous et on vous préfère les cancres réputés être plus dociles et plus faciles à couler dans le moule de la pensée unique. Voudriez-vous faire quelques petites affaires personnelles, vous êtes black-listé et ne pouvez accéder ni à la commande publique, ni même à la commande privée. L’une et l’autre étant souvent les deux faces d’une même médaille.

Parce que vous avez eu l’outrecuidance de penser par vous-même en vous émancipant de cette pensée unique qui fait tant de mal à notre pays, vous êtes inscrit au tableau des pestiférés, des parias et des bannis de la république. Les bannis de leur République de connivences, de leur République de manigances, de leur République d’insouciance et de leur République d’insolence soutenue par leurs confréries d’opulence.

Cette incontournable confrérie à laquelle il faut absolument adhérer, sous peine de ne point goûter à la prospérité supposément partagée mais toujours confisquée par les initiés. Cette prospérité à tout prix rêvée par tous les gabonais de toutes les conditions, qui ont fini par se résigner à vivoter dans cet enclos à ciel ouvert sur lequel les réseaux sociaux ont ouvert une lorgnette qui l’éveille lentement mais sûrement au monde libre.

Oui, il n’y a pas de prisonniers politiques à Gros-Bouquet. Et pour cause, les seuls prisonniers politiques qui soient ne sont pas entre les murs d’une quelconque prison entourée de barbelés. Les gabonais sont tous autant qu’ils sont, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, des prisonniers politiques qui se sont enfermés par couardise pour certains, et par cupidité pour certains autres, derrière les barreaux érigés par leurs peurs et leur cupidité.

ABSLOWMENT VRAI !

Serge Abslow



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