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Politique

Edito : Se servir des Légitimités traditionnelles !

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Le Président de la Transition, Assimi Goïta, a reçu, avant-hier lundi 20 mars 2023, les autorités et légitimités traditionnelles dans la salle des banquets du Palais de Koulouba. L’objectif de cette rencontre, selon la présidence, est de présenter le projet de Nouvelle Constitution à ces autorités et légitimités, tout en leur expliquant les grandes innovations contenues dans le document. Le Premier ministre ainsi que plusieurs membres du Gouvernement s’étaient pliés au cérémonial.

Outre le Chef de l’Etat, Boubacar SOW, un membre de la Commission de finalisation du projet de Constitution, a souligné, devant ces hôtes de marque, la nécessité absolue pour le Mali d’aller à une nouvelle Constitution. Après les avoir fournis des explications sur le contenu du texte constitutionnel, le Chef de l’Exécutif et M. Sow leur ont demandé d’être les porte-paroles du Gouvernement auprès de leur population respective, conformément à l’appel du président de la Transition.

C’est donc clair et net, Assimi et son Gouvernement comptent utiliser les services des Autorités et Légitimités Traditionnelles pour convaincre les masses populaires à adhérer à leur Projet de Nouvelle Constitution. « Nous avons accompli notre devoir, le reste du travail vous revient. Informer vos populations pour que le référendum soit un franc succès », a exhorté le Chef de l’État. Lequel et son Gouvernement ne cessent d’argumenter que « le Projet de Nouvelle Constitution n’est que la concrétisation d’une volonté pressante du peuple malien, exprimée lors des Assises nationales de la refondation (ANR) ». Mais les Autorités et Légitimités traditionnelles ont-elles vraiment à leur possession tous les moyens nécessaires pour réussir la mission qui leur est confiée ?

Rien n’est moins sûr, d’autant que celles-ci, jusqu’à preuve du contraire, n’ont pas une grande emprise, dans la plus part des cas, sur les populations locales. Notamment, sur les questions électorales. Dépositaires de nos valeurs et us ancestrales, les Autorités et Légitimités traditionnelles n’ont pas la tradition de se mêler à la chose politique pour l’influencer. Généralement, ce sont les élites de chaque localité de nos terroirs, basées à Bamako, qui influencent les électeurs. Alors, comment Assimi et le Gouvernement peuvent-ils compter sur elles pour que le Oui puisse l’emporter au Référendum Constitutionnel ?

Une chose est évidente, le Projet de Nouvelle Constitution de la Transition en cours est contesté par une quantité de Partis politiques. Il ne bénéficie que des seuls soutiens de l’URD et de certains mouvements politiques (récemment créés). Les ténors de l’ADEMA-PASJ sont partagés sur la question. Alors que le RPM décadent et ses alliés du Cadre sont farouchement contre. Idem pour une majorité d’organisations et associations musulmanes qui avaient demandé aux autorités de remplacer le terme « Etat laïc » par « Etat confessionnel », sous peine d’appeler à voter NON. Le Projet de Nouvelle Constitution n’est donc ni consensuel ni inclusif, contrairement à son ancêtre du 25 février 1992. Dont la rédaction du texte a été élaborée, de façon inclusive et consensuelle, par l’ensemble des acteurs politiques et de la Société Civile de l’époque. Aucune force politique ne s’y était opposée.

Cette unanimité a logiquement fait du résultat du referendum constitutionnel de 1992, un véritable plébiscite. Alors qu’il est difficile de pronostiquer sur l’actuel projet de Constitution. Si le referendum a pu se dérouler, nul doute que son résultat va plus diviser les maliens que de les unir dans une même communauté de destin. Ont-ils vraiment besoin de cela ?

Gaoussou Madani Traoré




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