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Politique

Burkina Faso : « En 2023, on ne devrait pas être à des avis d’appel d’offres de coup d’État » (Sams’K le Jah)

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Karim Sama alias Sams’K le Jah, artiste engagé, homme de radio, homme de musique, est bien connu du public burkinabè et d’ailleurs. Il est apprécié par certaines personnes, mais aussi vivement critiqué par d’autres pour ses points de vue tranchés sur des questions politiques. 

Nous l’avons rencontré à l’occasion du FESPACO 2023 pour parler d’un film documentaire sur l’insurrection populaire 2014 dans lequel il apparait comme acteur majeur. L’occasion faisant le larron, nous avons pu échanger sur des sujets du moment. Dans un franc parlé dont lui seul a le secret, il a donné son point de vue sur l’actualité politique du Burkina marqué par l’éviction de Roch Kaboré du pouvoir et de deux coups d’État successifs. Pour lui, le pays doit s’inscrire définitivement dans un processus démocratique pour espérer le progrès. Il est aussi revenu sur le fait que bon nombre de Burkinabè l’accusent d’avoir des V8 et des maisons aux États-Unis, etc. Lisez !



Burkina 24 : Du changement de régime sous Blaise Compaoré jusqu’à maintenant, quel bilan faites-vous au regard de ce que le Burkina a traversé et de ce qu’il vit actuellement ?

Sams’K le Jah : Comme le disait notre professeur de philosophie au lycée, ce n’est pas tout ce qui est normal qui est bien. Mais ce qui arrive au Burkina, je pense que ce sont des étapes normales. Je précise que ce n’est pas parce que c’est normal que c’est bien. Les grandes nations se construisent avec des moments comme ça. Le plus important, je pense que c’est d’arriver à cultiver cette conscience collective qui nous fait comprendre que nous avons un destin commun.

Il y en a qui regrette la période Blaise Compaoré, il y en a qui nous en veulent personnellement parce que : « c’est à cause de vous (Le Balai Citoyen, NDLR) que le pays est dans cette situation ». Bon ! Chacun fait sa lecture. Mais vous savez, ce pays grandit et les crises de croissance font partie de la croissance.

On aurait souhaité que les choses soient à un autre niveau. Personnellement, je n’avais pas imaginé qu’on se retrouverait dans des schémas de coup d’État encore pour ce pays parce qu’on s’était dit qu’il faut mettre le pays sur les rails de la démocratie et de la bonne gouvernance. Malheureusement ça n’a pas été ce qu’on avait souhaité.


Vous savez, chacun fait ce qu’il peut comme action pour aider à faire avancer les choses. Voilà ! J’aurais été un politicien, je saurais ce que je devrais faire ; mais je dis que je ne suis qu’un artiste et à la limite activiste entre guillemets, qui croit en des valeurs, qui pense les défendre. Mais bon ! On ne peut pas faire l’unanimité sur ce point-là. Il y a des expériences qu’on acquiert, il y a des victoires, des échecs, mais c’est sans regret. Je le dis, j’en ai beaucoup appris et cela m’a permis d’avoir très rapidement la barbe blanchie et la moustache blanchie.

Quand je me retrouve avec mon frangin Smockey, et qu’on regarde nos photos d’il y a 4 ou 5 ans en arrière, on se demande, qu’est-ce qui se passe ? Mais ça fait partie des choses. Il y a ceux qui reconnaissent ce qu’on a fait, d’autres nous maudissent pour ce qui s’est passé. Ça fait partie du « game », comme on le dit. Le plus important c’est de toujours demander à Jah les sources positives pour tenir la barque.

D’aucuns pour justifier le coup d’État de Paul-Henri Damiba estiment que « la barque Burkina » n’était pas bien conduite par le président Roch Kaboré. Quelle est votre opinion sur les coups d’État successifs du Lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba et du Capitane Ibrahim Traoré ?

Moi franchement, je n’en pense pas grand-chose. Comme je le dis, le pays fera ses expériences. De ces expériences, sortiront des décisions qui vont aider la majorité à aller vers un chemin. Mais je sais personnellement que si on veut aller dans le sens des grandes nations, il faut définitivement bannir les coups d’État.


On peut accuser Roch de pleins de péchés, mais bon ! Il a été démarqué, est-ce que cela a changé la situation ? C’est la question que je me pose aujourd’hui. Je ne crois pas que les coups d’État puissent régler nos problèmes, je ne pense pas. Moi j’étais dans les rues en 2014 parce qu’il y a un ordre constitutionnel qui devait être respecté. Ok ? Et ça, c’est pour que le pays se mette dans une direction où on sera respecté dans le concert des nations.

Ce n’est pas simple, mais il n’y a pas d’autres voies aujourd’hui. La pensée unique, ça ne marche pas, se replier sur soi-même, ça ne marche pas. Il faut être ouvert aux autres, tout en se faisant respecter. Quand on a décidé d’élire un président, quels que soient ces péchés, on respecte les règles, il finit son mandat et il répondra de ce qu’il a posé comme actes. Voilà pourquoi on parle d’État de droit démocratique. Il y a des institutions pour rappeler à telle ou telle personne les garde-fous qu’il y a.

Parce que sous le règne d’un président, tous les jours on l’accuse de corruption, il y a trop de ci, il y a trop de ça et pour cela, il faut lui faire un coup d’État. À la limite, comme Damiba l’a dit, celui qui est fort n’a qu’à faire son coup d’État. Donc, on se met dans une dynamique d’avis d’appel d’offres de coup d’État. Celui qui se sent le plus fort qu’il fasse son coup d’État. Quand on est dans un schéma comme ça, vous pensez que le pays ira où ? C’est compliqué.

Aux États-Unis, Donald Trump a commis plein de gaffes, mais on l’a laissé terminer son mandat. Biden aujourd’hui est dans les cordes, mais il va terminer son mandat. Avec Emmanuel Macron, tous les vendredis, les gilets jaunes étaient dans la rue, mais on respecte l’institution sachant que le moment viendra où le peuple va sanctionner dans les urnes.



Mais si pour un oui ou un non… coup d’État, les investisseurs vont arrêter de venir, l’économie ne va pas tourner. Si l’économie ne tourne pas comment allons-nous vivre ? Dans la mesure où notre pays est enclavé, il faut se mettre dans une dynamique de s’ouvrir sur les autres, de copier aussi les bonnes choses ailleurs.

Ce n’est pas parce qu’un président déconne qu’il faut tout de suite le démarquer. Même pour le débarquer, il y a des processus. Pour moi, personnellement, en 2023, on ne devrait pas être à des avis d’appel d’offres de coup d’État.

Est-ce que l’espoir est permis pour le Burkina avec la nouvelle dynamique enclenchée par le Capitaine Ibrahim Traoré à la tête du Burkina ?

Ce n’est pas que les gens manquent de bonne foi ou de bonne volonté. On peut avoir la plus grande de toutes les volontés ; on peut-être de bonne foi, mais tant qu’il n’y a pas de garde-fous pour vous permettre de travailler, vous ne ferez rien. En fait, c’est de cela qu’il s’agit.

Un joueur qui est bon, qui a des qualités extraordinaires s’il n’a pas de bon coaching, s’il n’est pas dans une bonne équipe et s’il n’est pas sur une bonne pelouse, il ne fera rien. Prenez Messi par exemple. Vous pensez que Messi peut venir jouer sur la terre rouge et faire la même chose qu’il fait dans un terrain avec gazon synthétique ? Ce n’est pas possible.

Le Capitaine Traoré, il peut être plein de bonne foi, de bonne volonté, mais s’il se retrouve dans un système où des gens pensent qu’ils ont les armes, ils sont plus forts, ils peuvent faire leur coup d’État parce qu’il y a eu 50 militaires qui ont été tués hier et demain, il faut qu’on le débarque, parce que les mêmes choses qui ont fait tomber Roch sont en train de se reproduire, il y a un souci.

Je peux me tromper, mais je pense qu’à un moment il faut se concentrer sur ce qu’il y a de plus important et le plus important c’est que les gens aient l’esprit tranquille pour travailler. Parce qu’un président qui ne peut pas dormir, qui ne peut pas tourner, qui ne peut pas aller sur le terrain et rencontrer les gens parce qu’il a peur qu’on le flingue, ça va être compliqué.

Un citoyen qui ne peut pas s’exprimer librement. Même sur les réseaux sociaux, quand vous posez un certain nombre de sujets, les gens viennent vous insulter. C’est-à-dire qu’il y a la violence partout. Quand c’est comme ça, c’est compliqué.

Donc il faut qu’on prenne conscience que pour avancer, on avance avec des erreurs, mais ces erreurs ne doivent pas être mises au-devant des acquis positifs qu’on a. Il ne faut pas toujours voir le verre à moitié vide. Il faut voir la partie qui est pleine et comment travailler à ce que la partie pleine prenne le dessus.

Il prospère justement une forme d’activisme avec un certain nombre d’acteurs qui balbutient au gré des présidents, au gré des opposants, de ceux qui ont été déchus hier ou qui sont aux affaires aujourd’hui. Qu’est-ce que vous pensez de cette forme d’activisme ?

C’est normal, je me dis qu’on est dans une phase de croissance avec des crises, des acquis, des erreurs et ainsi de suite. Avant, les gens n’avaient pas cette liberté pour s’exprimer. Aujourd’hui tout le monde peut dire ce qu’il pense, tout le monde est spécialiste de tout et de rien.

C’est aussi ça la réalité. Les téléphones portables Android ont beaucoup aidé à cela et même des gens qui ne pouvaient pas avoir des mégas aujourd’hui peuvent se connecter et donner leur point de vue. Ce qui est bien. Il y en a qui ne savent pas que l’État de droit encadre aussi la liberté d’expression.

Ce n’est pas n’importe quoi que l’on peut dire et ce n’est pas n’importe comment qu’on doit s’exprimer. Tout ça, ça fait partie. Moi par exemple je ne sais plus quoi dire par rapport à ça. Tous les jours que Dieu fait, il faut que des gens viennent m’insulter, m’accuser d’avoir reçu de l’argent, d’avoir reçu des V8, d’avoir construit des maisons aux États-Unis.

Bon ! Après tu es vacciné, mais ça fait partie de ces crises de croissances. Il y a des moments où c’est choquant, mais bon, ça fait partie de la vie. Si je n’étais pas quelqu’un de public, peut-être que je n’aurais pas connu tout ça.

Mais bon ! Je ne suis plus Sama Karim, je suis Sams’k le Jah et c’est depuis 1995 que je suis exposé sur les médias. Je suis connu presque partout à travers mes émissions, ma musique, mes actions sur le terrain politique, et autres… Du coup, les gens sont en droit de dire ce qu’ils pensent.

Sauf que ce ne sont pas tes actions qu’on juge, mais c’est plutôt toi qu’on insulte ou qu’on met en danger. Par 3 fois, à Ouagadougou, il y a des gens qui m’ont dit que s’ils ont l’occasion de me trouer le corps, ils vont le faire. Une fois même sur Kwame Nkrumah, ça faillit mal se passer parce que quelqu’un est venu et commencer à m’insulter avec toutes les injures jusqu’à aller mêler ma mère.

Je lui ai dit, ça en est trop, si tu veux avoir affaire à moi, on le règle tout de suite. Les gens sont intervenus pour nous calmer, après qu’est-ce que tu veux, c’est comme ça. Tu acceptes, tu essaies d’être prudent comme tu peux et puis la vie continue, comme on le dit.

L’actualité est aussi marquée par l’inhumation des restes du capitaine Thomas Sankara, est-ce qu’on peut dire que votre lutte a porté par rapport à l’érection d’un site dédié au père de la révolution burkinabè ?

Moi, j’ai toujours milité pour que le président Sankara ait une reconnaissance plus que ce qu’on connaît d’ordinaire. Sankara n’appartient plus au Burkina, il appartient au patrimoine mondial. Tout ce qu’on peut faire pour que sa mémoire perdure, il ne faut pas hésiter. Je suis pour cette dynamique. Même quand il y avait le procès (Thomas Sankara), j’ai dit, on va condamner ceux qui ont participé à son assassinat, mais ce n’est pas seulement ça qui rendra hommage à Sankara.

Il faut que les générations dans 50 ans, 100 ans, 200 ans puissent savoir qu’il y a eu un fils d’Afrique qui a eu des rêves pour le monde, pour l’humanité et son nom c’est Thomas Sankara. Il vient d’un pays qui s’appelle le Burkina Faso. Donc si c’est possible d’avoir un espace où les gens peuvent venir se recueillir, apprendre et transmettre, ce serait l’idéal.

Donc on a milité pour l’érection d’un mémorial. Malheureusement l’esprit n’a pas été totalement compris. Ceux qui sont de bonne foi se sont approchés pour comprendre de quoi il s’agit, parce qu’il y a des gens qui ont pensé que c’était juste une petite case avec sa tombe. On leur a dit que c’est un projet architectural très grand sur une très grande superficie avec beaucoup de volets. Vous pouvez voir le projet architectural sur les réseaux sociaux. Il y a un site du comité international mémorial Thomas Sankara, si vous y allez, vous allez avoir toutes les informations.

Quand on est de bonne foi, ce sont ce genre de démarches qu’on entreprend. Mais à côté il y en a qui vont combattre. Ce n’est pas un projet qui peut faire l’unanimité, mais je pense que les grands ouvrages doivent transcender les sentiments personnels. On est dans un monde où c’est argument contre argument et c’est comme ça que les choses doivent se construire.

Tu n’es pas d’accord, pourquoi ? Tu donnes des arguments. Quand on discute avec les camarades de Sankara, ils vous disent que c’était un homme de débat. Tant que tu n’arrives pas à le convaincre, le débat va continuer. Je pense que c’est dans cette dynamique que l’on doit se mettre et éviter de s’entredéchirer, de se créer des inimitiés.

Propos recueillis par Hamadou OUEDRAOGO

Burkina 24




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