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Culture

«L’Église est un acteur important dans la réponse à la violence faite aux femmes»

Publié le :

Aïssa Doumara, une militante catholique des droits des femmes, première lauréate du prix Simone Veil/ DR

Question de foi /Qu’est-ce que les femmes africaines pensent de leur place dans l’Église ? En prélude à la journée internationale des droits des femmes célébrée le 8 mars, La Croix Africa donne la parole à 12 femmes catholiques africaines qui s’expriment librement.

Parmi elles, Aïssa Doumara, militante des droits des femmes et lauréate du prix Simone Veil en 2019 et fondatrice de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF).


« Je suis née il y a plus de cinquante ans à Yagoua, dans la région de l’Extrême Nord du Cameroun, dans une famille musulmane. Toute petite, j’ai ressenti la différence dans le traitement qui m’était accordée par nos parents : il m’a été rappelé à chaque fois que je devrais me préparer à aller chez « moi ».

C’est devenu un peu plus clair pour moi lorsque mes parents ont décidé de me marier alors que d’autres filles de mon âge continuaient à aller à l’école. J’étais juste à ma deuxième ou troisième année de collège. Ma décision a été de refuser ce schéma qu’on voulait pour moi : ménagère, épouse, mère etc. Je me souviens d’avoir repris les classes aussitôt après la naissance de ma fille aînée. Pendant cette période, j’ai passé deux mois sans sommeil (entre les pleurs du bébé, les leçons qu’il fallait apprendre et les responsabilités conjugales). J’entrais en année de 2nde, puis la suite s’est enchainée jusqu’à l’obtention de mon Baccalauréat, mon inscription à l’Université et dans d’autres écoles de formation professionnelle.

D’ailleurs, je continue à me former sur les questions de droits, sciences sociales, la prévention des conflits, l’histoire etc. Je dois dire que je m’en suis bien sortie contrairement à d’autres filles mariées également en même temps que moi à cet âge. Je rends grâce à Dieu. Je crois que c’est aussi que cela a forgé davantage mon engagement pour la cause de la fille, de la femme.


Je peux aussi affirmer que la foi catholique – qui est aujourd’hui, la mienne – occupe une grande place dans mon travail. À mes collaborateurs et collaboratrices, je répète inlassablement que nous sommes des gardiennes, des envoyés ou missionnaires chargés de conduire à bon port les services ou biens destinés aux bénéficiaires de nos actions. Les fonds et autres kits mis à notre disposition ne sont pas nos propriétés, mais nous sommes des gardiennes, des garantes de la bonne utilisation des biens et services des bénéficiaires de nos actions. La probité, l’honnêteté, le respect, la justice, la solidarité, l’empathie, l’amour du prochain sont parmi les valeurs que nous portons.

Violences faites aux femmes

Notre organisation, l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes-Extrême-Nord-Cameroun (ALVF-EN) est une association de la société civile du Cameroun. Elle est féministe, non mixte, non partisane et à but non lucratif. Sa mission est d’éliminer toutes les formes de violences faites aux femmes et aux filles dans tous les espaces. Depuis avril 1996, nous sommes présentes sur le terrain aux côtés des femmes, des filles, des hommes et des garçons pour porter le message de non-violence, de respect des femmes et des filles par tous

De mon expérience et à partir des rapports des ONG et organisations travaillant dans le domaine des droits humains, l’une des causes de ces violences sont les pesanteurs socio-culturelles qui se manifestent par la pérennisation des pratiques néfastes, la confusion entre tradition et religion, la réticence aux changements de mentalités, de comportements etc. Ici comme partout ailleurs en Afrique, les femmes croulent sous le poids des attitudes rétrogrades contraire aux valeurs humaines enlevant à ces dernières tous les droits : à la vie, au travail, à la santé, à l’éducation, à la propriété, à l’expression…

L’Église et les violences faites aux femmes

Pour le cas particulier des leaders religieux, dans une perspective de laïcité prônée par notre pays, l’Église intervient comme un acteur de la société civile à travers ses dirigeants et les structures telles que les orphelinats, les centres pour jeunes filles, les CODAS (Comité diocésain de développement et des activités sociales, organe de la pastorale sociale diocésaine), les cellules « Justice et paix », ou encore la Caritas.


Dans ces différentes structures des actions de prévention, de mitigation et de gestion de cas de violences sont organisées. Les filles et les femmes bénéficient également des activités d’autonomisation où elles sont accompagnées pour mener des activités génératrices de revenus dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage ou du petit commerce. Des dons en nature sont également offerts à celles d’entre elles plus vulnérables. Pour nous l’Église un acteur important de la chaîne d’intervention dans la réponse à la violence faite aux femmes et aux filles qui doit être holistique.

Néanmoins, il arrive que nous soyons saisis au niveau de notre institution par des cas qui incriminent les membres du clergé ou des prêtres dans des scandales de violences ou abus sexuels sur des mineurs. Notre réaction est la même que si nous avons affaire à un laïc bourreau. Dans ce cas, nous développons le plan de réponse en mettant toujours la victime de violence au centre de nos interventions. Notre but est toujours d’apporter une réponse aux attentes de la victime, de restaurer à la victime tous ses droits. »

Aïssa Doumara





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