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Politique

Nouvelle arrestation du lieutenant-colonel Zoungrana : Le dernier mot revient à la Justice

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L’homme aura eu à peine le temps de respirer à pleins poumons, l’air de la liberté qu’il est contraint de retourner à la case départ. Lui, c’est le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana. En liberté provisoire accordée le 15 décembre dernier par la Chambre de contrôle du Tribunal militaire après onze mois de détention, l’officier supérieur a été de nouveau arrêté le 27 décembre et jeté à nouveau en prison, malgré l’opposition de ses partisans qui s’étaient mobilisés pour défendre sa cause. En attendant que le procureur militaire s’explique sur les causes de cette nouvelle arrestation du commandant des mambas verts, les supputations vont bon train. Et la question qui trotte sur toutes les lèvres, est la suivante : qui pourrait en vouloir au lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana, et pourquoi ?

Certainement que les jours à venir permettront de répondre à ces questions pressantes. En attendant, l’on ne peut que faire le constat que le lieutenant-colonel est dans le collimateur des régimes qui se sont succédé à la tête de l’Etat burkinabè, depuis celui du président Roch Marc Christian Kaboré à celui du capitaine Ibrahim Traoré, en passant par celui du lieutenant-colonel Paul Henri Damiba. L’on se souvient, en effet, que c’est sous le pouvoir du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), qu’accusé d’attentat à la sûreté de l’Etat et de blanchiment de capitaux, le sieur Zoungrana a été déposé à la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA). Mais la chute du MPP n’a pas mis fin au calvaire de l’homme. Car, ses nombreuses demandes de mise en liberté ont toutes été rejetées sauf la dernière. Depuis ce mardi, à ce que l’on susurre, l’homme est accusé d’avoir planifié depuis sa geôle de la MACA, un coup d’Etat contre le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) II. Que faut-il penser de tout cela ? Il est difficile, en l’état actuel, de se prononcer mais il y a bien quelque chose d’assez trouble autour de ce personnage qui a réussi le presqu’impossible pari de réunir contre lui, trois ennemis qui se regardent en chien de faïence. A moins alors que le lieutenant-colonel ne possède quelque chose ou ne soit cette chose qui fait peur aux trois réunis. Or, le dénominateur commun entre les trois ennemis étant le pouvoir, l’on pourrait en déduire que l’officier constitue une menace pour le pouvoir. Il reste cependant à faire la preuve que cette menace est réelle, et savoir sur quoi elle repose réellement. Et si ce n’est le cas, que la Justice le réhabilite et soit dit en passant, explique au peuple burkinabè pourquoi l’on chercherait à réduire au silence, ce militaire qui du fond de son cachot, n’a cessé de proclamer sa volonté d’aller au front pour défendre sa patrie en danger.

Il appartient à la Justice burkinabè de lever le voile sur toutes ces suppositions ou supputations, et elle devrait le faire diligemment. Certes, le temps de la Justice n’est pas celui de la rue qui, d’habitude, trépigne d’impatience mais cette affaire a assez duré et risque de mettre à mal la paix sociale. A ce que l’on dit, la nouvelle arrestation de ce mardi a manqué de peu de faire des échauffourées et l’on imagine tous les risques de débordements qui pouvaient être liés à cela. Cela dit, le dernier mot de cette affaire bien nébuleuse, revient à la Justice mais elle doit se hâter, sans rien bâcler, de dire le droit et rien que le droit. La Justice doit d’autant plus se hâter que cette affaire, si l’on en croit certaines informations, est devenue une affaire de vie ou de mort. En effet, ces derniers temps, il a circulé sur les réseaux sociaux, un vocal dans lequel l’officier dit craindre pour sa vie après avoir échappé, dit-il, à plusieurs tentatives d’élimination physique.

En attendant que la Justice se prononce, l’on ne peut qu’appeler les Burkinabè au calme pour non seulement créer les conditions de sérénité nécessaire à l’expression du droit, mais aussi pour préserver la précaire paix sociale qui tient à un fil du fait des assauts répétés des groupes armés contre notre Nation. Tout autre attitude précipiterait le pays dans les gouffres de l’incertitude. Or, c’est ce dont le Burkina Faso a le moins besoin en ce moment. Et pour faciliter ce calme, le gouvernement devrait communiquer sur cette affaire plutôt que de laisser les réseaux sociaux le faire, avec toute la force de désinformation et même de manipulation qui va avec. Et c’est maintenant qu’il faut le faire pour éviter de courir derrière l’incendie pour l’éteindre, après qu’il a fait des dommages que l’on aurait pu éviter.

« Le Pays »


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