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Politique

Histoire. Du Dahomey au Bénin marxiste : il était une fois, le 30-novembre…

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C’est une date marquante de l’histoire politique du Bénin. Une date trois fois importante même, puisqu’elle a constitué les trois piliers de l’édifice révolutionnaire d’octobre 1972 : le discours-programme du 30 novembre 1972, l’option idéologique socialiste, éclairée par le marxisme-léninisme, le 30 novembre 1974, et le changement du nom, des armoiries et du drapeau du pays, le 30 novembre 1975. Érigé en «Trois glorieuses», le 30-Novembre était devenu la trinité impériale de la transformation sociopolitique du Dahomey devenu Bénin. Mais contrairement à la rhétorique, la révolution a fini par échouer, emportée par des crises multiples qui ont fait le lit de la conférence nationale et du renouveau démocratique…


«La caractéristique fondamentale et la source première de l’arriération de notre pays est la domination étrangère. L’histoire de cette domination est celle de l’oppression politique, de l’exploitation économique, de l’aliénation culturelle, de l’épanouissement de contradictions inter-régionales et intertribales.»

Le ton est donné dès l’entame du discours-programme du 30 novembre 1972. Mathieu Kérékou, qui a pris le pouvoir au Dahomey (aujourd’hui Bénin) suite à un coup d’État le 26 octobre 1972, venait de résumer en deux phrases la situation politique et socioéconomique de son pays. Diagnostic juste et pertinent en ce début des années 1970, où l’ancienne colonie française, indépendante depuis le 1er août 1960, est passé de «quartier latin» à «enfant malade» de l’Afrique. Le pays comptait déjà quatre coups d’État, et celui vanté par Mathieu Kérékou, le cinquième, portait les graines de l’espoir et d’une certaine renaissance. Un cinquième coup d’État donc qui, selon la rhétorique des révolutionnaires du 26 octobre 1972, «marque une rupture radicale avec le passé et amorce une politique nouvelle d’indépendance nationale».

Aujourd’hui, cinquante années après ce putsch qui a balayé le Conseil présidentiel mis en place en 1970 — la présidence tournante que Mathieu Kérékou a qualifié de «monstre à trois têtes» —, on peut se réjouir du fait qu’il reste le dernier perpétré dans ce pays baigné sur 125 kilomètres par l’océan Atlantique, et coincé entre le «minuscule» Togo à l’Ouest, et le géant Nigeria à l’Est.


NOURRIR LES ASPIRATIONS DU PEUPLE

Le discours prononcé un peu plus d’un mois après, le 30 novembre 1972, est en effet venu baliser l’action politique du Gouvernement militaire révolutionnaire, tout en la projetant dans l’avenir. Ce discours-programme, aujourd’hui cinquantenaire, portait ainsi les ambitions de la révolution déclenchée plus tôt, mais aussi les aspirations du peuple dahoméen de cette époque, puisqu’il promettait de… «liquider définitivement l’ancienne politique à travers les hommes, les structures et l’idéologie qui la portent».

Pour parvenir à ses objectifs, la révolution dahoméenne de 1972 voulait engager la nation dans un certain nombre de chantiers majeurs, déclinés dans le discours-programme du 30 novembre, qui énonce quatre champs d’action:

«- Comptons d’abord sur nos propres forces, sur nos propres ressources, sur l’initiative créatrice des larges masses dans notre lutte pour nous libérer de la domination étrangère, pour développer notre économie et pour donner à notre peuple la dignité et la personnalité d’un peuple libre;

- Réorganiser toute la structure économique, culturelle et sociale de notre pays dans le sens d’une libération de la domination étrangère, d’une éradication de la corruption, de la concussion et du népotisme, et d’une plus grande efficacité;

- Développer nos relations extérieures avec tous les pays sans discrimination sur la base du respect de la souveraineté nationale, de l’égalité et de l’avantage réciproque;

Affermir l’autorité de l’État.»

Cette déclinaison, qui souligne bien «l’immensité et la complexité de la tâche qui incombe au Gouvernement militaire révolutionnaire», suffit en effet à reprofiler l’image du pays et à la placer sur des chemins d’espérance. Et puisque ce défi reste actuel, l’histoire enseigne que la révolution dahoméenne, puis béninoise, s’est fourvoyée dans certains des travers qu’elle était censée corriger, au point de plonger le pays dans une crise économique et sociopolitique inouïe. Au point aussi d’ouvrir la voie, au travers de la conférence nationale de février 1990, au renouveau démocratique qui a généré depuis, malgré les imperfections et les dérives, quatre alternances pacifiques au sommet de l’État.


LE SOCIALISME COMME LANTERNE

Mais la trajectoire politique de ce pays de 114 763 km² (Wikipédia) n’aura pas été un long fleuve tranquille. Et le 30-Novembre reste, aujourd’hui encore, une date marquante de son histoire. Deux années après le discours-programme, le Dahomey choisit en effet d’emprunter, le 30 novembre 1974, la voie socialiste de développement, avec le marxisme-léninisme comme «guide philosophique».

Cette option est affichée comme une «nécessité historique», dans la proclamation, ce 30 novembre-là, de la «nouvelle société où il fera bon vivre pour chacun et pour tous». «Notre philosophie et le guide de notre action révolutionnaire, c’est le marxisme-léninisme», martèle Mathieu Kérékou en 1974, dans le mémorable discours qu’il a proclamé à Abomey, au Centre du pays, engageant la nation dans «une société socialiste».

Mais il fallait parachever l’œuvre, puisque la révolution de 1972 ambitionnait, rappelons-le, de… «liquider définitivement l’ancienne politique à travers les hommes, les structures et l’idéologie qui la portent». Après avoir énoncé le programme du gouvernement le 30 novembre 1972, et reposé les bases de son action sur le socialisme et le marxisme-léninisme, le 30 novembre 1974, la révolution entreprit de rebaptiser le pays, qui devient République populaire du Bénin, le 30 novembre 1975. Le même jour, un nouveau drapeau — un rectangle vert frappé d’une étoile rouge à cinq branches dans le coin supérieur gauche — est hissé dans le ciel… béninois, et les armoiries sont bien entendu redessinées. On assiste aussi, ce jour-là, à la naissance du Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB), longtemps parti-État et officiellement parti unique jusqu’à l’ouverture démocratique de 1990.

Cette ouverture pluraliste, qui a signé le renouveau démocratique béninois, est consécutive aux énormes difficultés socioéconomiques rencontrées par le régime révolutionnaire, et qui ont plongé la République populaire du Bénin dans un marasme sans précédent. La cristallisation des crises sociales et économiques a entraîné de multiples grèves et émeutes, que les mesures d’austérité n’ont pas réussi à juguler. Tant et si bien que dix-sept ans après le coup d’État du jeudi 26 octobre 1972, Mathieu Kérékou est contraint d’accepter la tenue d’une conférence des forces vives de la nation, qui s’est tenue du 19 au 28 février 1990, et qui a accouché d’une nouvelle Constitution et d’une transition inclusive. Une transition qui a porté, ensuite, Nicéphore Dieudonné Soglo, alors Premier ministre désigné par la conférence nationale, à la tête de l’État, pour un mandat de cinq ans.



Dans les roues de l'alternance



Cette première alternance au sommet du pouvoir depuis 1972, est bientôt suivie d’une deuxième, puisque Mathieu Kérékou revient dans le jeu politique et se fait élire dans les urnes démocratiques en 1996. Il dirigera à nouveau la République du Bénin (la conférence nationale ayant délesté le nom du pays de son épithète «populaire») pendant deux quinquennats, avant de passer le témoin à Thomas Boni Yayi, élu en 2006.

La suite s’écrit avec Patrice Guillaume Athanase Talon, qui a entrepris, depuis 2016, de réformer les institutions de la République, révisant au passage la Constitution pour introduire notamment un poste de vice-président, après avoir échoué à faire admettre son idée et sa conviction de «mandat unique». L’histoire politique du Bénin s’écrit donc avec un nouvel encrier, et l’on attend de voir si les réformes engagées par l’actuel locataire du palais de la Marina à Cotonou, et qui sont pour la plupart beaucoup décriées, lui rendront demain la justice d'avoir eu raison trop tôt sur ses détracteurs politiques.

On ne peut toutefois pas s’empêcher de penser, en cette journée d’un souvenir autrefois magique, aux 30-Novembre érigées en «Trois glorieuses» de la révolution béninoise de 1972, et qui fut pendant longtemps la date de la fête nationale du pays. Il a fallu la conférence nationale pour restaurer les attributs de l’indépendance (drapeau, armoiries et fête nationale), qu’on a vu refleurir dès le 1er août 1990, où l’étendard vert frappé d’une étoile rouge à cinq branches dans le coin supérieur gauche a été définitivement descendu de son mât et rangé dans les placards de l’histoire.

Le Bénin a sans doute encore beaucoup de leçons à tirer de ces «Trois glorieuses» — 30 novembre 1972, 30 novembre 1974 et 30 novembre 1975 — pour éclairer le présent et projeter le futur, notamment en revisitant le discours-programme du Gouvernement militaire révolutionnaire, prononcé il y a exactement 50 ans aujourd’hui par Mathieu Kérékou, qui nous a quittés le 14 octobre 2015, alors qu’il venait de souffler, le 2 septembre de cette année-là, ses 82 bougies.



© Serge Mathias Tomondji

Ouagadougou, 30 novembre 2022







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