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Politique

Dialogue inter-guinéen : Vers un nouveau rendez-vous manqué avec l’histoire

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Longtemps réclamé par la coalition de l’opposition, le dialogue inter-guinéen s’est finalement ouvert le 24 novembre 2022 à Conakry et ce, pour trois semaines, sans les principaux partis de l’opposition, en l’occurrence le Rassemblement du peuple guinéen (RPG) d’Alpha Condé et l’Alliance nationale pour l’alternance et la démocratie convoquée par Cellou Dalein Diallo. Ce dialogue qui vise à dégager le plus large consensus possible sur la conduite de la transition, notamment le calendrier électoral et les mesures de confiance à adopter, est aussi boycotté par une large partie de la société civile, notamment les associations coalisées au sein du Front national de défense de la Constitution (FNDC). Les absents au dialogue dénoncent l’unilatéralisme de la junte dans la mise en train de ces pourparlers destinés à panser les plaies, ô combien purulentes, de l’histoire récente de la Guinée, et posent comme condition, la libération des cadres de l’opposition qui croupissent dans les geôles du pouvoir. Si l’on peut saluer la tenue de ces assises qui devraient permettre la décrispation de la l’atmosphère socio- politique en Guinée, il est aussi difficile de ne pas admettre que ce dialogue entamé sans les acteurs historiques de la vie politique au pays d’Ahmed Sékou Touré, ressemble à un échec programmé.

La junte militaire au pouvoir récolte la tempête qu’elle a semée

La Guinée s’achemine vers un nouveau rendez-vous manqué avec l’histoire. Elle rate là l’occasion de faire du dialogue inclusif qui était tant attendu, une belle occasion d’exorcisme destinée à expurger la scène politique des démons qui endeuillent de façon régulière les familles guinéennes. A qui la faute si la catharsis tant souhaitée n’a finalement pas lieu ? Le coupable est tout désigné. C’est la junte militaire au pouvoir qui a échoué à créer les conditions pour réunir les Guinéens autour d’une même table. Et elle ne peut véritablement s’en prendre qu’à elle-même. Elle récolte la tempête qu’elle a semée. En effet, faisant dans le populisme, Mamady Doumbouya a fait de l’embastillement des opposants, son sport favori. Réprimant dans le sang les manifestations du FNDC qu’il a fini par dissoudre, il a mis en péril les maigres ressorts de la cohésion sociale. Cela dit, la question que l’on peut se poser est la suivante : l’opposition guinéenne fait-elle une bonne affaire en pratiquant la politique de la chaise vide ? C’est connu, en Afrique, les absents sous l’arbre à palabres, ont toujours tort. En boycottant les pourparlers inter-guinéens, les grands partis de l’opposition guinéenne manquent non seulement l’occasion de défendre leurs revendications face aux militaires au pouvoir, mais aussi ils ratent l’opportunité de bloquer de l’intérieur, le scénario du passage en force mis en place par la junte. Comme on le voit très souvent, sous nos cieux, dans de pareilles situations, il n’est pas exclu que des opposants sans étoffe soient débauchés à coup de billets de banque pour parler et agir au nom des absents. Mais le vin est tiré, il ne reste plus qu’à le boire. Et c’est ce qui fait craindre des lendemains difficiles pour la Guinée dont la scène politique est connue pour être un volcan aux éruptions meurtrières.

Mamady Doumbouya et ses frères d’armes devraient savoir se mettre du bon côté de l’histoire

Tout laisse croire, en effet, que l’on s’achemine vers le scénario tchadien où au lendemain du dialogue inclusif, l’on a assisté à de géantes manifestations de protestation qui ont été réprimées dans le sang. Cela dit, Yayi Boni, le médiateur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui séjourne à Conakry à l’occasion du dialogue, peut-il désamorcer la bombe ? Il est difficile de répondre avec certitude à cette question mais une chose est sûre : l’organisation sous- régionale qui essuie déjà les critiques d’une bonne partie des opinions internes des Etats membres, joue sa crédibilité dans cette médiation. C’est pourquoi elle devrait se donner les moyens d’accroître la pression sur Mamady Doumbouya et ses frères d’armes afin que non seulement ils réunissent les conditions pour la participation effective de l’opposition à ce dialogue dit inclusif, mais aussi pour qu’ils ne succombent pas à la tentation de la confiscation du pouvoir. La communauté internationale devrait aussi se tenir prête à accompagner la CEDEAO dans cette dynamique. Car, ce dont il est question en ce moment, c’est la problématique des libertés individuelles et démocratiques qui sont des droits inaliénables. L’on sait déjà que dans cette perspective, les avocats du FNDC ont adressé une longue correspondance au président français, Emmanuel Macron, pour lui demander de suspendre les financements destinés au gouvernement guinéen. La voie est donc toute tracée. Quant à Mamady Doumbouya et ses frères d’armes au pouvoir, ils devraient tirer leçon du procès en cours sur le massacre du 28 septembre 2009. S’ils ne veulent pas se retrouver un jour dans le box des accusés comme Dadis Camara et compagnie, ils devraient savoir se mettre du bon côté de l’histoire. Et le premier pas de cette marche consiste, non pas à diviser les Guinéens comme ils le font en ce moment, mais à les rassembler pour qu’ensemble, ils trouvent des voies et moyens pour sortir du cercle de violences dans lequel ils se sont inscrits et s’engager véritablement sur la voie du progrès.

« Le Pays »




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