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Au tribunal. La faim ne justifie pas les moyens

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Selon un principe juridique, nul ne doit se prévaloir de sa propre turpitude. Le 30 mars 2022, avant le terme de son procès, qui a duré moins d'une heure dans la salle d'audience du tribunal correctionnel de Grand-Bassam, le sieur B. A. aura appris, à ses dépens, qu'il ne suffit pas d'évoquer l'argument de la faim ou de la fringale, pour être relaxé. A tout le moins, pour bénéficier de la clémence d'un juge, des circonstances atténuantes d'un procureur de la République ou, tout simplement, de la mansuétude du Tribunal.

En matière judiciaire, surtout dans une affaire de droit commun, la faim tout comme l'usage de la drogue ou de l'alcool, avant la commission d'un acte délictueux, ne sont pas une cause de non-imputabilité. En d'autres termes, ces faits n'effacent pas la responsabilité pénale du prévenu.



Du fer à béton ”ramassé” sur un chantier



A l'entame d'un procès, le prévenu a le choix entre "plaider coupable" ou "plaider non coupable". Dans le cas d'espèce, le prévenu Boua Alex, pris en flagrant délit de vol de "fer à béton de chaînage", dans le courant de mars 2022, a plaidé "non coupable". Depuis l'enquête préliminaire de police, jusqu'au procès du 30 mars 2022, le prévenu a affirmé et soutenu mordicus qu'il a "ramassé" ce matériau de construction, pour le revendre, avant d'acheter quelque chose à manger.


Réaction du procureur de la République :

- Alex, soyons sérieux. C'est-à-dire qu' à chaque fois que tu auras faim, tu vas voler quelque chose, pour te permettre de manger. Imagine qu'un jour, dans votre village ou votre quartier, tout le monde se mette à voler, parce que tout le monde a faim. Vous voyez quels dégâts et quels dommages, ça peut causer à la société ?


Question du président du Tribunal au prévenu :

 Vous pensez que tout est bon à "ramasser" sur un chantier de construction, même broussailleux ?

Le fer à béton que j'ai ramassé était hors d'usage.

 Que vouliez-vous en faire alors ?

 C'était pour me débrouiller avec ça. J'avais vraiment faim.


Au terme de ce procès mais avant de situer définitivement le prévenu sur son sort, le président du Tribunal demanda à Alex s'il peut verser au Trésor public, la somme de 100 000 F. La Loi accorde ainsi cette faveur, à tout justiciable solvable, pour éviter qu'il aille en prison. Malheureusement, le prévenu était dans l'incapacité de satisfaire à cette demande. Par conséquent, il a été condamné à un mois d'emprisonnement, 100 000 F d'amende et 5 ans d'interdiction de séjour.


Leçon et moralité à tirer de cette affaire : si dans certains cas, la fin peut justifier les moyens, dans le cas d'espèce, la faim ne justifiera jamais les moyens.


Une chronique de Mory-Frey Touré



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