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Reportage . Côte d'Ivoire. À Ahua, avec les productrices de sel marin : Une activité très contraignante (1/2)

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Le sel mis à sécher

A Ahua, village situé sur le tronçon Jacqueville-Toukouzou-Hozalem , des femmes produisent du sel marin. Nous nous sommes particulièrement intéressé à Mme Beugré Viviane, l’une des plus anciennes. La méthode archaïque utilisée par ces femmes est contraignante à bien des égards. Pourtant, l’usage de méthodes modernes peut rendre l’activité plus rentable. Mais encore faut-il que ces productrices en aient les moyens.


L’une des activités auxquelles les femmes s’adonnent de plus en plus dans le village d’Ahua, est la production du sel marin. Cette agglomération rurale balnéaire est située sur l’axe routier reliant Jacqueville à la localité de Toukouzou-Hozalem. Le mercredi 14 septembre, nous avons pris le temps de suivre Beugré Viviane, l’une d’entre elles, dans les différentes étapes de cette activité qui l’occupe au quotidien.

Mme Beugré Viviane en train d’activer le feu


Munie d’une bassine, Beugré Viviane se rend au bord de la mer, pour prélever des quantités de cette eau. Et cela, en vue de produire du sel. Elle y va avec Jean Emmanuel, l’un de ses fils. Il tient un seau à la main. Sur place, à l’aide du seau, il prélève l’eau et remplit la bassine de sa mère. Elle va renverser le contenu dans une autre bassine placée dans la cour familiale, qui se trouve à une centaine de mètres de la mer.


Une opération de longue durée

Après quatre tours, Beugré Viviane, par ailleurs présidente des productrices de sel marin de Ahua, rentre à la maison avec son fils. Bien que visiblement extenuée, elle a juste le temps de se désaltérer et part aussitôt, avec une bassine et une machette, chercher des couches de fibres ligneuses de noix de coco, dans la plantation de son père, distante d’environ un kilomètre et demi de son domicile. Ces fibres, qui couvrent et protègent la coque des noix de coco, sont le combustible qui va alimenter le feu allumé pour faire bouillir l’eau de mer. Opération de longue durée, au bout de laquelle, s’obtient le sel marin. Elle n’a pas le choix, étant donné qu’elle n’a pas suffisamment d’argent pour acheter le bois de chauffe ou le charbon de bois, ou même ces fibres ligneuses de coco.

« Le fagot et les couches de fibres ligneuses de noix de coco coûtent cher ici. Un chargement de taxi-moto de fagot revient à 50 000 F CFA. Celui d’un tracteur pour les couches de fibres ligneuses de noix de coco est à de plus de 25 000 F CFA. Il est donc préférable de venir moi-même les ramasser », révèle-t-elle. Elle est rejointe dans la plantation par Jean Emmanuel et sa sœur aînée Marie-Ange. Le jeune garçon rassemble les fibres de la noix de coco en tas, à l’aide de la machette, puis sa mère et sa sœur se chargent de les ramasser, pour les mettre dans la bassine. Après quoi, elle charge son garçon de porter la bassine, à la maison.

Dans la cour, se trouvent deux foyers de grande taille en forme de carré. Ils sont construits avec des briques recouvertes d’argile. Beugré Viviane ajoute de l’eau de mer à une bassine qui en contenait déjà et qui avait été posée sur le feu la veille, pour être bouillie. Elle poursuit donc l’ébullition, car explique-t-elle, « l’obtention du sel à partir de l’eau de mer prend du temps. De plus, c’est un processus très contraignant. Il faut toujours augmenter la quantité d’eau mise à bouillir, dès que le niveau baisse ». Elle doit alimenter le feu avec les couches de fibres ligneuses de coco et du bois, pour éviter que le feu s’éteigne. Un exercice pas toujours facile à cause du feu, de la chaleur du soleil et surtout de la fumée.

La productrice de sel peut à présent s’assoir sur une chaise, sous un arbre, après avoir rallumé le feu pour la préparation de l’eau. Le reste du travail consiste à continuer d’y ajouter de l’eau et de toujours raviver le feu, quand il baisse d’intensité. Avec le temps qui passe, le soleil devient plus accablant. Mme Beugré a besoin de plus d’ombre pour tenir. Elle se met donc à côté d’un des murs de la cour.

Mme N’Guessan, l’épouse de l’un de ses défunts oncles, vient lui prêter main forte. Elle explique que, contrairement à ce que d’aucuns pourraient croire, la production du sel marin, tout comme son séchage prennent du temps. « Au moins deux jours, si le soleil brille convenablement », précise-t-elle. Elle montre du doigt, du sel produit par Beugré Viviane. Il est mis à sécher dans une partie de la cour sur une toile en plastique noire, depuis plus de deux jours. Elle indique qu’il est sec.

Ainsi, nous découvrons, pour la première fois, le sel marin à l’état brut. C’est-à-dire qu’on n'y a rien associé de chimique pour la conservation. Il est assez blanc et présente la même texture que le sel usiné. Mais, pour l’avoir gouté, il nous a plutôt paru moins salé que ce sel conditionné à l’usine avant de se retrouver sur le marché.

Quelques instants plus tard, Beugré Viviane part chercher le sel, le met dans des bouteilles vides d’eau minérale de 1,5 litre, qu’elle a pris le soin de nettoyer au préalable. Mme Tano Kadjoum Simone, l’une de ses tantes, qui habite également la cour, vient la trouver en plein travail. Elle revend, sur commande, une partie du sel produit par Beugré Viviane, à Abidjan, pour certaines de ses amies qui veulent du sel pour leurs époux hypertendus ou diabétiques. Ses fils vivant à Abidjan lui transmettent aussi des commandes. Mme Tano Kadjoum Simone prend la bouteille de 1,5 litre à 1 200 F CFA et la revend à 1 500 F CFA. Avec la hausse généralisée des prix, elle achète la même quantité de sel à 1 500 FCFA, pour la revendre à 2 000 F CFA.

Junior Jeremy


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