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La chronique judiciaire de Mory-Frey Touré:Les trois petits voleurs de motos

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Voici l’histoire de trois garnements : trois garnements qui n’ont pas encore atteint ni la majorité civile ni la majorité pénale. Cependant, ils se signalent déjà comme des délinquants primaires. Cédric, Coul et Sang sont âgés respectivement de 15, 14 et 17 ans.

Copains et coquins, selon les circonstances de leur vie en commun, ils ont quitté leurs domiciles respectifs, pour se retrouver dans la rue, avant d’élire finalement domicile sur le chantier de construction d’un bâtiment privé. Un chantier dont ils ne connaissent le propriétaire ni d’Adam ni d’Eve. Mais curieusement, les trois nouveaux occupants, venus squatter ce chantier pour un temps donné, finiront par devenir les gardiens des lieux.

Au contraire d’autres petits larrons de quartiers, qui jettent leur dévolu sur les roues des voitures, les phares ou les batteries des véhicules en stationnement la nuit, eux sont allés plus loin, pour se faire une spécialité : le vol de motocyclettes. Et ça semble leur réussir, d’autant plus qu’ils ont comparu le 14 avril 2022, pour « vol portant sur des motocyclettes et recel, courant décembre 2021 à Grand-Bassam », faits prévus et punis par les articles 457, 459, 461 et 462 du Code pénal ivoirien.

Seulement, à la différence des adultes qui comparaissent pour les mêmes faits et dans les mêmes circonstances, les trois prévenus qui sont classés dans la catégorie « mineurs devant la loi », seront l’objet d’un traitement particulier. Leur sort est confié à une juridiction spéciale, appelée « tribunal pour enfants », où siègent un juge – en qualité de président du Tribunal – et deux assesseurs.

Ce jeudi 14 avril 2022, à l’audience du Tribunal de Grand-Bassam, les prévenus seraient au nombre de trois, si le co-auteur prénommé Cédric, n’avait pas faussé compagnie aux deux autres, en s’évadant de la Maison d’arrêt (prison), quelque temps avant le procès.

Accusés, levez – vous !

A la question (du juge) de savoir si oui ou non, ils sont vraiment les auteurs des faits, pour lesquels ils sont poursuivis, les deux larrons qui avaient juré tantôt, de dire « la vérité, toute la vérité et rien que la vérité », répondirent en chœur :

Oui Papa (au juge) ; nous avons volé, cinq fois, des motos.

En répondant à cette question du président du Tribunal, ils dénoncent et révèlent en même temps, le nom de leur maître en la matière : Zakaria dit Zak.

C’est Zak qui nous a appris à voler les motos. Il est plus vieux que nous mais Il a diminué son âge, pour devenir petit comme nous.

 A combien vous vendez les motos volées ?

 On les vend à 100 000 ou 200 000 F. Nous avons vendu la dernière moto à 80 000 F, parce qu’elle était de « deuxième main ».

A la question de savoir, pourquoi ils ont quitté les domiciles de leurs parents, pour se retrouver sur un chantier, sans moyens de subsistance, l’un des deux prévenus a lâché la réponse suivante :

 Mon père est tout le temps, parti. On se voit rarement.

Le Procureur : Comment vous vous êtes retrouvés sur ce chantier qui ne vous appartient pas et dont vous ne connaissez même pas le propriétaire ?

— Oui, Papa (au Procureur). On était là et puis un jour, le propriétaire est venu nous surprendre sur le chantier. Il nous a vus mais il ne nous a pas chassés. Il a dit : « comme vous êtes déjà là, je vous confie le gardiennage de mon chantier ». C’est pour ça que nous sommes restés en place et nous sommes devenus gardiens, en même temps.

En détention préventive depuis janvier 2022, les deux enfants, devenus délinquants primaires, pour s’être frottés à un « maître – voleur », ont été finalement condamnés à six mois de prison, au terme de l’interrogatoire, mené par le juge et les réquisitions du ministère public. Ils recouvreront la liberté dans moins de deux mois. Ce qui leur évitera un séjour carcéral long et plein de risques, pour leur jeune âge.

Au cours de ce procès, l’auditoire a senti une certaine mansuétude ou indulgence, dans les questions du juge et les réquisitions du procureur de la République. Comme pour donner une chance et ouvrir une porte de sortie, à des enfants qui, apparemment, ne savaient pas ce qu’ils faisaient et dont le seul tort aura été, d’avoir rencontré un jour sur leur chemin, un maître. Un maître qui, au lieu de leur apprendre à lire et à écrire, leur apprendra – malheureusement – le métier le plus détestable de la vie : le vol.

Mory-Frey Touré



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