Les ONG Sherpa et Transparency International doivent, à l’heure qu’il fait, boire du petit lait, elles qui ont été les initiatrices de la poursuite judiciaire de dirigeants africains et de leurs rejetons dans le cadre du dossier «Biens mal acquis». En effet, quatre enfants du défunt président Omar Bongo sont dans la tourmente.
Ils viennent d’être mis en examen par la justice française pour détournement de fonds publics, corruption active et passive et abus de biens sociaux, à la suite de l’acquisition d’un important parc immobilier en France. Il s’agit de Grâce, de Betty, d’Arthur et d’Hermine Bongo. Ils ont été mis en examen entre le 25 mars et le 5 avril 2022.
Les biens mal acquis (BMA) sont des biens mobiliers et immobiliers acquis par les dirigeants d’Etat et dont le financement trouve sa source dans des détournements de fonds publics appartenant aux Etats concernés. Ce sont les produits d’activités délictuelles ou criminelles qui ont permis à des dirigeants un enrichissement que leurs revenus ne peuvent justifier. Il importe de rappeler que cette croisade contre les biens mal acquis, qui visait principalement les monarchies pétrolières africaines (Gabon, Guinée équatoriale, Congo Brazzaville…), a commencé en 2007, donc du vivant d’Omar Bongo, décédé en 2009. C’est dire que les enfants ont hérité des problèmes… comme du pouvoir de papa, du reste. Ce n’est que justice donc.
Et la chasse au petit gibier était ainsi lancée, à défaut pour le moment d’atteindre les présidents encore en vie (Sassou N’Guesso, Teodoro Obiang Nguema, Ali Bongo Ondimba) qui, eux aussi, sont forcément dans le collimateur de la justice. Les Blancs aussi avec leur histoire de biens mal acquis ! Comment convaincre les Bongo que le Gabon ne leur appartient pas ? Pour eux, ils ont droit de vie et de mort sur tous les « sujets » et tout leur appartient. Effectivement tous les enfants de Bongo incriminés (ils ne sont pas si jeunes que ça, car tous quinquagénaires) crient à l’acharnement. « Totalement indignés » et « totalement de bonne foi », ils jurent, la main sur le cœur, que toutes les acquisitions ont été faites dans les règles de l’art. En 2015, lors d’une interview, Ali Bongo Ondimba ne banalisait-il pas la situation en disant que « l’affaire des biens mal acquis était une affaire politique » et qu’on « instrumentalise la justice pour régler une affaire qui est politique » ?
Plus sérieusement, disons que la gestion patrimoniale du pouvoir sous nos tropiques pose problème, surtout que le plus souvent, ce sont des Etats riches mais dont la richesse n’arrive pas à faire décoller le pays, si ce n’est d’aller grossir les poches des membres d’un clan. Fort heureusement, il arrive que la justice immanente et celle des hommes viennent rappeler à ceux qui en profitent que, comme le dit si bien le dicton, « bien mal acquis ne profite jamais ». En juillet 2021, après 14 ans de procédure, le quinquagénaire Teodorin Obiang, le fils de l’autre, a été condamné en France à trois ans de prison avec sursis, 30 millions d’euros d’amende et à la confiscation de tous ses biens saisis en France. Les présidents boulimiques et autres héritiers de trônes en devenir sont en tout cas prévenus…
Issa K. Barry
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Publié le :
25 avril 2022Par:
Lago Tape