Il y a une préoccupation que la majorité des établissements tant publics que privés d’enseignement secondaire du district d’Abidjan partagent : le manque de terrain devant permettre aux élèves de pratiquer l’Education physique et sportive (Eps). Les responsables et fondateurs de ces établissements n’ont d’autre choix que de louer des sites, afin de permettre à leurs élèves de suivre les cours d’Eps. Seulement, cette solution que l’on pourrait assimiler à une « bouée de sauvetage » comporte tout de même des inconvénients, aussi variés que divers.
Restaurants, bars, hôtels sur le terrain d’Aboboté
Le terrain Abissé du village d’Aboboté ou terrain d’Aboboté, situé dans la commune d’Abobo est utilisé par 9 établissements pour permettre aux professeurs de dispenser les cours d’Eps. Le coût d’occupation du site pour l’année académique 2021-2022 est de 150 000 FCFA par établissement. Les autorités villageoises selon Dégré Roland, président des enseignants d’Education physique et sportive de la DREN 4 , entendent fixer à la prochaine année académique, le coût à 250 000 FCFA. Pourtant, les conditions qui prévalent sur ce site, localisé à la lisière du cimetière du village d’Abobote, ne sont pas de nature à permettre une bonne pratique de l’Eps. L’on y trouve plusieurs bars . Par le passé, la musique qui se dégageait de ces lieux de beuverie, situés autour du terrain, gênaient les cours. Au point où les professeurs se sont plaints auprès des autorités villageoises. Celles-ci ont par la suite pris une décision interdisant la musique aux heures de cours, c’est-à-dire le matin de 7 heures à 11 heures, et l’après-midi de 13 heures à 17 heures. Mais, des tenanciers de ces bars ne respectent pas ces instructions. En réaction, les professeurs font appel aux autorités villageoises, qui se chargent de ramener à l’ordre les contrevenants. Un autre problème concernant ces bars, est leur fréquentation par des élèves. Le comble est qu’après s’être enivrés, ces élèves viennent perturber les cours.Il y a aussi que, certains tenanciers prennent le malin plaisir d’installer leurs chaises sur le terrain, avant la fin des cours d’Eps. Une façon subtile pour eux de demander aux élèves et aux professeurs, de quitter les lieux, afin qu’ils mènent leurs activités.
En outre, sur le terrain, on note la présence d’hôtels. Ils sont au nombre de trois, révèle Dégré Roland. Ils sont plus discrets. Au point où, ce sont des habitués qui reconnaissent leur emplacement. Les cours d’Eps sont également perturbés par les passages intempestifs des automobiles, des motocyclistes, et autres. « Quelques fois en plein cours, nous assistons à la traversée de piétons, à la circulation de véhicules, de motos. Certaines personnes viennent pour y prendre des cours de conduite, pendant que les élèves font cours. D’autres s’y rendent pour s’entrainer avec des chevaux. Très souvent des tricycles viennent en vue de livrer de la boisson », explique l’enseignant. Il attire notre attention sur un fait, qui nuit véritablement au bon déroulement des cours. Il s’agit des campagnes publicitaires, qui sont organisées pour la promotion de certains produits. Ces promoteurs occupent une partie de l’espace que les 9 écoles ont déjà du mal à se repartir. Du coup, le temps que durera la campagne, les professeurs et leurs élèves sont contraints de travailler sur un espace réduit. Mais, même quand il n’y a pas de promotion sur le site, les conditions selon le professeur Dégré Roland ne sont pas réunies pour une bonne pratique de l’Eps. « Il n’y a pas les installations adéquates pour l’éducation physique et sportive. Il y a des activités que l’on ne peut y mener, à savoir le football, le handball, le volleyball. Il n’y a pas de sautoir non plus ».
Il y a par ailleurs le problème de la sécurité qu’il convient de mentionner. En effet, les professeurs et leurs élèves sont souvent l’objet d’agressions de la part des enfants en conflit avec la loi. Ceux-ci agissent avec la complicité de certains élèves, qui font partie de leur bande. Malheureusement, selon le président des enseignants d’Education physique et sportive de la DREN 4, quand ces jeunes bandits opèrent, les cours sont véritablement perturbés, à cause de la débandade, qui s’en suit. Les professeurs font appel aux gendarmes. Ceux-ci avaient mis des affiches dans les maquis, les restaurants et un peu partout sur lesquelles ils ont inscrit leurs contacts. En plus, ils viennent de temps à autre pour s’enquérir des nouvelles du site. « Depuis que nous sommes en contact avec les gendarmes, tout va mieux. Il n’empêche que les petits badauds viennent de temps en temps. Mais dès qu’ils voient les gendarmes, ils prennent leurs jambes à leur cou. Nous avons été bien sécurisés par les gendarmes à la veille des fêtes de la fin de l’année 2021. D’ordinaire en cette période, les enfants en conflit avec la loi passent dans les écoles et les terrains de sports pour déloger les élèves ».
La même commune abrite un autre site utilisé également par des écoles secondaires pour la pratique de l’Eps. Il est situé en face des collèges As Pouchkine et Education paix et développement (EPD). Koné Kikoun, directeur des études dudit collège, nous confie que chaque fondateur qui a recours au site, verse 50 000 FCFA par an à la chefferie d’Akeikoi-village, qui en est le propriétaire. Quinze à vingt écoles, ainsi que des centres de formation de football se côtoient sur le site, qui faut-il le souligner, comprend outre le terrain de football, un terrain de basket et un autre pour le handball. Pour une bonne organisation du travail, les centres de formation et les professeurs d’Eps ont convenu que la priorité soit accordée aux élèves. Ainsi, les centres de formation doivent libérer le site avant 7 heures 30 minutes. « Malheureusement, ils ne respectent pas cet engagement. Ce qui cause parfois des désagréments », affirme le directeur des études du collège EPD. Son confrère du collège As Pouchkine, Atsin, relève que le site n’est pas adapté à la pratique de certaines activités sportives. Etant donné que le sol est dépourvu de gazon. « Nous faisons avec parce que nous n’avons pas d’autre choix. Il n’y a pas d’autres sites dans la périphérie ». Toutefois, de l’avis de Koné Kikoun, le volet sécuritaire est le plus alarmant. Il note avec regret que des élèves des établissements qui s’y retrouvent, se bagarrent. Il indique avoir eu vent de ce que des élèves étaient prêts à en découdre avec d’autres de certaines écoles, au cours du récent examen blanc régional, qui s’est tenu dans le courant du mois de février 2022. Le directeur des études de cet établissement se souvient encore des violents affrontements, qui ont eu lieu au collège Marie-Blanche au cours de l’examen blanc régional, qui s’est déroulé il y a quatre années de cela. Koné Kikoun s’insurge également contre la consommation de la drogue par des jeunes ainsi que des élèves derrière les box, les restaurants et les bars, qui étaient sur le site. Fort heureusement, une opération de déguerpissement est en cours. Ainsi, tous les lieux de restauration, de consommation de boissons de tous genres, et les autres sont en démolition. Une démarche qui donne du baume au cœur du directeur des études du collège EPD. « Nous respirons l’air pur. On espère que les bagarres des vendredis soir entre les drogués et les élèves, puis entre les élèves eux-mêmes vont diminuer considérablement, parce que c’est le spectacle auquel on assiste les vendredis soir, quand ils finissent de consommer la drogue ». Quand des affrontements surviennent, Koné Kikoun a recours aux agents des commissariats de police des 13eme et 15eme arrondissements, ainsi que des éléments de la Fesci. Il dit être satisfait de leurs interventions. Malgré cela, les fondateurs ont demandé à la chefferie du village de faire venir des détachements de policiers et de gendarmes, pour effectuer des patrouilles en vue de dissuader ceux qui seraient tentés d’agresser les élèves et les professeurs pendant les cours.
Jérémy Junior







Publié le :
3 avril 2022Par:
Forestier de Lahou