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Croyances

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Il y a quelques jours, j’ai vu sur les réseaux sociaux, certainement comme plusieurs d’entre vous, une vidéo qui avait attiré mon attention. Elle montrait des personnes habillées de soutanes rouges et noires, portant des cagoules, qui sont descendues d’une voiture, qui ont posé un canari sur le trottoir, ont tracé des signes autour et se sont mises à prier. A la fin, elles ont lancé un œuf contre quelqu’un qui est tombé, comme mort. Durant toute la vidéo, une femme, soit qui filmait, soit qui assistait simplement à la scène, ne cessait de se scandaliser contre ces pratiques sataniques que ces personnes osaient exposer ainsi en plein jour, et appelait au secours Jésus, Marie et tous les saints du paradis, en invitant tout le monde à se donner à Dieu à travers Jésus. Personnellement, la dernière scène, celle de l’œuf qui tue a achevé de me convaincre qu’il s’agissait d’une mise en scène. J’ai pensé à une performance artistique ou au tournage d’un film. J’ai lu par la suite les commentaires des internautes, qui pour la plupart étaient scandalisés qu’une telle scène se soit déroulée en pleine journée, dans les rues de notre capitale économique.

Un peu plus tard les réalisateurs de la vidéo sont venus se dévoiler, et ont expliqué qu’il s’agissait effectivement d’une mise en scène. Et par la suite, j’ai appris qu’ils avaient été arrêtés. Je ne sais si c’est vrai, auquel cas je me demande bien ce qu’ils auraient commis comme délit pour être arrêtés. Trouble à l’ordre public ? Délit de sorcellerie, de sauvagerie ? De nombreux internautes ont estimé que c’était bien fait pour eux, s’ils avaient été arrêtés. Je me suis alors demandé ce qu’il en aurait été si les mêmes acteurs, habillés de la même façon, avaient planté une croix au même endroit et s’étaient agenouillés autour pour prier. J’imagine que personne n’aurait été choqué, et peut-être même que des passants se seraient joints à eux pour prier aussi. Eh oui ! Il en est ainsi. Chaque fois que nous voyons un canari à un carrefour, surtout en période électorale, nous avons un petit sourire en coin. Nous nous gaussons de ces personnes arriérées qui croient encore en ces balivernes. Si nous voyons quelqu’un descendre tranquillement, en pleine journée, d’une voiture pour déposer son canari sans chercher à se cacher, nous serons étonnés que cette personne le fasse aussi sereinement. Nous serons encore plus choqués s’il s’agissait d’un « intellectuel », c’est-à-dire quelqu’un qui a fait de hautes études. Que dire de ceux qui portent aux poignets, aux bras, ou aux reins, des talismans, des « ceintures de sécurité » comme on dit, qui ont dans leurs portefeuilles des gris-gris ? Nous dirons « décidément, ces gens-là ne veulent pas évoluer. » Par contre, les pancartes proclamant « Jésus revient » « donne-toi à Jésus » qui fleurissent à tous nos carrefours, ou les versets bibliques ou coraniques inscrits sur les taxis et gbakas nous laissent parfaitement indifférents. Porter une croix au cou ou l’avoir dans son portefeuille, tenir un chapelet, une Bible, un Coran en main, vous vaudra respect.

Je n’ai pas bien compris le sens de la démarche des réalisateurs de la vidéo dont j’ai parlé plus haut, mais pour moi, ils ont réussi à nous éclairer sur la façon dont nous regardons nos propres pratiques religieuses. Pour bon nombre d’entre nous, l’expression de nos religions ancestrales, de nos convictions basées sur nos propres croyances est de la sauvagerie, de l’arriération. L’Africain moderne se doit d’être chrétien ou musulman. On tolère qu’il soit bouddhiste, zoroastrien, hindouiste, ou shintoïste, mais certainement pas vodouiste. Non, tout de même ! Pratiquer une religion africaine, c’est être « bossoniste », selon l’expression créée par l’écrivain Jean-Marie Adiaffi. Et les « bossonistes » font surtout sourire. S’affirmer tel, c’est chercher à paraître original, c’est faire de l’esprit. Sinon alors, c’est pratiquer des rites démoniaques, sataniques.

Les religions importées, qui étaient celles des dominants, ont présenté les religions africaines comme l’expression du diable, du démon, de Satan. Et nous l’avons accepté. On vous dira que ces religions ne sont nullement importées parce que leurs messages sont par essence universels, donc destinés aussi aux Africains. Pour s’emparer d’un peuple il faut prendre son âme. On a donc pris nos âmes et le reste a suivi. Nous ne redeviendrons nous-mêmes que le jour où nous aurons récupéré nos âmes.

Venance Konan


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