Sandaogo avait fixé son affaire à 36 mois et voici que la CEDEAO veut contrecarrer ses plans.
Au cours de son sommet extraordinaire consacré à la situation au Mali, en Guinée et au Burkina Faso, outre la libération exigée et sans conditions de l’ancien président Roch Marc Christian Kaboré, le Ghanéen Nana Akufo-Ado et ses pairs ont en effet demandé aux autorités de la transition burkinabè de ramener la durée de la transition à un délai raisonnable et de proposer « un chronogramme acceptable » d’ici le 25 avril prochain. Passé cette date, des sanctions économiques et financières entreront immédiatement en vigueur.
Un petit coup de tonnerre dans un ciel burkinabè relativement serein, dans la mesure où tout semblait indiquer que l’organisation sous-régionale était particulièrement bienveillante à l’égard des putschistes burkinabè ; contrairement aux relations tendues qu’elle entretient avec la junte malienne et celle guinéenne. En plus compliqué, le coup de semonce de la CEDEAO intervient alors que la machine semblait bien lancée avec la nomination d’un Premier ministre, la formation d’un gouvernement et la mise en place d’une Assemblée législative de transition.
Maintenant que la proposition burkinabè a officiellement reçu une fin de non-recevoir, que va faire le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba ? Deux solutions s’offrent à lui : s’embarquer dans un bras de fer à la Goïta ou à la Doumbouya, advienne que pourra, ou alors s’inscrire dans une logique de négociation pour trouver un terrain d’entente. Ce à quoi, du reste, la transition malienne a fini par se résoudre en proposant 24 mois, même si ce nouveau deadline n’est pas du goût des chefs d’Etat de la CEDEAO.
On peut raisonnablement penser que le locataire du palais de Kosyam optera pour la seconde possibilité, ne serait-ce que pour éviter aux Burkinabè de lourdes sanctions sous lesquelles ploie déjà leur voisin malien et, à titre personnel, pour ne pas ruiner le relatif capital de sympathie dont le pays jouit auprès de l’instance sous-régionale.
Le hic est que les 36 mois ont été déjà gravés dans le marbre de la Charte de la transition, signée le 1er mars dernier, et qu’il faudra forcément la relire. Une possibilité qu’offre l’article 32 de ladite Charte, qui dispose que « l’initiative de la révision appartient concurremment au Président de la transition et aux 2/3 des membres composant l’ALT ». 2/3, soit quelque 48 députés sur les 71. Ça ne devait pas être la mer à boire pour Sandaogo, dont on ne savait pas jusqu’à hier la position officielle au regard de la nouvelle donne.
On voit déjà les OSC pêcheurs en eaux troubles ressortir leurs banderoles qu’elles avaient à peine remises dans leurs placards pour contester le diktat, flatter l’orgueil de nos dirigeants et les pousser à un bras de fer aussi inutile qu’improductif.
Dans cette affaire, ce sont les membres de la commission ad hoc qui sont en train de rire sous cape. Le groupe des 15 n’avait-il pas déjà proposé 30 mois - ce qui n’était déjà pas peu - durée finalement portée à 36 mois par les Assises ? Nombre de leurs propositions ont été du reste retoquées, comme le nombre de ministres, passé de 20 maxi à 25, et celui de l’ALT qui a grossi de 20 membres supplémentaires ( de 51 à 71) alors qu’une cinquantaine de parlementaires auraient bien pu faire l’affaire.
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