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Politique

Enieme mission de la Cedeao au Mali : Les dissensions seront-elles enfin aplanies ?

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On est donc reparti pour d’intenses tractations entre Bamako et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), avec l’arrivée, dans la capitale malienne, du médiateur de l’institution sous-régionale, vendredi dernier, dont l’objectif est de trouver un consensus autour de la durée de la transition qui constitue le principal point de friction entre les deux parties. Cette visite de Goodluck Jonathan, la troisième du genre depuis le début de l’année, permettra peut-être de lever progressivement les sanctions que la CEDEAO a infligées au Mali, le 9 janvier 2022, suite à la décision de l’équipe d’Assimi Goïta de révoquer son engagement initial à organiser des élections le 27 février dernier. Ces sanctions économiques et diplomatiques ont été prises, faut-il le rappeler, dans un contexte de crise sécuritaire d’une exceptionnelle gravité, marqué par des attaques terroristes à cinétique rapide contre des populations civiles ou des cibles symboliques de l’ordre républicain comme les écoles et les casernes, perpétrées par des bandes de guerilleros furtifs manifestement aguerries. Même si ces sanctions ne concernent pas les produits de grande consommation et de première nécessité, il n’en reste pas moins vrai que leurs conséquences seront incommensurables pour le Mali, avec la très forte probabilité que l’Etat ne puisse pas, dans les mois à venir, payer les salaires des fonctionnaires et des militaires engagés dans la lutte contre le terrorisme. Une perspective lourde de conséquences pour les deux têtes de gondole de l’Exécutif et du nationalisme maliens que sont le président Assimi Goïta et son Premier ministre Choguel Maïga. Ils feront sans doute les frais de l’érosion du pouvoir d’achat de leurs compatriotes.

Cette ultime rencontre entre le Mali et la CEDEAO, est celle de deux partenaires qui sont tous deux fatigués de se tirer dessus

C’est certainement pour conjurer ce sort que les autorités de la transition pourraient se montrer plus flexibles par rapport à la durée de leur ‘’mandat’’, et cette énième mission de la CEDEAO au Mali pourrait être une fenêtre d’opportunité pour aplanir les dissensions et lever l’embargo économique sans précédent imposé au pays. Il ne serait donc pas étonnant qu’au terme de cette visite, le taiseux Assimi Goïta rétropédale en acceptant de réduire substantiellement la durée de la transition, au risque de décevoir et d’effaroucher les trolls et les ultras de son camp, qui pensaient naïvement et à tort que leur président allait boire la ciguë sans sourciller, ou le calice jusqu’à la lie. Assimi Goïta sait mieux que quiconque qu’il joue gros dans ce bras de fer, et ce n’est pas le rang de premier producteur de coton en Afrique, qui revient désormais à son pays, qui va le sauver de l’impasse budgétaire et de la catastrophe économique en cours. C’est bien, en effet, de booster la production du coton en augmentant le prix d’achat aux producteurs et en subventionnant l’engrais et les pesticides, mais à quoi cela servira-t-il si les transactions commerciales sont suspendues et si les avoirs du Mali dans les banques centrales et commerciales de la CEDEAO, sont gelés ? A rien du tout, ou presque. Le plus important et le plus urgent dans le contexte actuel pour le Mali, est de faire en sorte qu’il n’y ait pas de trou dans la raquette, en renouant surtout avec les voisins et partenaires de la sous-région afin de sortir de ce marasme qui pourrait, à terme, précipiter la ruine totale du pays. Aussi bizarre que cela puisse paraitre, les autres chefs d’Etat de la CEDEAO devraient une fière chandelle à leur homologue s’il consentait à ramener la durée de la transition à deux ans tout au plus et à clore donc ce douloureux chapitre, d’autant que cela leur permettrait de sortir du bourbier et ipso facto, de sauver la face et les meubles dans cette crise qui a considérablement écorné leur image aux yeux des populations. Des populations qui ont fini par les considérer comme des sous-fifres instrumentalisés par la France. Mais si le Mali est indubitablement celui qui trinque le plus dans cette crise, il ne faudra pas oublier l’effet boomerang sur les économies du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, par exemple, par où transitent les produits d’importation et d’exportation du pays d’Assimi Goïta. Un manque à gagner donc pour ces pays-clé de la CEDEAO qui sont certainement impatients de voir l’orage passer, et une image à refaire pour l’ensemble de l’institution sous-régionale qui est, quoi qu’on dise, gênée aux entournures depuis qu’un autre de ses membres, le Burkina Faso en l’occurrence, a soufflé dans la même trompette que le Mali, le 24 janvier dernier. Même si les trompettes du pays des Hommes intègres semblent plus clairvoyantes et avisées, en se montrant plus coopératives afin d’éviter de lourdes sanctions. Au total, on peut dire que cette ultime rencontre entre le Mali et la CEDEAO, est celle de deux partenaires qui sont tous deux fatigués de se tirer dessus, et qui sont, par conséquent, disposés à faire la paix des braves, même si cette dernière laissera immanquablement un goût amer, de part et d’autre.

Hamadou GADIAGA


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