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Politique

Suspension du procès Sankara suite à une Requete soulevée par la defense : La rançon de la légalisation du coup d’etat

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Suspendu le 8 février dernier après les réquisitions du parquet dans lesquelles 20 ans et 30 ans de prison ont été requis respectivement contre Gilbert Diendéré, Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, le procès de l’assassinat de Thomas Sankara a repris, hier, 3 mars, à 9h, dans la salle des banquets de Ouaga 2000. Mais, c’était juste pour deux heures. En effet, le procès a été suspendu aux environs de 11h. Et pour cause : les avocats de la défense ont soulevé une exception d’inconstitutionnalité. En français facile, ils estiment que leurs clients ne doivent plus être poursuivis pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Ils font reposer leur argumentaire sur le coup d’Etat du lieutenant-colonel Damiba et sur le fait que le Conseil constitutionnel a légalisé ce coup de force en organisant la prestation de serment et l’investiture de ce dernier. Dès lors, la défense estime que le coup d’Etat cesse d’être une infraction. D’où la conclusion de Me Olivier Somé, en ces termes : « Si l’attentat à la sûreté de l’Etat est devenu légal, je ne vois pas pourquoi nos clients sont poursuivis ». Le procès a donc été suspendu pour permettre aux grands Sages d’examiner cette requête de la défense. Il faut rappeler que le Conseil constitutionnel a un délai maximum d’un mois pour y répondre. Si les juges du Conseil constitutionnel venaient à donner suite à la requête de la défense, cela voudrait dire que tous ceux qui sont poursuivis pour attentat à la sûreté de l’Etat dans le cadre de l’assassinat du président Thomas Sankara, ne pourront pas être condamnés. L’autre éventualité, c’est que le Conseil constitutionnel peut interpréter autrement et dire que les actes qui ont été posés le 15 octobre 1987, gardent toujours leur caractère infractionnel.

Ce sont toutes ces personnes, juristes ou non, qui ont mis un point d’honneur à donner un habillage légal au coup de force du MPSR, qui sont pointées du doigt

Le moins donc que l’on puisse dire, est que tout le Burkina est suspendu aux lèvres des grands Sages. De manière particulière, ce sont tous ces présumés putschistes qui ont accompagné Blaise Compaoré dans le massacre du 15-Octobre et les éléments du RSP (Régiment de sécurité présidentielle) qui sont encore dans les liens de la détention dans le cadre du coup d’Etat de septembre 2015. A ces deux cas, l’on peut aussi ajouter celui du lieutenant-colonel Zoungrana, du nom de cet officier qui est en prison pour avoir tenté un coup d’Etat contre Roch Kaboré. En réalité, on peut prendre le risque de dire que la requête que vient de déposer la défense et qui a abouti à la suspension du procès de l’assassinat du président Thomas Sankara, est la rançon de la légalisation du coup d’Etat du lieutenant-colonel Damiba par le Conseil constitutionnel. Au- delà du Conseil constitutionnel, ce sont toutes ces personnes, juristes ou non, qui ont mis un point d’honneur à donner un habillage légal au coup de force du MPSR (Mouvement patriotique pour la sauvegarde te la restauration), qui sont pointées du doigt. Ce mariage, qui s’apparente à un mariage incestueux, risque de coûter cher au Burkina. Dans cette ambiance quasi généralisée de « blanchiment » du coup d’Etat, des voix se sont tout de même élevées pour qualifier ce que vient de faire le Conseil constitutionnel, de « catastrophe constitutionnelle ». L’expression est du constitutionnaliste le Pr Soma. Et dans l’histoire politique du Burkina, marquée comme on le sait par un nombre exponentiel de coups d’Etat, c’est la première fois que l’on voit un coup d’Etat qui a fait des pieds et des mains pour sacrifier aux rituels de la prestation de serment et d’investiture. Mais tout ce bricolage juridique, peut-on dire, a certainement été échafaudé pour ne pas exposer le pays à la colère de la CEDEAO et de l’UEMOA, structures dont on sait qu’elles abhorrent les coups d’Etat militaires tout en tolérant, il faut le dire et le regretter, les coups d’Etat constitutionnels et autres coups d’Etat électoraux.

« Le Pays »


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