La junte militaire au pouvoir au Mali sous très lourdes sanctions de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et quasiment au ban de la communauté internationale, lance une nouvelle offensive diplomatique pour desserrer l’étau autour d’elle. Depuis le 26 janvier dernier, les tombeurs du désormais défunt président, Ibrahim Boubacar Keita (IBK), tentent de renouer le fil du dialogue avec l’organisation sous-régionale à la suite de la composition d’une délégation conduite par le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop. Ils devraient incessamment prendre langue avec la CEDEAO et l’on évoque, par ailleurs, la tenue dans les tout-prochains jours, d’une réunion d’urgence avec l’Union européenne (UE) qui, on le sait, n’a pas non plus hésité à sanctionner les autorités de Bamako. En décidant de reprendre leur bâton de pèlerins, Assimi Goita et Cie ont-ils fini par réaliser que leur interminable bras de fer engagé avec la CEDEAO, risque de ne pas tourner à leur avantage ? Tant les sanctions à l’encontre du Mali, sont pesantes. Ou tout simplement, ont-ils vu dans les derniers événements survenus ces derniers jours, au pays des Hommes intègres, une précieuse fenêtre de tir pour relancer la machine de la diplomatie offensive ? Et dans ces négociations annoncées, quel calendrier Bamako déposera-t-elle, cette fois, sur la table, pour espérer obtenir une oreille attentive de ses interlocuteurs ?
La CEDEAO n’a nullement intérêt à ce que les souffrances du peuple malien perdurent
On attend de voir. Mais d’ores et déjà, l’on peut croire que le coup d’Etat contre le président Roch Marc Christian Kaboré, pourrait faire l’affaire de la junte malienne qui pourrait désormais avoir face à elle, des vis-à-vis à la CEDEAO, autrement plus conciliants, parce que davantage fragilisés par ce pronunciamiento survenu sur le sol burkinabè. Mais si la CEDEAO venait à infléchir sa position, il y a tout de même lieu de se demander jusqu’où l’organisation sous-régionale sera prête à aller et quelle est la limite qu’elle se gardera de franchir.
Il est vrai que l’institution basée à Abuja au Nigeria, de plus en plus en mal de légitimité et fortement critiquée par les populations de ses pays membres, cherche à sauver la face. Plus que jamais sur la sellette parce qu’incapable d’anticiper, elle n’a nullement intérêt à ce que les souffrances du peuple malien sévèrement frappé par ses sanctions, perdurent.
Tout autant gênée aux entournures est l’Union africaine (UA), face au sort de ce peuple. Tant et si bien que le président de la commission de l’UA a entrepris, cette semaine, de relancer le dialogue avec la junte malienne. A Bamako où il se trouvait, le 25 janvier dernier, Moussa Mahamat Faki aurait plaidé « pour une approche consensuelle qui puisse préserver les intérêts fondamentaux du Mali, conformément aux textes qui régissent la CEDEAO et l’UA ». L’Algérie qui a proposé sa médiation, avait suggéré – position soutenue par l’UA – un calendrier court pour l’organisation des élections et le retour à l’ordre constitutionnel dans un délai maximum de 16 mois, contre 5 puis 4 ans, comme le réclame la junte malienne.
Une solution négociée à ce bras de fer entre la CEDEAO et Bamako, sur fond de tensions et récriminations contre Paris, sera-t-elle enfin trouvée dans l’intérêt de l’institution ouest-africaine et de Bamako ? C’est tout le mal qu’on souhaite au peuple malien.
« Le Pays »
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