« Macron ira-t-il à Canossa » ? Ainsi nous interrogions-nous dans notre édition du 16 décembre dernier suite à l’annonce de la visite du président français au Mali et ce, au regard des risques énormes que cela pouvait engendrer. Visiblement, cette appréhension semble partagée puisque le locataire de l’Elysée a finalement décidé d’annuler son voyage en terre malienne, invoquant officiellement le Covid-19 qui, ces derniers temps, connaît une remontée inquiétante aussi bien en France qu’ailleurs. Mais la véritable raison de l’annulation de ce déplacement, est à chercher ailleurs. S’il est vrai que « le Covid-19 a été le juge de paix », il ne saurait cependant être utilisé comme un argument valable pour justifier l’annulation de la visite du président Macron ; tant l’épidémie, faut-il le rappeler, sévit depuis près de deux ans à travers la planète. Ce n’est donc pas un mal qui vient de faire son apparition au point de contraindre le président français à revoir son calendrier. Cela dit, on comprend que le Covid-19 ait été invoqué juste pour sauver les apparences diplomatiques surtout quand on sait que depuis quelques mois, les relations entre Paris et Bamako ne sont pas au beau fixe. En fait, il ressort que les autorités maliennes de la transition et le président Macron ne se sont pas entendus sur le format de la visite ; le dernier cité tenant à associer au débat, le président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ainsi que celui du G5 Sahel, le président Deby fils. Une façon, pour le président français, de ne pas s’afficher seul et publiquement aux côtés d’un putschiste récidiviste.
Macron aurait pris de gros risques en allant au Mali
Ce format n’a pas été du goût du colonel Assimi Goïta. Les deux hommes ne se seraient pas brouillés que la visite aurait été pour Assimi Goïta, une occasion de renforcer son image auprès de l’opinion nationale et internationale. Car, recevoir un hôte de taille comme le grand chef des Blancs, est un honneur auquel n’ont pas eu droit même certains présidents africains démocratiquement élus. En tout cas, le grand gagnant de cette visite, si elle avait eu lieu, aurait été le colonel Assimi Goïta dont le pays est, du reste, sous sanction de la communauté internationale du fait du manque d’un calendrier électoral clair devant mettre fin à la transition en cours. A cela s’ajoute l’affaire de la société de sécurité privée russe Wagner, qui irrite bien des partenaires du Mali, en l’occurrence l’Union européenne, les Etats-Unis, la CEDEAO, l’Union africaine (UA) et bien entendu la France dont le président ne pouvait pas ne pas en parler avec son hôte à Bamako. Assurément, le président Macron aurait pris de gros risques en allant au Mali. Pour toutes ces raisons, on peut dire qu’il a vu juste en annulant son déplacement à Bamako. Il a sauvé sa tête au regard du contexte très volatile où d’aucuns n’excluaient pas des manifestions anti-françaises à l’occasion de son séjour en terre malienne. A quatre mois de la présidentielle, cela pouvait porter un coup dur au candidat Macron. Cela dit, déplacer un problème ce n’est pas le résoudre. Car, il faudra que la France, pour tenir compte des exigences de son peuple, accepte d’interroger sa coopération surtout militaire avec ses anciennes colonies. C’est à ce prix qu’elle pourra éviter certains mouvements de colère comme ce que l’on a pu constater à Kaya au Burkina Faso et à Téra au Niger.
Boundi OUOBA
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