Sept ans déjà que les Burkinabè, portés par une soif inextinguible de liberté, ont balayé par la rue le président Blaise Compaoré en « trois jours chrono ». L’enfant terrible de Ziniaré, après 27 ans de règne, avait cru bon de modifier la loi fondamentale pour s’offrir un autre bail à la tête du pays. Mais le peuple ne lui a pas donné l’occasion !
Sept ans après ces chaudes journées d’octobre que d’aucuns ont qualifié de « Trois Glorieuses », en référence à la seconde Révolution française, les commémorations de l’événement ont été marquées par une journée de souvenir en mémoire des martyrs tombés pour la démocratie burkinabè.
Comme à chaque anniversaire, les blessés, dont certains garderont pour toujours les séquelles des journées des 30 et 31 octobre 2014, sont aussi à l’honneur, que ce soit dans les médias ou dans les discours officiels.
Mais ces hommages ponctuels n’enlèvent en rien le sentiment d’abandon qui anime beaucoup d’entre eux. A l’image de ces héros, nombre de Burkinabè sont amers de cette insurrection et sont tentés de dire que « c’était mieux avant ».
Mais bien loin, cette époque ou ces années
Il est vrai que l’on peut avoir plein de raisons de regretter l’époque Blaise Compaoré où le terrorisme était une vision lointaine. Où le pays était un havre de paix qui attirait touristes et investisseurs. Où l’argent circulait, quelle que soit sa couleur. Mais bien loin, cette époque ou ces années…
Depuis que la jeunesse a eu l’outrecuidance de déraciner celui qui voulait pousser des racines sur le fauteuil présidentiel, tous les malheurs du pays ont commencé. Comme si l’on avait ouvert une boîte de Pandore, les morts se sont empilés. La carte du pays est désormais peinte en rouge par certaines chancelleries occidentales.
Plus d’un million de Burkinabè sont devenus des étrangers dans leur propre pays. Des milliers d’écoles ont fermé leurs portes. La vie chère et la mal gouvernance ont, pour beaucoup, repris de plus belle.
Comme on ne peut refaire l’histoire, les regrets ne servent à rien
Tous ces maux qui minent aujourd’hui le Burkina Faso ne suffisent pas aux yeux d’autres insurgés pour regretter Blaise Compaoré accusé d’avoir fait le lit des malheurs du pays en offrant gîte et couvert à ceux qui allaient plus tard pointer le canon de leurs armes sur leurs hôtes d’hier.
Sur le plan démocratique, le Burkina est devenu un exemple dans la sous-région avec deux présidentielles jugées libres et transparentes. Des résultats acceptés par tous. Et plus jamais, il ne viendra à l’esprit d’un dirigeant de se croire indéboulonnable du pouvoir.
L’insurrection aura permis également de sortir de nombreuses affaires judiciaires qui avaient été mises sous le boisseau des tiroirs. Cet An 7 de l’insurrection intervient d’ailleurs au moment où se tient le procès de l’assassinat de Thomas Sankara dont le principal accusé est Blaise Compaoré, réfugié depuis sa chute en Côte d’Ivoire.
Après le temps de la justice, il faudra le temps de la réconciliation. Parce qu’en dépit des divisions aujourd’hui sur les acquis de l’insurrection, les Burkinabè sont condamnés à vivre ensemble, à relever ensemble les défis actuels, malgré les brûlures du passé. Et comme on ne peut refaire l’histoire, les regrets ne servent à rien !
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