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Politique

Procès Thomas Sankara: Un procès digne d’intérêt, pour l’histoire et pour l’avenir

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C’est un procès d’assises sous très haute surveillance qui débute ce matin à la salle de conférences de Ouaga 2000, avec, dans le box des accusés, 12 personnes, la plupart inculpées pour « assassinat, recel de cadavre, complicité de ces deux infractions ou de faux en écriture publique », dans l’affaire Thomas Sankara. Ce procès, qui fera date, se déroulera malheureusement sans la présence des personnages les plus emblématiques du dossier que sont l’ancien président Blaise Compaoré à qui le crime a profité, et son ancien chef de la sécurité, Hyacinthe Kafando qui aurait dirigé le commando qui a perpétré les crimes au Conseil de l’entente, où Thomas Sankara et ses collaborateurs étaient en réunion en cet après-midi du 15 octobre 1987. Le premier s’est bunkérisé dans sa résidence cossue de Cocody-Danga à Abidjan, depuis qu’il a été chassé du pouvoir par la rue en 2014, et sauvé de l’extradition par la ruse avec la nationalité ivoirienne pour les besoins de la cause. Le second, lui, s’est évanoui dans la nature dès qu’il a reçu une convocation du tribunal militaire pour audition libre, le 22 juin 2015. Qu’à cela ne tienne, même si Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando ne seront pas physiquement présents dans la salle d’audience, leurs noms seront omniprésents dans les débats, et ces deux pièces maitresses du puzzle seront fatalement foudroyées par la Cour à l’énoncé du verdict, comme pour donner tout son sens à l’adage selon lequel « les absents ont toujours tort ». Quant aux autres présumés acteurs du sanglant coup d’Etat, ils diront, on l’espère, leur part de vérité sur les événements de ce jeudi funeste du 15 octobre 1987. Ce jour-là, comme chacun le sait, le capitaine Thomas Sankara a été criblé de balles au thorax et à l’abdomen, et certains de ses collaborateurs massacrés à la kalachnikov, avant que tous ne soient enterrés à la nuit tombée, à la va-vite au cimetière ouagalais de Dag-nôin.

Ce sera déjà un ouf de soulagement

Malgré la comptabilité macabre qui a fait état de plusieurs morts au terme de cette journée de folie, de traque et de brutalité dans la ville de Ouagadougou, Blaise Compaoré et son régime ont fait le black-out total sur l’affaire, jusqu’à ce que Mariam Sankara, l’épouse du défunt capitaine, décide, juste avant la fin du délai de prescription, de déposer une plainte contre X pour assassinat et faux en écriture administrative, auprès du tribunal de grande instance de Ouagadougou. Débute alors un interminable feuilleton judiciaire, ponctué de renvois devant différentes juridictions jusqu’à la douche froide du 28 juin 2012, date à laquelle la Cour de cassation a déclaré la procédure irrecevable. Il a donc fallu attendre le soulèvement populaire d’octobre 2014 et la chute du régime de Blaise Compaoré pour que l’enquête judiciaire s’ouvre véritablement au Burkina Faso, avec le début des auditions à partir de mars 2015, d’une centaine de personnes, dans le cabinet d’instruction du juge François Yaméogo. C’est ce travail d’orfèvre du juge Yaméogo qui a donc abouti au renvoi du dossier devant le tribunal militaire qui se chargera, à partir d’aujourd’hui, de passer au crible le déroulé des faits et de dire le droit après avoir entendu les dépositions des uns et des autres, et organisé possiblement les confrontations à la barre. Seulement voilà, 34 ans se sont écoulés depuis la commission des crimes, et il est à craindre que des accusés, de bonne foi ou en détresse argumentaire, ne brandissent à tout bout de champ l’alibi de la perte de mémoire qui pourrait rendre la tâche difficile aux membres de la Cour, quand ils auront besoin de certains détails dans lesquels le diable a peut-être pu se nicher. En plus du temps qui a effacé certains souvenirs, il y a aussi le cas de ceux pour qui l’action publique est désormais éteinte du fait de leur disparition, alors qu’à ce qu’on dit, ils auraient joué un rôle majeur dans la mort du héro éternel. Arzouma Ouédraogo dit Otis, homme-lige du chef des opérations, Nabié Nsoni dit « quatre roues », qui serait celui qui a été le premier à ouvrir le feu sur le capitaine Sankara, Hamidou Maïga dit Makachi, virtuose du volant et de la Kalachnikov et Gaspard Somé, tristement célèbre à l’époque pour sa propension à faire couler le sang, ne sont plus de ce monde, et il n’est pas exclu que des accusés présents au procès tirent cyniquement sur leurs dépouilles, espérant ainsi se sortir du pétrin. Quant au Général Gilbert Diendéré qui purge actuellement une peine de 20 ans de réclusion pour le coup d’Etat avorté de septembre 2015, et au colonel Jean Pierre Palm poursuivi pour « attentat et complicité d’assassinat », ils ont là l’occasion de contribuer à la manifestation de la vérité tant attendue, au regard des postes stratégiques qu’ils ont occupés sous la Révolution. Une chose est sûre, « le lieutenant Diendéré Gilbert » comme on l’appelait au moment des faits, en sait quelque chose, puisqu’il était au cœur du système sécuritaire et commandait le Centre national d’entraînement commando dont sont issus les conjurés. A ce titre, il devra expliquer au tribunal son rôle et celui de chacun des principaux acteurs du putsch, qu’ils soient nationaux ou étrangers, dans la liquidation physique de Thomas Sankara. Malheureusement, pour ce qui est de l’implication réelle ou supposée d’autres pays dans cette affaire, on n’en saura pas davantage, le juge d’instruction ayant décidé de la disjonction du volet international du dossier en raison du refus desdits pays de coopérer. Quoi qu’il en soit, ce sera déjà un ouf de soulagement pour les familles des victimes de savoir qui, ici au Burkina, a ordonné et qui a coordonné l’opération, et quels sont ceux qui ont tiré sur la gâchette pour abattre l’icône panafricaine ce 15 octobre 1987. Les réponses à ces questions permettront d’apaiser les cœurs après trois décennies de faux-fuyants, et poseront les jalons de la réconciliation nationale que tous les Burkinabè appellent de tous leurs vœux.

Hamadou GADIAGA




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