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Politique

Afrique et le reste du monde

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Le 8 octobre prochain, c’est-à-dire demain, sur fond de crise très aigu entre la France et le Mali, se tiendra à Montpellier, dans le sud de la France, un sommet Afrique-France, dans un format totalement inédit. L’innovation est que cette fois-ci il n’y aura aucun chef d’Etat africain autour du président français, mais plutôt des entrepreneurs, des intellectuels, des influenceurs, des chercheurs, des artistes, des sportifs, et tous ceux que l’on appelle les « acteurs du changement ». Il s’est trouvé des gens pour se plaindre que l’on n’ait pas invité de chef d’Etat africain. Certains ont même parlé d’humiliation. Mais lorsque le chef d’Etat français se retrouve seul, entouré des chefs d’Etats africains, on parle de néocolonialisme, de « grand chef blanc ayant convoqué ses préfets de région ».

Cette fois-ci donc, le chef de l’Etat français a décidé d’innover en ne rencontrant que des « acteurs du changement », ce qui lui évite, soit-dit en passant, de se faire voir en compagnie de vieux présidents parfois cacochymes, ou de jeunes nouveaux « timoniers », parfois issus de coups d’Etat, dont la légitimité est sujette à caution, et surtout, de rencontrer les dirigeants maliens qu’il ne veut plus voir en peinture et même en photo.

En dehors des sommets entre la France et les Etats africains, il y a désormais régulièrement ce genre de rencontre entre les chefs d’Etats africains et des dirigeants de grandes puissances ou de pays émergents. Ainsi y a-t-il des sommets entre les Africains et les dirigeants de Chine, de Turquie, du Japon, des Etats-Unis, du Brésil, de Russie… Que cherchent tous ces pays à travers ces sommets ou forums ? Les plus optimistes, ou peut-être les plus naïfs, diront que ces pays cherchent à aider l’Afrique à se développer. Et comme notre continent est perpétuellement en quête d’aide, il est prêt à embrasser quiconque lui en promet. Et à chaque sommet, chacun des pays organisateurs fait une promesse fracassante censée propulser l’Afrique en avant. Mais depuis toutes ces années, chacun de nous voit où en est l’Afrique. Globalement on fait du surplace, quand on ne fait pas carrément de formidables bonds en arrière. Où en sont des pays tels que le Soudan du sud, la République démocratique du Congo avec ses formidables richesses, ceux du Sahel, le grand Nigeria… ? Cela veut dire qu’à la vérité, ces sommets n’apportent pas grand’chose à l’Afrique.

C’est ainsi que les plus pessimistes, ou peut-être les plus lucides, disent que ces sommets servent simplement aux pays développés ou en voie d’émergence à prendre leur part de nos matières premières et de nos marchés indispensables à leur croissance. Et ils savent que nous ne sommes pas très compliqués. Il suffit de nous dire « moi, j’aime l’Afrique », de faire des cadeaux, pas forcément jolis, mais qui brillent et impressionnent les voisins à certaines personnes, et toutes les portes s’ouvrent sans difficulté. Ce n’est pas une déclaration fracassante que de dire que les pays riches le sont parce qu’ils exploitent les richesses des pays pauvres. Oui, l’Europe, l’Asie, l’Amérique ont besoin des matières premières de l’Afrique. Il y a quelques siècles, c’était de nos muscles qu’ils avaient besoin. Maintenant ils ont besoin de nos matières premières, de nos muscles pour leurs compétitions sportives, de nos cerveaux, de tout ce que nous avons de meilleur. Houphouët-Boigny disait en son temps que qui tenait l’Afrique tiendrait le monde. Tout le monde l’a compris, sauf semble-t-il, les Africains. Chaque pays qui a envie d’avancer vient faire son marché chez nous, quand il ne nous pille pas sans vergogne, pour faire tourner ses usines et venir nous vendre ses produits finis. Non, c’est nous qui n’avons pas encore compris la nécessité de commencer à transformer nous-mêmes nos matières premières.

Que veut la France à travers ce sommet ou forum de demain ? Courtiser de nouveaux acteurs sur le continent au-delà des chefs d’Etats. Avoir ces derniers avec soi est très bien. Mais avoir aussi la société civile n’est pas mauvais du tout. Surtout que cette société civile est le vrai moteur de nos pays et elle sait maintenant comment faire partir des chefs d’Etat accrochés à leurs fauteuils. Il y a une furieuse lutte d’influence actuellement sur notre continent, comme lors de son partage par les Européens après la conférence de Berlin de 1885, et chacun cherche à se positionner. Ce qui se passe au Mali n’est rien d’autre que la lutte d’influence entre la France et la Russie pour le contrôle des ressources minières du pays. La société de mercenaires russes Wagner devrait être payée avec six milliards de francs par mois et deux mines. Voici qui est clair. En contrepartie, les Russes devraient protéger les dirigeants du pays. Pas combattre les djihadistes. C’est tout. Pour que ce ne soit pas trop gros, on a ajouté qu’ils devraient former les soldats maliens. Ça n’engage pas à grand’chose.

Je ne cesserai jamais de le répéter. Ce n’est pas se libérer que de changer de maître. L’Afrique commencera à se libérer le jour où les Africains se réuniront en sommet pour trouver les moyens d’exploiter pour eux-mêmes les formidables ressources de leur continent et pour sélectionner les pays ou entreprises qui pourraient être leurs partenaires dans cette optique. Il ne s’agit plus de trouver qui les aidera, mais qui sera leur partenaire dans un accord bien clair pour atteindre les objectifs qu’ils auront eux-mêmes définis. L’Afrique commencera à se libérer aussi le jour où elle se libèrera de ses pasteurs escrocs et criminels et où elle comprendra que c’est en faisant de la recherche sérieuse par des gens sérieux formés dans des écoles sérieuses qu’elle sera sauvée.

Venance Konan





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