Le Mali, quoique vieux pays n’en demeure pas moins englué dans des habitudes négatives qui naturellement ne font pas honneur à ses cadres. Si dans les villages, l’héritage paternel est sain car acquis à la sueur du front, on ne peut pas en dire autant de celui des grandes villes, notamment du legs des fonctionnaires dont la plupart furent d’ailleurs recrutés par la voie du clientélisme. On a l’impression que les hauts cadres de ce pays, convaincus de la médiocrité de leurs rejetons en dépit des moyens déployés pour les parfaire, cherchent non seulement à bien vivre eux-mêmes mais également restent soucieux de l’avenir de ceux-ci ; tout cela aux dépens des finances publiques, le pépère indélicat n’ayant disposé d’aucun patrimoine digne de ce nom.
Les constitutions de ce pays, 1962, 1974 et 1992 ne donnent pourtant la liberté à aucun chef de l’Etat de s’enrichir illicitement des richesses nationales et de se constituer un patrimoine financier et économique pouvant être transmis de quelque manière à des descendants. Mais la mauvaise habitude fut prise au fil des régimes politiques de laisser quelque chose aux enfants comme on le dit dans la rue, sans songer que par cette expression on les discrédite plus ou moins mais que dalle. Le procédé consiste par diverses voies bien huilées à voler l’Etat pour compter dans la bonne société du moment et assurer un avenir moins brumeux à ses descendants.
Sous la Ière République (1960-1968) les cadres avaient la trouille de mettre la main aux richesses nationales parce que l’Etat, à cette époque, avait un sens et un poids par rapport à aujourd’hui où selon le mot de J. Renan, cela ressemble plus à une machine à écraser le citoyen qu’à lui rendre service. Les fonctionnaires de l’Etat du Mali ont commencé à s’enrichir de l’appareil étatique à partir du règne de l’UDPM (1974-1991) et cela est allé crescendo jusqu’à nos jours.
L’imagerie populaire pose que sous l’US-RDA, le fonctionnaire avait peur de voler l’Etat, sous l’UDPM, il avait honte de le faire et à l’ère démocratique, ni l’un ni l’autre. Les dignitaires de ce régime, en donnant le mauvais exemple par ses milliardaires de l’avant-saison ne purent rien contre la tendance à mettre de côté pour les enfants paresseux et inutiles alors qu’eux-mêmes dans une vie antérieure avaient lavé le chien pour avoir à manger.
Les partis politiques, volontairement ou involontairement, responsables de cette dérive catastrophique qui les disqualifie et les fait descendre de la classe des intellectuels à celle des lettrés moyens, gardent le profil bas devant leur propre monstruosité. Si on est encore épargné des prétentions ridicules des fils de chef d’Etat de succéder à leur père dans la fonction présidentielle comme récemment au Sénégal et au Tchad, la tentation de s’enrichir dans la suite du géniteur président continue de faire des ravages chez nous. Le romancier russe Maxime Gorki dans « La mère » parlait de ces fils de riches politiques en termes de rats des assemblées bourgeoises au service du tsarisme. Mais ainsi que chacun peut s’en rendre compte, ça fatigue le pays, ça l’appauvrit, ce qui n’empêche nullement ces héritiers de la saison insurrectionnelle de danser avec leurs filles au son d’un blues de Léo Ferré, « C’est extra », que son auteur déclinait au bas des reins.
Facoh Donki Diarra
(écrivain Konibabougou)
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