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En Côte d’Ivoire, un rapport accablant sur les violences faites aux femmes

Publié le :

Les faits Une enquête inédite, publiée (1) ce mardi 15 juin, recense 416 féminicides à Abidjan entre 2019 et 2020, et des milliers de cas de violences.

Documenter les violences pour sortir du silence. C’est l’objectif d’un rapport qui paraît ce mardi 15 juin sur les violences faites aux filles et aux femmes, réalisé dans six communes d’Abidjan auprès d’un échantillon de 5 556 personnes, dont une majorité de femmes. Première à chiffrer les féminicides dans le pays, l’enquête veut « combler l’absence de données statistiques contribuant à l’invisibilité de ces violences dans la société ».

Menée et financée par l’organisation des Citoyennes pour la promotion et défense des droits des enfants, femmes et minorités (CPDEFM), une petite ONG fondée par la juriste Sylvia Apata, elle documente cinq formes de violences : le mariage forcé, le viol, l’excision, la pédocriminalité et le féminicide.

Selon ses conclusions : rien qu’à Abidjan (5 millions d’habitants), 416 féminicides ont été enregistrés en 2019 et 2020. À titre de comparaison, sur la même période en France, 236 femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex. Jusqu’ici, ce crime (le terme « féminicide » n’est pas entré dans le langage courant) n’avait pas fait l’objet d’étude en Côte d’Ivoire, parce qu’il a « la particularité d’être le plus silencieux » et que les personnes interrogées ont eu « beaucoup de difficultés » à se confier.

L’omerta s’explique par la « résignation à la violence : c’est tellement récurrent que c’est normal », relève Sylvia Apata. Mais aussi par l’absence d’une prise en charge adaptée. En parlant, les femmes auraient « le sentiment de trahir soit un précepte religieux, soit l’honneur de leur famille », analyse la juriste. Les enquêtrices et enquêteurs ont interrogé les personnes sous statut de témoin : « C’est un sujet tellement sensible que si l’on place la personne sondée en position de victime, elle ne se livrera pas », poursuit-elle.

« Les pouvoirs publics n’ont pas pris véritablement conscience de l’ampleur de ce fléau »

En Côte d’Ivoire, comme partout dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les violences envers les femmes ont explosé lors des périodes de restrictions liées à la pandémie. Ainsi, 30 % des violences sexuelles répertoriées par le rapport (mariage forcé et viol) ont eu lieu pendant le couvre-feu (mars-mai 2020). Si 1 290 cas de mariages de mineures ont été recensés entre 2019 et 2020, un pic a été observé en période de restrictions.

Pourtant punie par la loi, l’excision est encore répandue, et pas seulement dans les zones reculées du pays : l’enquête recense 828 cas à Abidjan. L’absence de poursuites judiciaires ou la condamnation à des peines légères ne dissuadent pas les auteurs et autrices de crimes, et ne permettent pas d’éradiquer le phénomène.


Avec cette enquête, Sylvia Apata veut alerter les pouvoirs publics et recommande la formation des forces de l’ordre pour améliorer la prise en charge des victimes dans les commissariats, des centres fonctionnels d’hébergement pour les victimes de violences conjugales, mais aussi des campagnes de sensibilisation de masse pour une prise de conscience nationale. Une précédente étude de CPDEFM (2019) avait révélé que 70 % des Abidjanaises sont victimes de violences conjugales.

« Même si des efforts ont été faits, notamment avec la création d’un comité national de lutte contre les violences basées sur le genre, les pouvoirs publics n’ont pas pris véritablement conscience de l’ampleur de ce fléau et de ses conséquences sur les victimes », dénonce Sylvia Apata. Elle porte l’espoir qu’après la publication de ces chiffres, les autorités ne puissent plus fermer les yeux.

(1) http://cpdefmci.e-monsite.com/medias/files/rapport-de-l-enquete-sur-les-vff-a-abidjan-2021-cpdefm-1.pdf

Amandine Réaux (correspondante, à Abidjan),

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