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Politique

Qu’avons-nous fait de notre forêt en soixante ans d’indépendance ?

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« Hermès avait un adorateur très zélé, qu’il gratifia d’une oie aux œufs d’or. Mais l’homme ne sut se contenter de cette rente trop modeste ; croyant que son oie avait des entrailles toutes d’or, il n’hésita pas à l’immoler. C’est ainsi qu’il ne fut pas seulement trompé dans son attente, mais privé de ses œufs, car dans son oie, il ne trouva que de la chair. De même, il arrive souvent que des gens cupides, à vouloir toujours plus, perdent même ce qu’ils possèdent. » Cette fable, qui nous rappelle celle de « la poule aux œufs d’or » de Jean de la Fontaine que bon nombre d’entre nous avons étudié à l’école primaire, me fait penser à mon pays qui depuis son indépendance a entrepris de se suicider. En effet la Côte d’Ivoire avait une belle oie ou poule qui lui donnait des œufs d’or, en l’occurrence, une forêt très dense, et de grands fleuves qui innervent tout le pays en se divisant en plusieurs affluents.


Grâce à cette forêt, nous avions des pluies en abondance qui nous mettaient à l’abri des sécheresses qui avaient chassé des millions de citoyens des pays voisins de leurs terres natales, nous avions des terres fertiles sur lesquelles tout ou presque pouvait pousser et faire de notre pays le grenier de toute la sous-région. Ces forêts denses abritaient des essences d’arbres rares et précieux, ainsi qu’une faune très variée, dont l’éléphant, ce majestueux animal dont le pays tire son nom.


Qu’avons-nous fait de cette forêt en soixante ans d’indépendance ? Nous avons tout détruit. Tout ! Même les forêts que nous-mêmes avions classées comme protégées. A aucun moment nous n’avions compris que lorsque l’on abat un arbre, il est possible d’en planter un autre pour le remplacer. Non, nous n’avions pas compris que l’exploitation des forêts pouvait se faire de façon très organisée, de manière à ne pas les perdre totalement. Comme le font les pays du nord de l’Europe qui fabriquent depuis des siècles du papier avec leurs forêts, sans jamais les détruire. Nous, nous avons exploité notre forêt de la manière la plus sauvage, sans respecter aucune des règles que nous nous étions fixées. Pour faire croire que nous étions des gens sérieux, nous avons créé un corps composé de milliers d’hommes et de femmes payés tous les mois, qui sont éparpillés sur tout le territoire, censés protéger nos eaux et nos forêts. Nous avons aussi créé des structures censées reboiser les forêts. Comment se fait-il alors que l’on ait perdu toute notre forêt ? Que faisaient donc tous ces fonctionnaires ? Ils ne s’occupaient vraiment que de racketter les pauvres paysans qui ramenaient quelques gibiers de leurs champs et de protéger les exploitants forestiers comme on le dit ? Aujourd’hui les orpailleurs sont en train de saccager toutes nos forêts et polluer tous nos cours d’eau. Où sont donc passés ceux qui sont payés pour protéger ces eaux et ces forêts ?


La conséquence logique de cette inconscience collective est que nous sommes déjà en juin, mois traditionnellement de grandes pluies qui nous créent toujours de sérieux problèmes, mais cette année nous avons tout juste droit à quelques pluies timides qui s’évaporent aussitôt que le soleil pointe le bout de son nez. Et nous étouffons tous sous une chaleur accablante. L’autre conséquence est ces coupures de courant qui sont en train de plomber notre début d’émergence. Nul besoin d’être polytechnicien pour comprendre que si nous ne réagissons pas dès à présent, notre belle Côte d’Ivoire sera bientôt comme les pays sahéliens qui nous entourent. Et les éléphants qui ont donné le nom de notre pays ? Bientôt les seuls qui nous resteront seront ceux qui courent sur un terrain de football.


Mais pourquoi avons-nous détruit notre forêt et sa faune ? Pour vendre le bois sans le transformer un tant soit peu, c’est-à-dire donc pour pas grand’chose, et pour planter du cacao. Cacao que nous ne consommons pas et qui nous rapporte de moins en moins d’argent. Lorsque nous serions devenus un pays sahélien, il n’y aura de toutes les façons plus de cacao à planter. Parce qu’il ne pousse que là où il y a des pluies abondantes. Plus d’hévéa ou de palmier à huile non plus. Que boirons-nous, que pêcherons-nous, lorsque nous aurons fini de laisser les orpailleurs polluer tous nos fleuves et rivières ? Nous voyons tous les dangers de l’orpaillage qui n’est plus clandestin. Nous voyons la criminalité qu’il développe là où il s’installe, les destructions des terres et des eaux, le lit qu’il fait aux terroristes qui nous ont mis sur leur liste. Et nous sommes là, comme fiers d’étaler notre impuissance, fiers de contribuer à tuer notre pays, fiers de payer des agents dont l’utilité est sujette à caution, et qui sont accusés de contribuer à saccager ce qu’ils sont supposés protéger. Il s’agit ici d’une prise de conscience individuelle. Tous ceux qui s’acoquinent avec les orpailleurs et ceux qui pillent nos forêts pour quelques billets de banque devraient se ressaisir. Sinon nous écrirons bientôt tous ensemble un requiem pour un pays qui, par cupidité ou inconscience, s’est suicidé en tuant l’oie qui lui donnait des œufs d’or.

Venance Konan




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