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L’Enquête du jeudi: Pourquoi tant d’immeubles s’effondrent –ils- à Abidjan ?

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Ces dernières années, les effondrements d’immeubles sont récurrents en Côte d’Ivoire particulièrement à Abidjan, la capitale économique. Avec comme zones de prédilection, les communes de Cocody, Yopougon et d’Abobo. Aussi bien les immeubles en construction que ceux déjà habités, ce sinistre touche toutes ces constructions en hauteur. Selon le ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme (MCLU), ce sont 13 effondrements d’immeubles qui ont été enregistrés à travers le pays, de 2014 à ce jour, dont 6 de 2020 à 2021.

En effet, le 13 juin 2018, l’écroulement d’un immeuble de cinq étages en construction, au quartier millionnaire de Yamoussoukro, avait entrainé la mort de 10 ouvriers et blessé 19 autres, qui se trouvaient sur le chantier au moment du drame. Les cas les plus récents sont ceux survenus à Anono le 12 mars dernier, dans la commune de Cocody, causant 9 morts et 12 blessés, ainsi qu’à la Riviera Bonoumin le 20 mars 2021, avec de nombreux dégâts matériels.Pourquoi les immeubles s’écroulent-ils tant que ça en Côte d’Ivoire ? . Aux dires de plusieurs entrepreneurs en bâtiment que nous avons interrogés, les effondrements d’immeubles sont imputables au manque d’études préalables dont celle du sol, à la mauvaise qualité des matériaux utilisés pour la construction, à la main d’œuvre non qualifié, ainsi qu’au non-respect des consignes et normes techniques de construction. Toutefois précisent-ils, la cause principale reste, l’insuffisance ou le manque de moyens, dont disposent les promoteurs. « Lorsque vous faites un devis à un propriétaire, à même de garantir la solidité des fondations, des piliers, des cloisons et barres de chainage de son immeuble, il trouve que c’est cher. Il préfère solliciter un tâcheron qui va lui faire le travail à un prix très réduit. Ce dernier peu qualifié et manquant de moyens suffisants, va faire avec les moyens de bords, sans tenir compte des normes techniques régissant la construction d’un immeuble. C’est donc la pratique du ‘’moins cher’’ qui explique ces fréquents effondrements d’immeubles », soutient Douaty Richard, un entrepreneur rencontré sur un site de construction à Angré Château.

« Il faudrait que les propriétaires de maison sachent que pour avoir une maison solide, il faut y mettre suffisamment les moyens appropriés. La preuve, tous les bâtiments qui ont été construits en y mettant les moyens conséquents ne sont jamais tombés. Etudes ou pas, l’essentiel c’est de bien construire », soutient N’Guessan Serges, un autre entrepreneur croisé à Songon Ahiwahi.

Selon le ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme Bruno Nabagné Koné, qui s’exprimait le lundi 22 mars dernier, au cours d’une conférence de presse relative aux récents effondrements d’immeubles, 80% des bâtiments du district autonome d’Abidjan, ont été réalisés sans permis de construire. Lequel permis est délivré par Le guichet unique du ministère de la construction et de l’urbanisme, après vérification du dossier technique, qui comprend toutes les informations relatives aux normes technique du bâtiment à réaliser.

Pour tenter de comprendre pourquoi autant de maisons, toutes catégories confondues sont réalisées sans obtention préalable du permis de construire, nous avons échangé avec quelques maîtres d’ouvrages. « Nous n’avons pas de permis de construire parce que ça coute excessivement chère. Pour l’avoir, il faut débourser 2 à 5 millions de francs Cfa voire plus. C’est énorme », estime Karamoko Ladji, un propriétaire d’immeuble à Abobo Baoulé.

Un avis que partage Garba Oumarou, également propriétaire d’immeuble à Yopougon Bagnon. « Ce n’est pas facile. Nous implorons l’Etat de baisser le coût du permis de construire. Car les terrains coûtent très chers déjà. Et en plus du permis de construire, il faut aussi obtenir l’Arrêté de concession définitive (ACD), et débourser de fortes sommes d’argent pour les différentes études d’avant construction ».

De nouvelles mesures pour renforcer le cadre législatif

Les pouvoirs publics ne sont pas restés indifférents à ces effondrements récurrents d’immeubles qui, après tout constituent une bien mauvaise publicité pour la Côte d’ Ivoire, à l’échelon international. Aussi, de nouvelles mesures ont-elles été prises par le gouvernement le 24 mars 2021, au cours du Conseil des ministres. Elles visent essentiellement à renforcer le cadre législatif et assainir le secteur. Il s’agit entre autres, de l’arrêt des travaux et la démolition systématique des constructions jugées illégales, dès leur démarrage ; l’obligation pour tout maître d’ouvrage, de souscrire à une assurance contre les défauts de construction, avant la mise en exploitation d’un bâtiment, la délivrance préalable du Certificat de Conformité avant tout raccordement aux circuits de distribution de l’eau et de l’électricité et enfin, le renforcement des procédures d’homologation des cabinets de contrôle et de certification des matériaux de construction. En revanche, rien n’a été décidé relativement à une réduction des coûts du permis de construire, tel que l’ont régulièrement souhaité jusqu’ici, les promoteurs immobiliers, individuels surtout.

Des sanctions annoncées

Concernant les immeubles qui se sont écroulés au cours du mois de mars 2021, des sanctions ont été annoncées par le ministre de la Construction… contre leurs propriétaires. Mais également contre les agents de son ministère, qui auront été complaisants ou corrompus, au niveau de la vérification et du contrôle des documents à fournir, des conditions préalables à remplir , ainsi que des normes techniques à respecter.« Désormais en cas d’écroulement d’un immeuble, le propriétaire du bâtiment en question et les agents du ministère complices, seront mis aux arrêts et des amendes leur seront infligées », a prévenu Bruno Nabagné Koné, lors de sa conférence de presse.

Il précise que « selon la loi portant Code de la Construction et de l’Habitat et le décret portant règlementation du permis de construire, tout bâtiment en construction ou déjà habité, qui ne respectera pas la réglementation en vigueur notamment l’engagement d’un architecte, d’un bureau de contrôle des travaux ou encore la réalisation d’études préalables, sera purement et simplement détruit ».

On le voit bien, cette situation ne saurait continuer, en endeuillant presque toujours, des familles de locataires ou des ouvriers. Aussi, est-il indispensable que les maîtres d’ouvrages, que sont les promoteurs, ou propriétaires, se montrent respectueux de la règlementation en vigueur. Il serait tout aussi convenant de traquer tous ces tacherons et autres maçons, prêts à travailler au rabais, malgré toutes les conséquences que cela comportera, avec en prime, l’effondrement des bâtiments qu’ils auront construits. Conséquences qu’ils n’ignorent point du reste.

Boubakar Barry




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