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Enquête express. Des enfants mendiants exploités par de faux maîtres coraniques à Bouaké

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Dans une langue arabe qu’il débite avec aisance, le gamin de 10 ans environ, Salifou Barrou, qui aurait dû se trouver sur un banc d’école pour son avenir, psalmodie devant un groupe d’hommes à la gare Gesco de Bouaké. Une boîte vide de tomate lui sert de gamelle pour récolter l’aumône. Ce n’est pas le vent sec qui souffle sur la capitale de la région de Gbêkê en ce mardi 16 février 2021 qui découragera le môme. « Je dois apporter 1 500 F CFA) au maître, si je ne veux pas gouter à son fouet aujourd’hui comme la semaine passée » raconte-t-il avec un brin d’humour. « Allons-y » lance à la cantonade deux autres garçons de son âge pratiquant la mendicité tout comme lui. Salifou B. prend congé de nous, un sourire sur les lèvres à la vue de la pièce de 500 francs CFA que nous mettons dans sa boîte. La gare routière Gesco, ou encore Gare la Paix, située au nord de Bouaké, foisonne de ces petits mendiants reconnaissables à leur boubou sale et à la boîte de conserve qu’ils mettent en bandoulière.

Un chauffeur de camion-remorque, rencontré à ladite gare, avoue en savoir quelque chose sur l’origine et la provenance des mômes mendiants. Selon lui, la plupart viennent des pays limitrophes de la Côte d’Ivoire. Des escrocs transformés en maîtres coraniques promettent aux parents desdits enfants de leur enseigner le saint Coran et leur font miroiter qu’ils feront d’eux des hommes qui pourront leur apporter assistance au bout de quelque temps. Malheureusement, une fois en Côte d’Ivoire, ces enfants sont délaissés et transformés en mendiants pour remplir les poches du maître. Ils dorment dans la rue et souvent à la gare routière. En tout cas, pas le ventre creux car ils font le tour des restaurants pour récolter les restes des clients.

« Plusieurs ont été écrasés ici à la gare par des camions remorques » confie notre informateur. Hamidou S. est âgé environ de 14 ans. Son témoignage est alarmant. Le garçon confie que le maître a dit à son père qu’une fois en Côte d’Ivoire, il allait le scolariser. Une fois sur le sol ivoirien, raconte le gosse, il a été surpris de retrouver une vingtaine d’autres enfants chez le maître. Et tous les jours, ils sortent pour aller mendier pour le maître. Si la somme demandée par le maître n’est pas atteinte, alors vaut mieux rester en ville que de rentrer à la maison, soutient Hamidou.

Au quartier Abattoir, nous nous sommes buté sur le mutisme total de l’un de ces maîtres coraniques. « Je n’ai rien à vous dire. J’enseigne la lecture du saint Coran à mes enfants, c’est le plus important. Continuez votre chemin, il n’y a pas de chaise ici pour vous », nous a dit ce dernier. Selon une autre source, certains parents de ces enfants savent très bien ce que viennent faire leurs enfants en Côte d’Ivoire auprès des maîtres à qui ils sont confiés. « Je suis chauffeur de remorque depuis plus de 20 ans. Et je connais tous ces pays voisins. La situation est vraiment difficile pour certains parents de ces enfants. Ils sont heureux que quelqu’un vienne leur prendre deux ou trois gosses, peu importe ce qui peut arriver aux enfants. Ils confient leur destin à Dieu » a expliqué Ibrahim Ouattara.

Selon un érudit de l’islam que nous avons interrogé sur la question, l'islam recommande au musulman démuni de demander l’aumône. Ce n’est pas un péché selon le Saint Coran. Le démuni qui n’a pas une alternative pour se nourrir peut demander l’aumône à son prochain qui en a plus que lui. En revanche, ce qui lui est strictement interdit, c’est le vol. Alors, comment qualifier l’attitude de ces escrocs transformés en maîtres coraniques qui exploitent des enfants ?

Réalisé par Koffi Koffi


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