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Economie

La grande pauvreté bientôt éradiquée en Chine?

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Se préoccuper du sort des plus démunis correspond à un idéal ancien du pouvoir communiste, qui était largement oublié depuis quelques décennies.

Tandis que la priorité dans de nombreux pays est la lutte contre le coronavirus, la Chine s'occupe d'un autre sujet: éradiquer les situations de grande pauvreté cette année, avec dix ans d'avance sur les prévisions. En 2012, lorsque Xi Jinping est arrivé au pouvoir, il y avait plus de 98 millions de Chinois en grande pauvreté. Prenant en compte le programme mondial des Nations unies pour le développement durable, le nouveau secrétaire général du Parti communiste s'était engagé à ce qu'en Chine, ce chiffre soit ramené à zéro en 2030. La réalisation de cet objectif s'est donc fortement accélérée.

S'attaquer à la grande pauvreté est devenu une directive nationale à partir de 2014. Xi Jinping insiste sur cette question dans le troisième tome de La gouvernance de la Chine, ouvrage qu'il a publié en juin 2020. Il indique notamment que «veiller à ce que les personnes et régions pauvres accèdent, avec le reste du pays, à une société modérément prospère à tous égards est un engagement solennel fait par notre parti». Xi Jinping précise qu'il convient d'«assurer aux populations pauvres vivant en milieu rural la satisfaction des “deux besoins élémentaires” que sont la nourriture et l'habillement et l'accès aux “trois garanties” que sont l'enseignement obligatoire, les soins médicaux et le logement. C'est la clé du succès de la dernière étape de notre lutte contre la pauvreté.»

Derrière la dose de langue de bois qui soutient ces propos, il y a un fait: depuis quelques années, le pouvoir en Chine s'efforce d'améliorer le sort des habitants des régions pauvres. En Chine, près de 600 millions de personnes vivent convenablement. C'est elles qui composent ce qui est appelé, en Chine, «une société modérément prospère». Il faut y ajouter environ 40 millions de Chinois riches, qui eux, vivent très confortablement.

Un objectif atteint avec dix ans d'avance

Sur une population d'1 milliard 400 millions de personnes, il reste donc près de 700 millions de Chinois aux revenus modestes, dont les 98 millions de personnes particulièrement démunies recensées en 2012, qui disposaient d'un revenu annuel inférieur à 4.000 yuans, soit 514 euros. C'est vers ces Chinois-là que s'est tourné le gouvernement. Un mouvement amplifié depuis que le coronavirus a quasiment disparu en Chine, après y être apparu. En revanche, les relations économiques avec les pays occidentaux semblant durablement handicapées par la pandémie, développer l'économie intérieure est devenu une nécessité. L'objectif étant qu'il y ait toujours plus de consommateurs dans le pays.


Le gouvernement chinois consacrait cette année 146 milliards de yuans (19 milliards d'euros) au financement des efforts de réduction de la pauvreté.

Le conseil des Affaires d'État chinois (l'équivalent du gouvernement) comporte un «bureau de lutte contre la pauvreté et pour le développement». En 2016, celui-ci a élaboré un plan de lutte contre la pauvreté couvrant la période du 13e plan quinquennal chinois (2016-2020) qui sert de guide aux autorités locales. Résultat: en 2019, 832 districts (subdivisions des vingt-trois provinces que compte la Chine) étaient encore considérés comme «pauvres». En décembre 2020, cette catégorie n'existe plus en Chine. L'agence Xinhua titrait le 23 novembre: «La Chine est sur le point d'atteindre l'objectif de mettre fin à la pauvreté». Cet objectif est donc atteint avec dix ans d'avance.

En 2019, les dernières régions chinoises fortement touchées par la pauvreté se situaient surtout au sud de la Chine, dans les parties rurales et montagneuses des provinces du Sichuan, du Guizhou, du Yunnan et du Guangxi. Souvent les populations les plus pauvres appartenaient à des groupes de minorités ethniques. L'exemple du Sichuan a été présenté dans la presse chinoise et plus particulièrement la préfecture de Liangshan. Le 18 novembre, sept derniers districts ont été retirés de la liste nationale de la pauvreté. Ils étaient principalement habités par des Yi, une ethnie chinoise.

Mais la grande pauvreté touchait également des régions, comme le Hunan ou le Henan, peuplées quasi exclusivement de Han, la population largement majoritaire en Chine. Il existait enfin des zones de pauvreté dans la région autonome du Tibet ainsi que dans celle du Xinjiang. En 2018, Hong Tianyun, directeur adjoint du Conseil des affaires d'État pour la lutte contre la pauvreté et le développement, évaluait à «plus de cinq millions le nombre de pauvres dans l'ensemble de ces régions». Et il estimait que «plus de 200.000 personnes n'avaient pas accès à l'électricité».

En mai dernier, lors de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire à Pékin, il était indiqué que le gouvernement chinois consacrait cette année 146 milliards de yuans (19 milliards d'euros) au financement des efforts locaux de réduction de la pauvreté. Ces fonds, était-il précisé, ont augmenté de vingt milliards de yuans chaque année depuis cinq ans. Ces sommes ont été décidées pour soutenir l'emploi des travailleurs pauvres et stimuler les ventes de produits provenant des régions déshéritées. Elles sont accompagnées de réductions fiscales destinées à favoriser ces produits.

Coopération financière

De nombreux habitants de villages pauvres –dont le nombre n'est pas précisé– ont été relogés dans des immeubles neufs situés dans des villes nouvelles. Une formation à toutes sortes de métiers est offerte et ils ont reçu de l'argent du gouvernement en même temps que des prêts à taux très bas. Des contrôleurs vont être chargés de vérifier que les personnes aidées s'insèrent correctement dans l'économie de la région.

En même temps, dans les régions chinoises concernées, un vaste effort d'équipement s'organise pour effacer la pauvreté. Des routes sont en voie d'achèvement pour désenclaver des villages isolés. Des hôtels sont en construction là où les paysages permettent de planifier la venue de touristes en même temps qu'apparaissent de vastes boutiques de souvenirs. Dans la préfecture de Liangshan, dans le Sichuan, depuis cinq ans, les activités économiques ont été soutenues dans 215 villages, 10.000 kilomètres de routes ont été construits, 350.000 habitants relogés, et 11.000 fonctionnaires envoyés pour superviser tout cela.


Par ailleurs, partout dans les zones sorties de la pauvreté, un soutien financier est apporté à des industries et des projets locaux. Des jumelages ont été organisés par le gouvernement central, à Pékin, pour amener des grandes villes chinoises à coopérer financièrement au développement de ces districts pauvres. Dans la province du Guizhou, un train à grande vitesse devrait rouler en 2023 et relier le chef-lieu, Guiyang, à Nanning dans le Guangxi. 7.000 travailleurs locaux ont été embauchés pour la construction de ce chemin de fer.


Des représailles de la part des autorités

Il est difficile d'évaluer précisément l'effet que vont avoir tous ces efforts publics dans les zones concernées. Le Quotidien du peuple, l'organe médiatique du Parti communiste chinois, indiquait le 25 novembre que les annonces faites ne peuvent suffire: «Les préfectures pauvres peuvent ne plus être qualifiées ainsi. Mais l'objectif national d'éradication de la pauvreté n'est pas totalement accompli, le processus doit être poursuivi.»

De plus, dans la période actuelle, des conflits apparaissent. Certains paysans ont vu leur maison détruite sans qu'un nouvel appartement leur ait été attribué et se retrouvent sous une tente. Il y a aussi ceux qui sont relogés très loin de leurs champs qu'ils espéraient continuer à exploiter. Ils cherchent alors un autre travail, ce qui n'est guère possible s'ils sont âgés. Quant à ceux qui refusent de signer le document qui permettra de détruire leur maison, ils risquent des représailles de la part des autorités et se retrouvent parfois en prison.

Les résultats obtenus en 2020 sont destinés à être mis en avant par la propagande du régime.

Il n'empêche, la disparition de la grande pauvreté est une politique importante aux yeux de Pékin et des moyens considérables, administratifs et financiers, y sont consacrés. Se préoccuper du sort des plus démunis correspond à un idéal ancien du pouvoir communiste qui était largement oublié depuis quelques décennies. Et que Xi Jinping reprend dans son livre quand il écrit: «Lorsque nous aurons vaincu la pauvreté dans cette génération, nous aurons mis fin, une fois pour toutes, à l'extrême pauvreté qui a enchaîné la nation chinoise pendant des millénaires. Ce sera une source de grande fierté.»

Si bien que les résultats obtenus en 2020 sont destinés à être mis en avant par la propagande du régime. Les médias chinois vont très certainement beaucoup en parler autour du 23 juillet prochain. À cette date, la Chine va célébrer le centième anniversaire de la création du Parti communiste par une poignée de militants à Shanghai.

Richard Arzt




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