« Si quelqu’un veut vous tuer, levez-vous et tuez-le en premier ». Ce conseil du Talmud (recueil des enseignements des grands Rabbins » en dit long sur la philosophie qui, en règle générale, gouverne les assassinats perpétrés par de grandes puissances sur des personnes listées, de façon unilatérale, comme ennemies. Dénommés « assassinats ciblés », selon une formule consacrée tendant à édulcorer leur côté sombre, ces exécutions extrajudiciaires sont devenues si banales, qu’elles tendent à devenir des signes de puissance militaire reconnus et revendiqués, de façon tout à fait décomplexée. Et pourtant ! Qu’il s’agisse du droit humanitaire applicable en cas de conflit armé, de droits de l’homme ou de droit des relations internationales, l’assassinat ciblé est tout, sauf recommandable.
Le dernier assassinat ciblé retentissant en date, celui du physicien iranien, Mohsen Fahkrizadeh, mortellement fusillé en plein jour à la périphérie de Téhéran par des assaillants aux ordres d’Israël selon l’Iran, interpelle, à nouveau, sur l’illicéité et la dangerosité d’une pratique utilisée à large échelle, à cadence soutenue depuis 2 000 par plusieurs Etats au premier rang desquels Israël et les Etats-Unis, à s’en tenir aux décomptes faits par la presse occidentale elle-même. Cette élimination, précédée de l’inscription du ciblé sur une liste noire de personnes à abattre, et couplée aux autres tueries dites ciblées par des drones, renseigne sur le l’étendue du danger qui plane sur nos têtes.
« Serai-je la prochaine victime ? » est le titre d’une campagne orchestrée il y a sept ans par Amnesty International rapportant les craintes d’une pakistanaise ayant vécu l’assassinat de sa grand-mère par un drone américain. L’interrogation est valable pour nous. Tant que nous resterons silencieux face aux listes de personnes à exterminer dressées unilatéralement par les puissants, et assisterons passivement aux tueries extrajudiciaires et autres victimes collatérales, ces crimes risquent de prospérer et de nous emporter, les uns après les autres. Beaucoup ne savent pas qu’ils black-listés, et même ceux qui ne le sont pas, peuvent toujours perdre la vie inopinément, s’ils se trouvent à proximité d’une cible. Les assassinés ciblés, ce n’est pas seulement l’affaire des scientifiques et militaires iraniens ou d’activistes palestiniens, pakistanais, afghans, syriens…C’est une épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes à tous.
Valentin Mbougueng
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Publié le :
14 décembre 2020Par:
Forestier de Lahou