Non, nous ne sommes pas en Guinée où, avant même la proclamation des résultats provisoires par la CENI, Cellou Dalein Diallo, le principal adversaire du président sortant, Alpha Condé, s’était autoproclamé vainqueur de la présidentielle d’octobre 2020. Nous ne sommes pas non plus en Côte d’Ivoire où, après la réélection problématique d’Alassane Ouattara pour un troisième mandat, ses principaux opposants, Henri Konan Bédié et Pascal Affi N’Guéssan, ont créé un Conseil national de transition. Nous ne sommes pas davantage au Cameroun où Maurice Kamto s’était déclaré, à ses risques et périls, champion du bras de fer électoral qui l’avait opposé à Paul Biya. Nous sommes encore moins en République Démocratique du Congo où de petits arrangements à l’africaine entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi avaient été faits au détriment de Martin Fayulu.
Nous sommes bel et bien aux Etats-Unis d’Amérique, présentés comme l’une des plus vieilles démocraties au monde. 24 heures après la présidentielle du 3 novembre 2020, on ne savait toujours pas si le républicain Donald Trump renouvellerait son bail à la Maison-Blanche ou si le démocrate Joe Biden, qui était déjà dans l’antichambre du bureau ovale en tant que vice-président de Barack Obama, serait élu.
Et il y a de quoi se poser la question dans cette drôle de démocratie dans laquelle celui ou celle qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages n’est pas forcément vainqueur de l’élection. Hillary Clinton l’a appris à ses dépens. Jusqu’à hier, les deux prétendants étaient au coude à coude quant au nombre de grands électeurs, ces 538 personnalités qui formeront le collège électoral final et choisiront en mi-décembre le 46e président des Etats-Unis.
Dans ce duel des septuagénaires, une courte avance profitait encore à Biden, crédité de 238 grands électeurs contre 213 à son adversaire. Une marge pas du tout rassurante, surtout que certains grands Etats, gros pourvoyeurs de grands électeurs, n’avaient pas encore livré leur verdict, pouvant faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Le mode de scrutin veut en effet que, dans la quasi-totalité des Etats fédérés, celui qui arrive en tête même d’une seule voix rafle la totalité des grands électeurs répartis de 3 à 55 au prorata de la population.
Rien n’était encore joué, mais l’homme qui twitte plus vite que son ombre n’aura pas attendu que les tendances se consolident et que les millions de votes par correspondance soient compilés pour s’autoproclamer vainqueur alors que son vis-à-vis faisait preuve d’un optimisme mesuré. Et le locataire du 1600 Pennsylvania avenue, Washington DC, de crier à la fraude, parlant notamment d’apparition soudaine de « bulletins surprise » et menaçant d’ores et déjà d’en saisir la Cour suprême pour y voir clair. Dans son sillage, ses équipes de campagne ont revendiqué la victoire dans l’Etat-clé de Floride qui avait coûté la victoire à Al Gore en 2000 et à Hillary Clinton en 2016.
Un scénario digne du Gondwana car l’Amérique de Trump n’en est pas très éloignée. Que n’aurait-on pas dit si ces autoproclamations et suspicions avaient eu pour théâtre un de ces Etats africains où les présidents fondateurs charcutent à souhait leur constitution pour s’offrir des troisièmes mandats si ce n’est plus. Comme quoi les hommes politiques, sous toutes les latitudes, sont les mêmes, leur différence résidant dans le règlement du contentieux électoral. Alors que sous nos tropiques on a vite fait de sortir gourdins, machettes et kalaches, là-bas les institutions sont suffisamment fortes et crédibles pour gérer les crises sans mettre en péril la stabilité de l’Etat et la paix sociale. Mais là non plus on n’est sûr de rien avec ce candidat qui chauffe à blanc ses fervents partisans pour « défendre » sa victoire.
H. Marie Ouédraogo
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