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Côte d’Ivoire -Département de Dimbokro : peuplement et organisation

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Le Cimetière des Martyrs de Dimbokro

Le département de Dimbokro, chef-lieu de la région administrative du N’Zi, très connu dans l’histoire de la Côte d’Ivoire pour ses révoltes contre le colonisateur mais aussi pour sa prospérité lui ayant valu la dénomination de la boucle du café-cacao, recèle une riche histoire dont nous divulguons un pan grâce à la disponibilité de certaines personnes ressources locales dont la directrice régionale (DR) de la Culture et de la Francophonie.

Aux dires de ces personnes mais aussi selon des documents fournis par la DR de la Culture et de la Francophonie, Mme Guéi Zranssaha, Dimbokro doit son nom au petit village créé par Kouassi Djingbo, sous l’appellation de Djingbokro, devenu Dimbokro par déformation de la part de l’administration coloniale. Poste administratif en 1903, puis chef-lieu du cercle du N’Zi-Comoé et connue à l’origine sous le nom de la boucle du café-cacao, la circonscription administrative de Dimbokro a été érigée en sous-préfecture en janvier 1961 et en chef-lieu de département en 1969. Ce département et toute la zone qui en dépendait ont été marqués par la grande répression menée par l’autorité coloniale contre les membres du Syndicat agricole africain, avec à leur tête feu Koné Samba Ambroise dont le nom a été attribué au stade municipal de Dimbokro en souvenir de sa bravoure face à l’envahisseur colonial.

Peuplement

La légende fait venir les Baoulé de l’Est de l’ancienne Gold-Coast (Ndlr : Côte de l’or), aujourd’hui République du Ghana, aux environs du 18è siècle sous la conduite de la reine Abla Pokou. Au cours du mouvement migratoire, un groupe du peuple baoulé va s’installer solidement dans l’actuel département de Dimbokro après avoir chassé et refoulé les Gouro au-delà du fleuve Bandama. Ils affrontent par la suite les Agni qu’ils vont contraindre à s’installer sur la rive-Est du fleuve N’Zi. Grands cultivateurs de manioc, ce peuple baoulé laborieux et généreux va être identifié à cette culture par les voisins, d’où l’appellation Agba, ce qui signifie ‘’manioc’’.

On trouve les Agba dans les départements de Dimbokro, Bocanda et Kouassi-Kouassikro constituant l’actuelle région du N’Zi.

Organisation sociale

Pour marquer l’autorité, le peuple baoulé de Dimbokro s’est constitué en tribus dont les dénominations correspondent, selon la légende, à des fonctions exercées jadis par chaque groupe, sous le règne de la reine Abla Pokou. On a ainsi les Agba-languira, c’est-à-dire ‘’cultivateurs de manioc’’, qui étaient les premiers arrivés et donc propriétaires terriens selon la tradition baoulé. Ils ont été suivis par les Sakiaré ou ‘’destructeurs de fétiches’’ et les Aïtou, ‘’ennemis plumeurs de volailles’’. Ces deux derniers groupes seraient arrivés au même moment.

Les peuples Nanafouè, Fafouè et Aïtou, respectivement venus de Yamoussoukro, Bouaké et Tiébissou ont été accueillis par les Agba-languira sur leur territoire. Ces différents groupes sont organisés en tribus, c’est-à-dire, en groupe social fondé sur une parenté. Les populations se reconnaissent tant dans le symbole ‘’Bia’’ ou ‘’siège du pouvoir’’ que dans sa dénomination.

La tribu peut se subdiviser en plusieurs sous-groupes ou clans. Chez les Agba, le chef de clan gère un certain nombre de villages. Il représente son chef de tribu dans sa localité, assure l’autorité foncière et est gardien des règles coutumières en cours dans sa tribu. Il rend compte de la gestion à son chef de tribu.

Le chef de village assure l’intérim de son chef de clan dans son village et sur l’étendue du périmètre foncier mis au service de la population villageoise. Il dirige le conseil de ce village composé des grandes familles.

Les successions au trône à tous les niveaux ; tribu, clan, village et famille se trouvent instituées et perpétrées suivant la formule propre au Baoulé, c’est-à-dire le matrilignage.

La religion

Chez le peuple baoulé de Dimbokro, la structure religieuse repose sur le culte des ancêtres. L’animisme a toujours été de mise. C’est donc une structure sacrée fondée sur l’autorité coutumière, génératrice de l’harmonisation et de la stabilité chez ce peuple. Aujourd’hui, le christianisme et l’islam semblent prendre le pas sur toutes les croyances animistes.

La culture

Au plan culturel, le peuple Agba a pu conserver, malgré les influences extérieures, les grands traits de sa civilisation notamment le système matrilinéaire avec une importance de l’or, métal sacré ; la fête des ignames et aujourd’hui le phénomène de ’’Paquinou’’.

Célébré pendant la fête de Pâques qui est une fête chrétienne, ‘’Paquinou’’ est un grand moment de retrouvailles où le développement du village se trouve au cœur des réflexions. C’est à l’occasion de ‘’Paquinou’’ aussi que des planteurs Baoulé immigrés en zones forestières de l’Ouest et du Centre-ouest pour s’adonner à la culture du café-cacao regagnent temporairement leurs localités pour y mener des activités de développement.

Selon la DR de la Culture et de la Francophonie, le département de Dimbokro est connu pour avoir si activement participé à l’édification de l’histoire de la Côte d’Ivoire, d’où la nécessité de la conservation matérialisée par le cimetière des martyrs ; les bâtiments coloniaux et monuments. A ceux-ci s’ajoutent les sites sacrés et les espaces d’expositions d’art, expression d’un essor culturel du peuple baoulé.

Le patrimoine artistique est très développé. Les Baoulé de Dimbokro excellent dans le tissage, la vannerie, la sculpture, la poterie, la bijouterie. C’est donc un lieu de perpétrer ces savoirs et savoir-faire, d’en conserver les témoignages les plus marquants et les valoriser.

Dans la civilisation des Baoulé de Dimbokro, quelles que soient les circonstances, tout est prétexte à la danse. On a ainsi, entre autres, les danses de réjouissance incarnées par le Sékédi, le Kôtou ; les danses masquées (le Goli) ; les danses guerrières (le Kpalikla) ; les danses funéraires (l’Akpatoué, le N’dolo).

Par ailleurs, le département de Dimbokro regorge d’artistes modernes de renom notamment Kajeem, Akissi Delta, Djuédjuessi… et d’un vivier important d’artistes en devenir qui a permis de remporter de nombreux prix au plan national lors de finales nationales du Festival national Vacances culture en 2012, 2013 et 2014.

Quelques données géographiques du département de Dimbokro

On ne saurait parler d’un pan de l’histoire de Dimbokro sans donner un aspect de ce qu’est cette circonscription administrative actuellement.

Chef-lieu de la région du N’Zi et chef-lieu de département, Dimbokro est située au centre de la Côte d’Ivoire, à quelques 80 km au Sud-est de la capitale politique et administrative, Yamoussoukro ; et à 240 km d’Abidjan, la capitale économique, par voie terrestre. On peut accéder à Dimbokro aussi par voie ferroviaire. Sa superficie est de 161,9 Km2.

Le département de Dimbokro est limité au Nord par la sous-préfecture de Bocanda, au Sud par celle de Tiémélékro, à l’Est par la sous- préfecture de Bongouanou et à l’Ouest par les communes de Toumodi et de Yamoussoukro.

Les sous-préfectures de ce département sont Dimbokro-même, Nofou, Djangokro et Abigui.

La ville de Dimbokro se trouve dans une sorte de cuvette avec un climat très chaud et sec, d’où sa réputation de ville au soleil radieux. Le relief dans tout le département est accidenté.

La population de Dimbokro est estimée à 81 158 habitants (recensement de 1998) et est composée majoritairement de Baoulé pratiquant l’agriculture et vivant dans 14 quartiers dans la ville de Dimbokro et 75 villages. On y retrouve pratiquement tous les nationaux mais aussi beaucoup de non nationaux de la sous-région Ouest-africaine notamment des burkinabè, maliens, nigérians, nigériens, guinéens, sénégalais, etc. qui vivent en parfaite harmonie avec leurs hôtes Agba.

La ville de Dimbokro n’héberge aucun commerce de ressortissants libanais contrairement à la plupart des villes de Côte d’Ivoire, ce qui constitue une particularité de cette localité où l’essentiel de ce type d’activité est tenu par quelques nationaux et beaucoup de ressortissants Ouest-africains et autres mauritaniens.

Dossier réalisé par Robert-Patrice Zouhou 




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