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Scandales autour des achats d'armes en Afrique :La guerre, une affaire trop sérieuse pour être confiée aux hommes d’affaires

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Voilà une affaire qui devrait embarrasser en haut lieu, et singulièrement au sommet de la hiérarchie militaire nigérienne. Un audit du ministère de la Défense du Niger, vient de mettre à jour, un manque à gagner de plus de 110 millions d’euros pour l’Etat, via « des surfacturations, contrats fictifs, mise en concurrence déloyale, etc. ». Une enquête serait, en ce moment, en cours par la Police judiciaire. Le rapport d’audit précise qu’il ne s’est pas intéressé à la chaîne administrative qui a abouti à la validation des contrats, mais plutôt aux fournisseurs de matériel militaire, parmi lesquels deux Crésus nigériens, qui ont été épinglés. Il s’agit de Aboubacar Charfo et Hima Aboubacar alias Petit Boubé. A lui seul, Petit Boubé aurait concentré près de 40% des surfacturations dénoncées par les enquêteurs. En attendant que la Justice fasse la lumière sur cette ténébreuse affaire, il faut regretter qu’un secteur aussi crucial et stratégique que celui de la Défense, voie, une fois de plus, son image ternie par des accusations de mauvaise gestion financière. Et même si, pour le cas présent, l’audit pointe du doigt ces deux hommes d’affaires nigériens, on peut se douter qu’ils aient bénéficié de complicités internes au sein de l’Armée. C’est connu, dans ce genre de deal, on ne saurait « manger » tout seul. Mais ce qui choque davantage, c’est que le scandale éclate au moment où des soldats constamment envoyés au front pour mener le combat contre la vermine terroriste, crient sans cesse au manque de moyens pour mener à bien leurs missions. Il est inadmissible et même inhumain de voir des FDS (Forces de défense et de sécurité) parfois offerts en chair à canon et, pour ainsi dire, sacrifiés sur l’autel de la gloutonnerie de personnages véreux dont on pourrait, à la limite, penser qu’ils ne craignent pas Dieu. Pour ce qui est des deux mis en cause, s’ils ont pu largement profiter, au-delà du licite, de leurs connexions avec l’Armée nigérienne, le politique y aura sans doute contribué.
La transparence en matière de gestion doit être une exigence absolue à tous les niveaux
Il est notoire que la collusion entre les mondes économique et politique, débouche, bien souvent, sur des relations incestueuses auxquelles la Défense se voit tout aussi parfois exposée. Du reste, on sait que Petit Boubé s’est posé en supplétif de l’Etat pour certains contrats, en avançant parfois de l’argent, avant de se faire rembourser par le Trésor public nigérien. Qui plus est, il aurait hébergé plusieurs chefs d’Etat dans ses luxueuses villas à Niamey. Quant à Aboubacar Charfo, commerçant de son état, il est originaire de la région de Tahoua qui se trouve être la ville natale du président Mahamadou Issoufou. A-t-il exploité à fond cette proximité « parentale » au point de multiplier, ces dernières années, les contrats dans le secteur de la Défense ? En tous les cas, dans leurs postures respectives, de super man, il n’est pas exclu qu’ils se soient sentis pousser des ailes. Le domaine de la Défense qui relève hautement de la souveraineté nationale, peut-il se permettre d’appeler à la rescousse des hommes d’affaires pour financer ses actions ? On a envie de répondre par la négative en ajoutant ceci : la guerre est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des opérateurs économiques. Dans le présent cas nigérien, l’on se serait engagé à rembourser le trop-perçu. Il est bien trop facile de plaider pour le règlement à l’amiable ! La Justice doit élucider au plus vite cette affaire. Autrement, ce serait encourager la mal gouvernance. Cela dit, si les scandales de détournements de fonds publics continuent d’éclabousser bien des armées africaines du Sahel confrontées au terrorisme, c’est parce que tout ce qui entoure leur gestion, notamment sur le plan financier, est frappé du sceau de l’opacité. Et dans ce flou savamment entretenu, les magouilles et autres pratiques scabreuses ne sont jamais loin. Tant que nos Etats vivaient tranquillement, loin des affres des guerres inter-Etats, les écarts de gestion pouvaient être plus ou moins camouflés et gérés en interne au sein des armées. Aujourd’hui, les temps ont changé avec l’apparition d’un terrorisme dit de troisième génération. Et face à cette nouvelle donne, trop de vies sont en jeu. Dans un tel contexte, les scandales répétés autour des achats d’armes, de munitions et autres matériels, ne peuvent que davantage être très mal perçus par les opinions nationales. C’est pourquoi le tir doit être rectifié ; la transparence en matière de gestion doit être une exigence absolue à tous les niveaux. Il le faut absolument. D’autant qu’après tout, c’est l’argent du contribuable qui finance, en grande partie, nos armées nationales.
« Le Pays »

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