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Politique

Ouattara vire Mabri : Un acte de courage et de salubrité politique !

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La nouvelle, confirmée, fait le tour des réseaux sociaux : Mabri Toikeusse, ministre Rhdp de l’Enseignement supérieur, président de l’Union pour la démocratie et la paix (UDPCI), a été viré du gouvernement. C’est la deuxième fois que le président de ce parti se fait virer d’un gouvernement de l’ère Ouattara. Pour tout observateur attentif du terrain politique ivoirien, ce dernier limogeage du chef du parti du Gl Robert Guéi (paix à son âme !) est normal, logique : Mabri Toikeusse n’a pas toujours fait preuve de loyauté envers le Rassemblement des houphouëtistes pour le développement et la paix (Rhdp). Pis, c’est une personnalité politique controversée, insaisissable et imprévisible, dont les actes ont souvent manqué, non pas de cohérence, mais de rigueur ; tant ses positions (par rapport à la posture de son parti) au sein du Rhdp, sont peu rassurantes et aussi fluctuantes que déroutantes.
À l’observation, la démarche politique de Mabri s’apparente à la posture de la mante religieuse dans un espace hostile : sans cesse en position d’attaque (les griffes pointées vers l’ennemi) et, dans le même temps, les ailes prêtes à l’envol pour échapper à la riposte. C’est de l’attaque et esquive, une culture de combat qui lui avait réussi jusque-là, car elle lui a valu survie et longévité politiques, ajoutées à une bonne sécurité financière — en Afrique, un ministre ne vit pas de peu. Mais, vraisemblablement, cette technique de la fausse offensive a atteint son seuil d’efficacité, devenant ainsi inopérante…   
À ce moment précis de son limogeage, trois des actes politiques qu’il a posés et qui m’auront marqué, m’interpellent. Le premier se situe en septembre 2014. Même s’il donne sa caution à l’énigmatique « Appel de Daoukro », Mabri annonce sa candidature pour la présidentielle de 2020, car il ne se sent pas concerné par l’alternance entre le Pdci-Rda et le Rdr (au bénéfice du Pdci-Rda) pour la présidentielle de 2020. « Voilà un leader courageux et doté d’un sens aigu de la responsabilité et de prise de conscience de son rôle de chef politique », m’étais-je alors dit. Deux ans après, Mabri me surprendra de manière désagréable. Et comment : en 2017, il est viré du gouvernement en même temps que Gniamien Konan alors ministre de l’Enseignement supérieur. Pour insubordination : délit de présentation de candidats de leurs partis politiques respectifs aux législatives, dans des localités que le Rhdp avait réservées à des candidats Rdr. 
Mais pendant que Gniamien Konan de Botro, en digne fils du pays satiklan, affichait une indifférence totale teintée même de mépris face à cette décision, Mabri Toikeusse se signalait, lui, par des propos vraiment subalternes dans lesquels il faisait profil bas ; et dans une intention manifeste et obséquieuse de revenir au gouvernement, reconnaissant ainsi son tort. Et quel tort : avoir présenté des candidats de son parti dans des localités qui lui étaient pourtant acquises ! Peu de temps après (et comme nombre d’analystes de la scène politique ivoirienne s’y attendaient), Mabri fut rappelé au gouvernement. Au prix, on le devine, d’un pèlerinage peu honorable à Canossa ; tandis que Gniamien Konan, tam-tam frappant, menait campagne assourdissante pour son nouveau statut politique : un hystérique opposant à un régime dont il était, il y avait peu, l’un des plus fervents hérauts quand il était au gouvernement. Subite et étrange métamorphose ! Bien étranges opposants ivoiriens ! Mais ceci est une autre histoire. Bref, Mabri fut réintégré. À quel prix ? Sans doute au prix d’un soutien à la politique de Ouattara — cela est évident.
 
TROP D’HÉSITATIONS, ET MANQUE DE LISIBILITÉ
 
Enfin le troisième acte : les hésitations de l’énigmatique El Hadj Dr Abdallah Mabri Toikeusse à soutenir la candidature d’Amadou Gon Coulibaly le dauphin d’Alassane Ouattara, et candidat du Rhdp. Une imprudence et un affront qu’il devait, tôt ou tard, payer. 
C’est, au total, à un ballet politique sur fond de choix tactiques où s’entremêlent peur et prudence, audace et réalisme, chantage et recherche de compromis, que nous avons assisté de la part de Mabri Toikeusse, au sein d’un gouvernement qui, loin d’être dupe, avait gardé ses ‘‘caméras’’ braquées sur lui. Finalement, la position de Mabri était devenue une énigme au sein du Rhdp : soutiendra-t-il ou non le candidat choisi par le président Ouattara ? Et s’il devait soutenir Amadou Gon, quel en serait le prix à payer ? Car, en politique, l’homme militant (partenaires comme adversaires) a son prix. Il faut comprendre que ce « jeu de la mante religieuse » (technique nippone de combat) auquel s’était adonné Mabri, n’avait qu’un seul objectif : se vendre cher. Dans la vie banale, tout comme en politique, cela porte un nom : chantage. Une tare morale. Il faut alors comprendre aussi que son actuel limogeage est la réponse cinglante de l’acheteur à ce chantage : non à ce produit périmé, ou en voie de péremption ! Car, à la froide analyse, que pèse vraiment Mabri Toikeusse sur la balance à évaluer les figures politiques ivoiriennes susceptibles de barrer la route de la présidentielle à Amadou Gon ? Pas grand-chose, admettons-le, sans en rien offenser le respectable médecin.    
Et c’est finalement le chef de l’État, Alassane Ouattara, qui gagne la partie, dans ce jeu d’échec ou de dames entre Mabri Toikeusse et le Rhdp. Par ce limogeage, un acte fort dont il en a la culture achevée (j’en sais un bout), le président Alassane Ouattara vient en effet de confirmer, une fois de plus, l’image du chef rigoureux qu’il s’est attaché à se construire durant tout son ministère politique. Fermeté et intransigeance, célérité dans les décisions urgentes à prendre pour la stabilité de l’Exécutif et la sécurité de l’État ! Voilà ce qu’un chef, un vrai, doit savoir et pouvoir faire. Et c’est tout à l’honneur du Président de la république d’avoir cette haute culture de la ‘‘dirigeance’’ rassurante. À quelques mois de la prochaine présidentielle, la clairvoyance politique recommande (l’exige même) de faire la revue des troupes, d’y extraire les combattants douteux, peu fiables, handicapés ou pas suffisamment motivés. C’est cela, savoir anticiper.
Bref, Mabri Toikeusse vient d’être viré du gouvernement. Pour une fois encore. Une fois de plus, à son désavantage. C’est l’histoire d’une figure sympathique du personnel politique ivoirien, devenu un ministre dinosaure pour avoir réussi, à coups d’obscures négociations, de compromis et de compromissions, à siéger dans tous les gouvernements de ces deux décennies de l’an 2000 ; et cela, sans aucune ligne idéologique sérieuse. Pis, sans réelle consistance politique ni intellectuelle, et sans poids politiques. Il est à présent éconduit. Apparemment bel et bien éconduit car, à moins d’un « didiga politique » (une situation impensable), je ne vois pas le président Alassane Ouattara lui refaire appel. Les Wawlé (Baoulé) disent : « Bé kan man ngoa, ngoa bau — Il faut éviter de s’amuser de manière solitaire au sein de la fête populaire. » Autrement dit : il faut éviter de sur-jouer car, en toute chose, l’excès nuit ».
Que retenir de Mabri Toikeusse ? Peu de choses, sinon la caricature d’un chef politique hésitant, balançant, qui laisse de lui une silhouette physique agréable certes, mais une image navrante d’un politicien manquant de fermeté dans ses actes. Il lui reste à présent ce qu’il reste aux chefs qui manquent de rigueur dans leurs comportements : le regret des actes manqués, l’amère prise de conscience de ce qu’ils ont manqué d’être au moment où il fallait qu’ils soient ce qu’ils auraient dû être : « des hommes de décision et de terminaison », comme aurait dit Aimé Césaire.
 
Tiburce Koffi, écrivain 
 
 



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