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Economie

Côte d'Ivoire : Impact économique du coronavirus

Publié le :

M. Koffi Alle

 
 
 
 
La maladie à coronavirus (COVID-19) qui sévit depuis plus de 3 mois maintenant est à la fois une crise sanitaire mondiale mais aussi à l’origine d’une crise économique.
 
Nous sommes dans une situation qui s’apparente à ce que les économistes appellent une crise jumelle, c’est-à-dire une crise dans un secteur qui entraine presque simultanément une autre dans un 2ème secteur. De la même façon que la maladie a commencé en Chine, les premières conséquecnces économiques sont liées au statut de ce pays dans l’économie mondiale. La Chine est en effet devenue depuis quelques années maintenant le moteur de la croissance économique mondiale (elle y contribute pour 28%) et de la demande mondiale notamment en matières premières. Conséquence, la crise du Coronavirus a traduit au propre comme au figuré la fameuse maxime populaire qui dit que “Quand la Chine éternue, le reste du monde attrape le rhume”! Intéressons nous ici aux canaux de transmission par lesquels la crise sanitaire du Coronavirus impacte déjà les économies africaines en général et celle de la Côte d’Ivoire en particulier. Deux niveaux d’effets peuvent être mis en évidence: d’abord les effets directs provenant des bouleversements en Chine et en Europe (nos principaux partenaires) et ce que j’appelerais les effets de second round, c’est-à-dire l’impact économique des mesures de riposte au COVID-19 prises par nos pays.
 
 
Au niveau des effets directs, la crise du COVID-19 en Chine affecte les pays africains essentiellement par le canal du commerce avec ses sous-composantes que sont le prix des matières premières et les recettes douanières et par l’activité touristique dans une certaine mesure. Les prix des matières premières ont connu une chute drastique générale allant d’un peu plus de 10% pour le cacao ou le cuivre à près de 50 % pour le pétrole brut. La baisse de la demande chinoise explique en grande partie cette chute notamment pour les minerais. Toutes choses étant égales par ailleurs, la baisse des prix des matières premières affecte directement les recettes d’exportation des pays comme la Côte d’Ivoire (produits agricoles), le Gabon, la Guinée Equatoriale (pétrole) ou la RDC (minerais). La chute des flux commerciaux, particulièrement les importations, cause aussi la baisse de nos recettes douanières.      
En ce qui concerne les effets de second round, l’impact économique des mesures prises par nos pays pour faire face au COVID-19 vient s’ajouter aux effets directs nés des bouleversements des chaines de valeurs mondiales.
 
 
De la Côte d’Ivoire à la RDC en passant par le Sénégal, les mesures prises par nos gouvernements contiennent des similarités et je les classerai en 2 grands groupes avant d’aborder leur impact potentiel:
 
les mesures sanitaires d’une part et les mesures de prévention de la contamination d’autre part. Les mesures sanitaires impliquent des dépenses publiques généralement non prévues au budget, compte tenu de la survenance de la pandémie en milieu d’année budgétaire. Il va falloir trouver les ressources nécessaires pour l’achat de tous les équipements et consommables additionnels qu’il faut pour la prise en charge des malades, sans compter les dépenses diverses y compris les campagnes de sensibilisation des populations. Les commandes  en équipements et consommables sanitaires font appel aux importations, donc un besoin en devises étrangères au moment même où ces devises s’amenuisent compte tenu de la baisse des exportations. 
 
Les mesures de prévention de la contamination sont celles qui vont asurément impacter le plus l’économie ivoirienne pour ce qui nous concerne le plus. En effet, les mesures de confinement et de restriction de la circulation des personnes et des biens vont induire une baisse certaine de l’activité économique. Il faut déjà prévoir une baisse de la croissance en fin d’année 2020, comme pratiquement tous les pays du monde d’ailleurs. En particulier, la fermeture des restaurants, bars et autres activités victimes du couvre-feu affecte directement un pan de l’économie nationale. En bout de chaine, les mesures prises par le gouvernement pour réduire la propagation du COVID-19 auront un impact négatif sur l’emploi et les recettes fiscales – et ceci n’est pas une critique. Plusieurs de nos compatriotes perdront malheureusement leur emploi suite aux fermetures et à la baisse de l’activité dans certains secteurs notamment le tourisme et les secteurs liés au commerce extérieur. De même, il faut s’attendre à une baisse des recettes fiscales compte tenu des effets négatifs sur les chiffres des entreprises et la chute attendue des revenus de l’impôt synthétique auquel sont assujettis les micro-entreprises et PMEs du secteur de la restauration et activités de loisir.
 
Quelles sont les réponses qui s’offrent à la Côte d’Ivoire et aux pays africains face à la crise economique née du COVID-19?
 
Comment atténuer l’impact des mesures amères mais inévitables que nos gouvernements sont amenés à prendre et redonner des chances de reprise rapide à l’économie post-crise? Deux niveaux de réponses existent. Au niveau national, malgré la charge budgétaire induite déjà par les dépenses de santé exceptionnelles (95 milliards 880 millions CFA annoncés pour la CI), il faut, comme d’autres pays, prévoir un plan de soutien aux entreprises, notamment les PMEs et micro-entreprises dont certaines risquent d’être sinistrées. Ce plan peut inclure des soutiens financiers directs, des reports de paiements et allègements d’impôts. Il faut à ce sujet saluer les mesures prises par la BCEAO pour faciliter le financement du secteur privé en cette période. Il est impérieux d’adjoindre à cette réponse de politique monétaire, l’autre bras, c’est-à-dire la réponse de politique fiscale; cela, une fois que l’évaluation de l’impact économique promise par le Chef de l’Etat aura été faite. Outre l’effort national, la seconde ligne de réponse réside dans le soutien apporté par les institutions internationales dont nous sommes membres, à l’ensemble de leurs pays actionnaires, notamment aux plus faibles.
 
Pour faire face à l’impact économique du COVID-19, le FMI et la Banque mondiale ont en effet actionné leurs instruments financiers les plus rapides. Ainsi, le FMI a mis à la disposition de nos pays à faible revenu, la Facilité de Crédit Rapide qui est une ligne de crédit à taux zéro, sans conditionalité, déboursant un montant équivalent à 50% du quota du pays demandeur au sein du FMI. Plusieurs pays d’Afrique et d’ailleurs ont ainsi la possibilité de recourir à ces ressources pour soutenir leur effort national de riposte au COVID-19 et réduire son impact négatif sur leurs économies.
 
 
Terminons sur cette pensée forte de l’ex-Président américain John Kennedy qui renferme un enseignement de premier plan pour notre gestion de la pandémie du COVID-19: “ Ecrit en langue chinoise, le mot crise renferme deux caractères; l’un représente le danger et l’autre, l’opportunité”.
 
Le coronavirus est un danger comme l’humanité n’en a pas vu depuis longtemps et nous nous inclinons devant les morts de cette pandémie, des plus illustres aux anonymes. Mais en même temps que nous nous mobilisons en Côte d’Ivoire et en Afrique pour contenir la pandémie, cette crise sanitaire nous offre aussi l’opportunité de refléchir sur nos politiques en matière de santé publique. Avons-nous alloué suffisamment de ressources et avons-nous utilisé de manière efficiente les ressources allouées à la santé? Quel est notre niveau de préparation, en tant que nation, pour répondre aux crises, quelque soit la nature de la crise? Quelles leçons devons-nous tirer demain, de la gestion de cette crise du coronavirus? Et qu’aurons-nous appris de vital pour mieux protéger notre nation contre le danger? Des réponses à ces questions dépendra notre triomphe, demain!  Que Dieu nous protège!
Koffi Alle
 
 



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