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Politique

Devoir de mémoire : La normalisation longue et difficile des relations ivoiro-guinéennes.

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En mars-avril 1968, Sékou Touré se rend à Monrovia au Libéria, pour une réunion au cours de laquelle doit être discuté un éventuel regroupement des pays anglophones et francophones de l'Afrique de l'Ouest. Le Président Houphouët Boigny n'y participe pas, alors que Sékou Touré aurait aimé le voir pour prolonger le processus de normalisation des relations entre leur deux pays.
La décision du gouvernement ivoirien de reconstruire le pont sur le fleuve Nzo, fait rebondir le différend frontalier entre les deux pays, pendant une quinzaine de jours, les troupes guinéennes stationnées à Nzérékoré sont envoyées à Lola et un bataillon est mis en alerte à Kankan. Mais en août 1968, un échange de télégrammes entre Sékou Touré et Houphouët Boigny calme le jeu. Deux années plus tard, éclate une nouvelle crise. En février 1969, ce sont de nouveau deux chalutiers ivoiriens qui sont arraisonnés dans les eaux territoriales guinéennes, avant d'être relâchés quelque temps plus tard. En mai 1969, Sékou Touré affirme qu'un nouveau complot est en préparation contre lui et que des officiers guinéens ayant servi dans l'armée française entraînent des mercenaires sur le sol de la Côte d'Ivoire. Radio Abidjan et Radio Conakry échangent de nouveau des invectives et des mises au point.
Le 6 septembre 1969, un nouveau complot est annoncé, cette fois-ci, il s'agit d'assassiner à la fois Sékou Touré et Kwame Nkrumah, avec la complicité des autorités ivoiriennes. Le 22 septembre 1969, Radio Conakry révèle l'arrestation de deux membres d'un commando appartenant au Front National de Libération de la Guinée (FNLG), créé par des exilés guinéens basés à Abidjan en Côte d'Ivoire. Le 14 janvier 1970, c'est un autre militant de ce mouvement, l'instituteur Yaya Diallo, qui est arrêté alors qu'il séjourne en Guinée. Et puis une fois de plus, les choses se calment progressivement.
Le 23 mars 1970, à l'occasion du Festival artistique et culturel de Conakry qui vient de se terminer, les équipes nationales de football du Mali et de la Côte d'Ivoire sont reçues au palais par Sékou Touré, qui plaide devant elles la cause de l'unité africaine. Antoine Konan Kanga, le Maire d'Abidjan, est également présent. Le 14 mai 1970, à l'occasion du discours que Sékou Touré prononce pour le 23ème anniversaire du Parti Démocratique Guinéen (PDG), il esquisse un rapprochement entre la Guinée et la Côte d'Ivoire. Houphouët Boigny ne veut pas être en reste. Le 28 juillet 1970, il reçoit à Yamoussoukro l'équipe nationale de football de Guinée, qui a affronté celle de Côte d'Ivoire le 26 juillet, le lendemain, une grande réception a lieu à Abidjan, au cours de laquelle le Président ivoirien déclare :
"J'espère que très bientôt, mon jeune frère le président Ahmed Sékou Touré et moi-même jetterons un voile très épais, sur ce triste passé d'incompréhension. Nous le ferons dans l'intérêt bien compris de nos deux peuples faits pour s'entendre, s'entraider et s'aimer."
Début septembre 1971, se produit un incident qui aurait pu dégénérer sérieusement. Deux avions de chasse MIG de l'armée de l'air guinéenne s'écrasent accidentellement dans la région d'Odienné, en Côte d'Ivoire. Dans un esprit de conciliation, Houphouët-Boigny fait remettre les corps des pilotes aux autorités guinéennes. Mais la normalisation traîne en longueur. Les 24 et 25 juillet 1972, a enfin lieu la rencontre entre les deux hommes à Faranah, la ville natale de Sékou Touré. Houphouët Boigny y est arrivé dans son avion DC 8 de commandement, accompagné de Philippe Yacé, président de l'Assemblée nationale et secrétaire général du PDCI, ainsi que de Mamadou Coulibaly, président du Conseil économique et social. Dans son allocution de bienvenue, Sékou assure qu'un "soleil d'espérance" se lève sur les rapports entre les deux pays, "le soleil de l'édification des nouvelles bases de notre amitié éternelle".
La patience d'Houphouët Boigny sera quand même mise à rude épreuve durant de longues années. Il faudra attendre finalement la réconciliation avec la France en 1975 pour que l'atmosphère soit enfin réellement dégagée et que la rencontre de Monrovia, en mars 1978, permette les retrouvailles définitives entre Ahmed Sékou Touré, Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor.
Source : André Lewin, ancien Ambassadeur de France en Guinée après le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays en 1974. Dans son Livre "Sékou Touré, Président de la Guinée de 1958 à 1984".

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