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Economie

La corruption est-elle du vol ou non ?

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L’écrivaine ghanéenne et opposante politique Elizabeth Ohene analyse ce que nous voulons dire lorsque nous parlons de "corruption".
Image copyrightImage captionCameron et Buhari
Le Premier ministre britannique David Cameron pense probablement qu’il existe une définition incontestée du mot corruption.
Le sommet international contre la corruption organisé à Londres le 12 mai s’est tenu autour de la perception commune que nous en avons tous, la seule différence étant de savoir qui ou quel pays est plus corrompu qu’un autre.
Il y eut beaucoup plus d’excitation autour de M. Cameron disant à la reine Elisabeth que les dirigeants de deux pays "fantastiquement corrompus" -l’Afghanistan et le Nigéria- allaient participer à la conférence.
J’aurais aimé, cependant, que la conférence ait passé un moment à définir exactement ce que les participants comprenaient de la corruption. J'ai exploré quelques définitions différentes de ce mot.
Pot-de-vin ?
La définition de la Banque mondiale est simple et signifie "l'abus d'une fonction officielle à des fins privées".
L'agence danoise pour le développement international la définit comme "l’utilisation abusive d’un pouvoir à des fins privées".
La définition va plus loin en disant qu'elle peut entraîner ou non le prélèvement de pots de vin. En d'autres termes, les éléments essentiels de la définition semblent être une fonction officielle ou une fonction de pouvoir, et l'abus de cette position à des fins privées.
Durant une interview, la BBC a posé une simple question en demandant à mon président, John Mahama du Ghana, s'il avait déjà reçu un pot de vin. Il est intéressant de noter qu’il a bafouillé et a demandé si la question lui était posée "en tant que président".
Le président croyait évidemment qu’il y avait une différence entre l'entité "John Mahama" et celle de "Président John Mahama".
Il aurait dû être clair pour le Président Mahama que ce qui intéressait le public, c’était seulement l'entité "Président Mahama".
Il a été interviewé sur le sujet parce qu'il est président du Ghana. Nous n’avons aucun intérêt à connaître ses exploits comme garçon de Ringway Estate, ni comme employé de l'Ambassade du Japon à Accra.
Image captionJohn Mahama, président du Ghana
Nous pourrions être intéressés par la façon dont il a œuvré en tant que membre du Parlement, ministre d'État et vice-président -mais la question qui lui était posée sans ambiguïté faisait référence à sa fonction de responsable public, avec les pouvoirs qui lui sont conférés.
Désinfection
La difficulté que nous avons est certainement la réticence à parler de vol dans la vie publique, mais plutôt de corruption.
Si le monde veut faire face à la corruption, nous devrions commencer d’abord par abandonner le terme de corruption.
La corruption n'a tout simplement pas la même connotation que le vol, car le mot a été désinfecté.
Et pourtant, la corruption est du vol, commis par des responsables publics -sauf que les montants en jeu sont grands et qu’au lieu de poursuites judiciaires, nous traitons le phénomène en organisant des conférences et des commissions d'enquête.
Si M. Cameron avait dit qu’il y avait plus de voleurs au Nigéria et en Afghanistan qu’ailleurs, il y aurait eu un tel tollé qu'il aurait fallu en faire beaucoup pour apaiser les présidents Buhari et Ghani.
Et si le journaliste de la BBC Peter Okochwe avait demandé au Président Mahama s'il avait volé de l'argent, on ne lui aurait pas demandé si c’était en tant que président ou toute autre identité. Il aurait eu une réponse directe.
Nous devons donc appeler le vol par son nom et arrêter de tourner autour du pot. La corruption est du vol.
 

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