Ça y est! Tout le monde est maintenant situé: la MISMA sera une force de maintien de la paix au Mali, et non pas une force combattante, surtout pas une force de libération ainsi que les Maliens en avaient rêvé. Et le futur ici prend tout son sens, car elle sera une force de maintien de la paix dans le futur, c'est-à-dire, à une date indéterminée à l'heure où ces lignes sont couchées sur une page blanche.
Seuls ceux qui disposent d'une boule de cristal sauront dire à quelle date la CÉDÉAO parviendra à réunir et à acheminer ses 7 à 8.000 soldats sur le territoire malien; seuls eux pourront dire quand elle parviendra à réunir les quelque 300 milliards de F.cfa nécessaires au financement de cette force de maintien de la paix. Si les promesses faites par les nations riches s'exécutent au même rythme que celles faites à Haïti au lendemain du terrible tremblement de terre qui a dévasté cette nation indépendante depuis 1804, alors les Maliens devront patienter encore au moins jusqu'en 2016 pour que leurs sauveurs arrivent à Bamako!
Et dire que nos pays brandissaient les muscles devant les djihadistes enturbannés depuis avril 2012! Ils menaçaient en effet de libérer le nord malien de l'emprise cruelle et rétrograde des guerriers de Dieu pendant que ces derniers envahissaient Diabali et Kouentza, à quelques encablures de Bamako. Le pouvoir frileux de Dioncounda Traoré ainsi que le puissant capitaine qui siège à Kati tremblaient d'effroi devant la poussée formidable de ces guerriers à la barbe fournie dont l'arme la plus formidable est leur dévotion à une cause transcendantale. Ayant très vite apprécié la situation, et ayant compris que jamais la CÉDÉAO ne viendrait libérer son pays - non pas par manque de volonté politique, mais plutôt pour des questions de trésorerie, de logistique inexistante, de capacités militaires insuffisantes, de stratégie et de renseignements aussi, et même des questions d'ordre juridique, ça fait beaucoup, convenons-en -, le président Dioncounda s'est résolu à appeler la France de François Hollande au secours du Mali assiégé et abandonné à son triste sort.
En moins de 24 h, l'ex-puissance coloniale a donné une suite favorable à la requête écrite de celui à qui elle avait déjà sauvé la vie après l'agression barbare dont il fut victime de la part des soutiens du capitaine Sanogo le 21 mai 2012. L'armée de l'air française a bombardé les soldats de Dieu qui se sont éparpillés dans la nature sableuse du grand Mali. Dans leur débandade, ils se rasent la barbe et se fondent dans la population civile. Le Mali est quasiment libéré après trois semaines de combats à sens unique. La France envisage ouvertement un retrait du Mali dès le mois de mars. Mais la CÉDÉAO est toujours à la recherche de fonds et en quête d'une logistique introuvable. Si elle attend la générosité des donateurs internationaux si forts dans les effets d'annonce, qu'elle se renseigne auprès des Haïtiens. Les Maliens, eux, sont heureux de retrouver Gao, Diabali, Kouentza, Tombouctou, Kidal, Aguelhoc, Tessalit, Sévaré, etc, libérés de l'emprise des islamistes cruels. Pour eux, la victoire de la France est savoureuse et sans ambages. Qui a encore besoin de la CÉDÉAO?
Ah, la CÉDÉAO, justement! Elle doit continuer à réunir ses 8.000 soldats pour aller maintenir la paix au Mali. Ce n'est pas rien, après tout. À défaut d'aller combattre les djihadistes, cette multitude ira dissuader ces derniers de revenir occuper le terrain laissé vacant par les soldats français. Il y a certes une condition: il faut que les bailleurs de fonds leur fassent préalablement l'aumône. Hollande, lui, n'a aucune confiance dans l'organisation sous-régionale qui a beaucoup tergiversé sur sa stratégie, sa capacité à constituer la MISMA et à la financer, là où le Tchad à lui seul a déjà déployé 2.000 soldats sur le champ de bataille, pratiquement au pied levé, et sans être membre de la CÉDÉAO! La France demande donc que l'ONU envoie et finance des casques bleus pour assurer la relève de ses soldats au Mali car personne ne peut nous faire confiance, même pour assurer cette opération de maintien de la paix. C'est dommage!
Dr Famahan SAMAKÉ