A son évocation, la plupart des hommes poussent de l'urticaire et affichent une moue dédaigneuse. Les femmes semblent esquisser un sourire de compassion pour ceux qui viendraient à vivre l'expérience. N'empêche, la vasectomie, cette méthode chirurgicale de planification familiale faite sur les personnes de sexe masculin, tente de se frayer un chemin au Burkina Faso. L'ONG Marie Stopes International en fait la promotion. Visite guidée d'une pratique qui veut trouver ses marques, et rencontre avec un monsieur (Daouda Zida) ayant subi l'opération et qui n'en fait pas un complexe.
Jeudi 17 novembre 2011, sur l'avenue qui longe la façade sud de l'Aéroport international de Ouagadougou. Il est autour de 15 heures et les nombreux usagers de cette voie ignorent qu'une pratique pour le moment peu usitée sous nos cieux est en train d'être vulgarisée par une structure d'en face : Marie Stopes International (ONG britannique qui tire son nom de la paléobotaniste écossaise Marie Stopes, une militante pour le droit des femmes et une pionnière du contrôle des naissances) qui fait dans la promotion de la vasectomie.
Que se cache-t-il derrière ce terme a priori rébarbatif ? Il s'agit tout simplement d'une méthode chirurgicale qui stérilise à vie l'homme qui pense avoir eu le nombre d'enfants désiré. L'opération se passe sous chirurgie locale. L'on met juste un anesthésiant sur les testicules (que les puritains et autres âmes sensibles nous en excusent). Ensuite, le médecin applique une petite incision au niveau des bourses.
Avec un matériel adapté, il va chercher le canal déférent, qui achemine les spermatozoïdes des testicules vers la glande séminale, qu'il ligature et sectionne. La route des spermatozoïdes est ainsi bloquée. Foi d'Hélène Tiendrébéogo, directrice de Communication et Marketing de MSI Burkina Faso, il ne s'agit pas là d'une intervention lourde et le patient rentre à la maison aussitôt après l'opération.
Rapide comme méthode n'est-ce pas ? Et pourtant, la décision de l'adopter nécessite de mûrir la réflexion, d'autant plus qu'elle est irréversible. Du reste, les responsables de MSI-Burkina Faso n'en font pas un mystère. Mais, constat sera fait que les principaux freins restent surtout psychologiques et culturels. Hélène Tiendrébéogo de constater avec empathie: «Effectivement, à chaque fois que nous parlons de la vasectomie aux Burkinabè, ils sont réticents et même offusqués, pour ne pas dire révoltés.
Ils pensent qu'il ne relève pas de l'homme lui-même d'être impliqué dans l'espacement des naissances et la planification. Il est également reconnu que les hommes acceptent difficilement la manipulation de leurs organes génitaux. Souvent, les consultations dans ce domaine se font de bouche à oreille». Ailleurs, a-t-elle poursuivi, la pratique semble courante. «Au Népal ou au Kenya, les gens s'alignent pour subir l'opération», a ajouté notre principale interlocutrice, avant que la représentante résidente de cette ONG au Burkina, Catherine Sally Hughes, ne fasse remarquer sans emphase : «Chez moi en Angleterre, un homme sur cinq se fait vasectomiser».Dont acte.
Eh bien, il y en a un Burkina qui a franchi le pas. Instituteur de son état, Daouda Zida est marié, père de deux garçons et de deux filles. Il a subi l'opération en septembre dernier et depuis lors, visiblement, il se porte comme un charme. L'information, il la parcourait bien avant dans les journaux et revues spécialisées. Quand Marie Stopes International en a fait cas, il n'a pas hésité. «J'ai remarqué que la plupart du temps, lorsque qu'il est question de planification familiale, les hommes imposent aux femmes ce que eux n'ont pas le courage d'adopter.
Je me suis dit pourquoi pas nous les hommes?». L'opération est-elle handicapante ? Point de tout cela, à écouter le pionnier en la matière. «Après, j'ai enfourché mon vélo et suis rentré à la maison», a-t-il précisé, le sourire aux lèvres. Mieux, côté sexualité, il affirme être tout aussi épanoui qu'avant. Et c'est tout zen qu'il s'est prêté à l'exercice de la séance photos, à côté de la table d'opération sur laquelle il était couché le 3 septembre 2011.
Issa K. Barry