Vente de la noix de cajou : Fraude et rackets s'intensifient à la frontière Nord-Est ivoirienne.
lebanco.net - Publié le: 22-05-2020 - Mise-à-jour le: 22-05-2020 - Auteur: Issouf Kamagaté
Vente de la noix de cajou : Fraude et rackets s'intensifient à la frontière Nord-Est ivoirienne.
Depuis la levée du couvre- feu, et la reprise progressive des activités économiques ici et là, la contrebande de la noix de cajou a repris de plus bel, du côté de Bondoukou. Ce sont une quarantaine de camions chargés de la noix brute de cajou, qui traversent la frontière nord-est pour le Ghana voisin. 
Selon des informations récurrentes émanant de la zone, pour contourner les sorties officielles, en l'occurrence l'axe Soko - Sampa, les contrebandiers passent par certains villages de Bondoukou dont Tissié ou Tomôgossié pour atteindre le Ghana.
 
                         Partout des barrages de racketteurs 
 
Au parfum de ce trafic, las de voir les dégâts causés par  le passage de ces engins,   des habitants desdits villages ont érigé des barrages en exigeant  5000 Fcfa par camion. A défaut, le véhicule se voit immobiliser. Cette pratique est monnaie courante à ce jour, dans la plupart des villages qui servent de point de contournement pour l'écoulement de la noix de cajou vers le Ghana.
Au dire de H. K enseignant dans la zone du Zanzan, des communautés Lobi ont pris sur elles, d'installer des barrages dans leur campement (Bouko) non loin du cimetière municipal de Bondoukou. Au lieu de 2000 Fcfa qu'elles percevaient par camions, celles-ci ont voulu monter la cagnotte à 5000 Fcfa à l'instar des villageois de Tomôgôssié. Cette action a dégénéré en affrontement. Bilan un des Lobi a été tué par les transporteurs. Il s'en est suivi des arrestations. Quatre chauffeurs de camions et  trois apprentis ont écopé d'une peine d'emprisonnement de 10 ans et d'une amende de plus de trois millions Fcfa.
 
                         Le dilemme de Bondoukou
 
Première zone productrice d'anacarde en Côte d'Ivoire avec plus de 120.000 tonnes l'an, la ville de  Bondoukou vit un dilemme on ne peut plus difficile à résoudre. Pendant que le syndicat national des structures des producteurs pour le contrôle et la surveillance des prix et des droits agricoles des Ivoiriens, mené par  Samigno Mathieu,  lutte  contre la fuite de la noix, des producteurs ,eux, convoient allègrement leur produits agricole au Ghana. Sous de la Covid 19, qui a considérablement plombé leur moisson. Car, les activités liées à la production, au stockage, à la commercialisation et à la transformation de l'anacarde ont fortement baissé. Mieux, les contrats d'achats conclus avec des partenaires  étrangers pour la  livraison n'est plus d'actualité. 
 Pourtant, le gouvernement avait décidé d'acheter 200.000 tonnes de noix de cajou auprès des producteurs, dans le cadre du plan de riposte  face aux effets néfastes de la pandémie.  Quel est l'état de la situation  concernant ces rachats ? Une chose est sûre, ce sont près de 118.530 tonnes  qui sont rentrées au Ghana par des moyens détournés, entrainant la chute des volumes de productions communiqués  par le Conseil coton anacarde. Et selon  le directeur de la commercialisation du Conseil coton-anacarde (Cca), Doumbia Mamadou, le  trafic illicite fait perdre plusieurs milliards Fcfa à l'Etat de Côte d'Ivoire. 
 
                  La complicité  des forces de l'ordre
 
Pour Ouattara S, Il faut avoir le courage de noter aussi que cette contrebande est organisée avec le concours de certains douaniers. « Après la mise en garde du ministre de l'Agriculture et du développement rural, les mauvaises pratiques ont repris au vu et au su des forces de l'ordre qui donnent même des laissez-passer à des trafiquants ». Dans nos recherches, un nom est régulièrement cité, il s'agit de « Gataire ». Ce dernier est chargé de collecter les pots de vins pour les  transmettre  aux  surveillants des postes frontières afin d'autoriser le passage des véhicules chargés de la noix de cajou. Laquelle  s'est imposée comme le produit de prestige de nombreux producteurs de la zone. Pourtant, personne ne misait sur l'émergence de cette culture qui était juste pratiquée pour lutter contre la désertification eu égard au 8e parallèle. Mais l'enjeu de l'anacarde est aujourd'hui énorme.
 
Issouf Kamagaté 
 
Rédigé par: Diarrasse Napie   le: Samedi 23 Mai 2020
C'est très honteux ce qui se passe dans l'anacarde. Le prix payé au producteur ivoirien est le plus bas d'Afrique de l'Ouest. En effet, au Ghana, en Guinée et au Burkina, les producteurs d'anacarde touchent beaucoup plus que le prix payé aux producteurs ivoiriens pour un kilo d'anacarde. Ce n'est pas en fermant les frontières qu'on va empêcher qu'une bonne partie de la production locale aille dans les pays limitrophes. C'est vain. Et puis, nos douaniers sont tellement corrompus. L'anacarde ivoirienne est exportée brute (non transformée). La Cote d'Ivoire est le premier producteur mondial d'anacarde, mais le dernier transformateur au monde. (Moins de 5% de la production ivoirienne est transformée localement). Il y a très peu d'unités de transformation locale du produit. Si vous allez dans nos supermarchés, les noix de cajou qui ont été usinées localement sont reconnaissables aux emballages de mauvaise qualité (bouteilles recyclées ou sachets plastiques de mauvaise qualité avec des étiquettes illisibles.). Bref, ces noix de cajou ne pourraient pas être exportées (pour être vendues dans des supermarchés nord-américains et européens, car leurs emballages ne répondent pas aux normes internationales. Par contre l'anacarde de Côte d'Ivoire qui a été exportée en Inde et au Vietnam puis de là-bas réexportée vers la Côte d'Ivoire est ce qui est très bien présentée, dans des emballage sous vide et dans des boites de conserve. Bref, c'est honteux ce qui se passe dans l'anacarde dont la CI est certes le premier producteur mondial. Mais plus de 90% de la production ivoirienne est exportée brute sans aucune transformation. L'anacarde des ivoiriens enrichit les asiatiques qui transforment cette anacarde et ensuite réexportent le produit transformé vers les USA et le Canada. C'est scandaleux! Encore plus scandaleux que le racket des douaniers aux frontières!
Rédigé par: Xi   le: Samedi 23 Mai 2020
Lago Tape a raison. Les décortiqueuses, les séchoirs ainsi que les machines pour empaqueter les noix de cajou devraient être fabriquées localement, s'il y avait une volonté politique. Il y a suffisamment d'ingénieurs et de techniciens de haut niveau formés par l'Institut National Polytechnique FHB (Yamoussoukro-Abidjan) pour le faire. En Inde et aux Vietnam, ils utilisent beaucoup les séchoirs solaires. Il y a suffisamment de soleil en Côte d'Ivoire pour que le pays s'approprie aussi la technologie des séchoirs solaires. (This is not Rocket science, comme le diraient les américains). Pourquoi donc 95% de la production d'anacarde de Côte d'Ivoire est transformée en Asie ? Puis, réexportée vers l'Amérique du Nord (USA-Canada) ? En Côte d'Ivoire on décortique toujours l'anacarde (manuellement) au couteau. C'est un travail pour lequel les femmes sont majoritaires. Pourtant dans le Plan National de Développement 1996-2020, il est bien écrit que la transformation (industrielle) de nos matières premières est la priorité des priorités. Mais dans les faits, cela ne s'est pas encore concrétisé. Quels sont les chaînons manquants ? Ce n'est pas seulement l'anacarde que nous ne transformons pas. Pour le cacao ivoirien, c'est pareil. Notre pays est impliqué seulement dans la semi-transformation du cacao en beurre de cacao. Mais notre pays est peu présent dans la seconde transformation du beurre de cacao en produit fini tel que le chocolat et en produits dérivés du cacao (cosmétiques, produits pharmaceutiques, boissons au cacao, biscuits et crèmes glacées au chocolat.). Pour l'instant, l'industrialisation est surtout le fait des multinationales étrangères (Cemoi, Nestlé, Barry-Callebaut...) qui bénéficient de toutes les exonérations fiscales disponibles et imaginables. Mais que fait l'Etat pour favoriser l'émergence des "champions nationaux" de l'industrie ivoirienne ? En effet, nos PME locales ne bénéficient pas des mêmes exonérations fiscales que les multinationales.
Rédigé par: papus   le: Vendredi 22 Mai 2020
Lago TAPE,plus de commentaires tout est bien resume
Rédigé par: Lago Tape   le: Vendredi 22 Mai 2020
Les problèmes sont (souvent) posés à l'envers dans notre cher et beau pays. (1) La contrebande aux frontières et le racket des villageois au passage des camions, tout cela existe parce que tout d'abord le prix du kilogramme de noix de cajou payé au producteur en Côte d'Ivoire est inférieur (souvent de moitié) aux prix payés dans tous les pays voisins (Ghana, Burkina, Guinée.). Pourquoi cela? Pourquoi est-ce que le prix au kilo payé aux producteurs ivoiriens est très largement inférieur aux prix que les producteurs des pays voisins eux, gagnent pour le même kilo de noix de cajou ? Telle est la question de fond qu'on élude ici pour ne parler que de fraudes, de racket et de la corruption de nos douaniers (qui veulent tous devenir riches et très rapidement). (2) L'autre question qu'on ne se pose pas assez est la suivante: Comment se fait-il que la Côte d'Ivoire exporte-t-elle en vrac (sans aucune valeur ajoutée) plus de 97% de sa production d'anacarde ? En effet, moins de 5% de la production nationale d'anacarde est transformée sur place. Dans les faits, la Côte d'Ivoire exporte sa production d'anacarde principalement vers l'Asie (Vietnam, Inde principalement.) et là-bas, l'anacarde de Côte d'Ivoire est torréfiée et empaquetée (sous vide) et (ensuite) réexportée vers l'Amérique du nord et l'Europe. La valeur ajoutée de l'anacarde produite en Côte d'Ivoire (premier producteur mondial) est ainsi capturée par les asiatiques. (3) Que faire pour que la Côte d'Ivoire devienne (à la fois) le premier producteur mondial d'anacarde et également le premier transformateur d'anacarde au monde ? Au-delà des discours creux sur l'émergence, il faudrait une politique plus volontariste, afin que les producteurs ivoiriens d'anacardes regroupés en coopératives, puissent acquérir les machines de décorticage, de torréfaction et d'empaquetage sous vide, de "notre" anacarde. (4) Faut-il que ces machines soient disponibles en hors-taxes ? Pourquoi pas si notre industrialisation en dépend!