Côte d'Ivoire -Coronavirus : Lettre Ouverte à Monsieur le Ministre de la Santé
Dr Coulibaly Dinignako - Publié le: 25-03-2020 - Mise-à-jour le: 25-03-2020 - Auteur: Dr Coulibaly Dinignako
Côte d'Ivoire -Coronavirus : Lettre Ouverte à Monsieur le Ministre de la Santé
Monsieur le Ministre, cher confrère, cher ainé,
 
Nous constatons avec vous qu'il nous sera difficile d'appliquer des mesures drastiques a l'instar de celles prises dans les pays plus développés en Europe, en Asie et dans les Amériques. Plusieurs raisons militent en défaveur de ce type de mesures notamment le confinement total qui semble être la panacée dans tous ces pays touchés avant nous :
 
Tout d'abord, la configuration de notre économie, laisse à penser que ce serait catastrophique de demander à nos populations de s'abstenir de travail car l'informel est chez nous la règle et nombre de nos parents survivent uniquement que grâce à des revenus glanés ça et là au cours de leurs différents périples quotidien.
 
Notre mode de vie couplé à la pauvreté de nombre de nos concitoyens contraint à une promiscuité sans nom. Des familles vivent entassées à plus d'une dizaine d'individus ; les échanges dans les cours dites communes sont légions et difficilement contrôlables. 
 
La distanciation sociale, même si elle pourrait donner des fruits dans les quartiers huppés tels que Cocody et certains autres, aura du mal à prospérer dans beaucoup d'endroit. L'on nous retorquera certainement qu'il faut éduquer la population mais alors nous répondrons que nous sommes dans l'urgence et l'éducation d'une population dans le sens d'un changement de mours ou de mentalité ne se fait pas du jour au lendemain. Evitons donc d'être utopiste et de rêver dans des bureaux climatisés.
 
Notre système de santé, tel qu'il est aujourd'hui, nous ne vous apprenons rien, est incapable de faire face à cette épidémie si elle devait s'abattre sur nous comme elle a la jouissance de le faire dans les pays développés. Pourtant rien, absolument rien, ne nous indique que tel ne sera pas le cas. Nous devons donc nous attendre au pire.
 
Dans ces circonstances, Monsieur le ministre, que proposons nous ?
 
1) L'ouverture dans toutes les communes d'Abidjan et dans toutes les autres villes du pays d'un centre dédié au diagnostic et à la prise en charge de cette pathologie. Il s'agira d'implanter des tentes dans un endroit bien précis de la ville ou de la commune. Ces endroits auront pour vocation de ne recevoir que les cas non graves. Les malades les plus graves nécessitant une hospitalisation en réanimation devant être orientés vers des unités spécialisés des CHU.
 
2) Obligation faite aux différents directeurs départementaux de la santé d'organiser sans tarder des séances de formations des personnels de santé de leurs zones d'influence. Ces formations devraient s'adresser à tous les médecins, pharmaciens, infirmiers et sages-femmes.
 
3) Homologation des prix de vente des masques (appelés cache nez sous nos tropiques) et des gels hydroalcooliques
 
4) Obligation faite aux pharmaciens d'officine de produire des gels hydroalcooliques selon la formule divulguée par l'OMS et disponible sur son site internet
 
5) Divulgation d'un patron de fabrication de masques de protection en tissus comme l'ont fait certaines initiatives en France (Patron disponible par simple clic sur internet). Ces masques pourront être fait par des couturiers sous la supervision et la responsabilité d'un pharmacien.
 
6) Rendre la couverture de la bouche et du nez obligatoire sur toute l'étendue du territoire nationale. L'idéal sera le port du masque mais à défaut de masque, obliger les populations à innover en se couvrant par n'importe quel moyen. Nous sommes conscients de ce que dans certains pays développés, il est déconseillé de porter les masques car leur mauvaise utilisation pourrait conduire à une auto contamination mais nous sommes convaincus que si cette mesure de protection s'applique à toute la population, les contaminations interpersonnels seront réduites quasiment à néant.
La seule solution donc pour que cette mesure marche est que toute la population soit protégée.
 
7) Réquisition de certains sites de production de formes sèche de médicament afin de produire en quantité suffisante de l'hydoxychloroquine, produit ayant montré une efficacité certaine sur le coronavirus. Nous pensons qu'il ne faille pas attendre plus longtemps pour mettre à la disposition de nos malades ce médicament qui est bien connu par nos spécialistes de la santé. Comme vous le savez, Monsieur le ministre, la chloroquine a été éprouvée en Afrique pendant des décennies et nombreux sont les gens qui parmi nous l'ont déjà utilisé et la connaissent bien. En effet, tout Ivoirien de plus de 30 ans a déjà utilisé ce produit. Ses effets secondaires sont également connus et le rapport bénéfice/risque milite en faveur de son utilisation. Nous rappelons que la dangerosité du coronavirus s'observe chez des malades d'un certain âge et ceux-ci sont forcément des anciens utilisateurs de la chloroquine. Nul besoin donc de l'administrer dans un premier temps, à des jeunes enfants ou adolescents chez qui, la virulence du virus est moindre.
En ce qui concerne les preuves scientifiques de l'utilisation de la chloroquine, vous connaissez l'étude de l'équipe de Marseille dont les résultats sur un nombre limité de patients sont sans équivoques et démontrent une efficacité aussi bien en monothérapie qu'en bithérapie associé à l'Azithromycine.
 
8) Proposer aux soignants, un protocole national de prise en charge de cette pathologie incluant en traitement curatif à la chloroquine et pour les cas graves la bithérapie Chloroquine/ Azithromycine.
 
9) Poursuivre tous les charlatans qui prétendent guérir cette pathologie et qui divulguent des recettes miracles sur les réseaux sociaux. 
 
10)  Poursuivre les mesures de préventions actuelles et les accentuer dans les médias nationaux.
Monsieur le ministre, nous suivons tous l'actualité et l'évolution de cette pandémie dans le monde nous inquiète. Sauf donc votre respect, nous pensons humblement que des mesures adaptées à nos réalités devraient pouvoir nous sortir de l'impasse dans laquelle nous risquons de nous retrouver.
Certaines propositions faites ici peuvent être sujettes à polémique alors dans ce cas, il vous appartient en denier ressort de décider en connaissance de cause.
 
Dr Coulibaly Dinignako
Pharmacie du Gbêkê, Bouaké
Rédigé par: Forestier de Lahou   le: Mercredi 25 Mars 2020
"En ce qui concerne les preuves scientifiques de l'utilisation de la chloroquine, vous connaissez l'étude de l'équipe de Marseille dont les résultats sur un nombre limité de patients sont sans équivoques et démontrent une efficacité aussi bien en monothérapie qu'en bithérapie associé à l'Azithromycine..." Malheureusement, contrairement à ce qui est affirmé ici, cette "étude" (qui ne porte que sur un tout petit nombre de cas, moins de 20 !) ne fait pas l'unanimité dans la communauté scientifique. La chloroquine et ses dérivés sont des produits bien connus depuis longtemps, et si c'était si simple que ça (si ça l'était ça se saurait !), les Chinois (qui sont la pharmacie du monde !) l'auraient utilisé massivement depuis le tout début de l'épidémie et n'auraient pas mis plus de 3 mois pour juguler son expansion. Donc attention Docteur ! Il faut, en effet, avec une rigueur implacable et une extrême sévérité "Poursuivre tous les charlatans qui prétendent guérir cette pathologie et qui divulguent des recettes miracles sur les réseaux sociaux" (et sur d'autres canaux aussi), mais il faut commencer à appliquer à soi-même une grande rigueur dans les affirmations qu'on balance ici. En matière scientifique, le "doute cartésien" s'impose avant tout, et en matière médicale, le principe de précaution ("primum non nocere") est une base fondamentale. Cela étant, je pense que face à cette épidémie, il faut (1) prendre les leçons de ce qui s'est passé ailleurs dans le monde, (2) prendre le plus tôt possible des mesures extrêmement énergiques et éviter atermoiements et demi-mesures, (3) rejeter avec la plus grande énergie la démagogie et le "n'importe-quoi", (4) sanctionner sans pitié les comportements à risques. N'oublions pas que la croissance du nombre de victimes est exponentielle: début assez lent, puis quasi-explosion (nombre multiplié par 2 tous les 2 ou 3 jours).
Rédigé par: papus   le: Mercredi 25 Mars 2020
Tout a fait d'accord avec ce Sachant sur certains points,en effet la structuration de nos ETATS ne peuvent pas faire du confinement une panacee absolue pour vaincre ce VIRUS en AFRIQUE Au Maroc le confinement a souleve une revote dans les zones defavorisees,en CI,des mesures drastiques ont certes etees prises mais difficilement suivies du fait de notre extreme pauvrete. Peut-on fermer nos marches a ciel ouvert et a multiples entrees? Peut-on reguler le flux de la population a la gare routiere d'ADJAME? Pendant combien le temps encore la majorite des fonctionnaires du PLateau erreront pour se restaurer a midi? En EUROPE comme en Amerique le confinement fait deja debat.
Rédigé par: Lago Tape   le: Mercredi 25 Mars 2020
C'est une urgence sanitaire en effet! La situation est grave en Côte d'Ivoire et si la propagation de l'épidémie continue, notre système de sante ne pourra pas supporter cela. (Pas assez de personnels soignants (qui ne sont pas assez protégés), pas assez de respirateurs et d'oxygène dans tous nos centres de santé sur l'ensemble du territoire.). Nous sommes passés en Côte d'Ivoire du stage où tous les cas de coronavirus étaient des cas "importés" (par des personnes ayant séjourné en Europe (France et Italie notamment) au stade actuel, où nous avons des cas "endogènes" de coronavirus...