Migration clandestine : Voyage sans retour de Laurent Barthélemy
Mauro Armanino - Publié le: 15-01-2020 - Mise-à-jour le: 15-01-2020 - Auteur: Mauro Armanino
Migration clandestine : Voyage sans retour de Laurent Barthélemy

Aucun deuil national n'a été déclaré. Il se décrète seulement quand il y a des militaires morts sur les champs de bataille, pour les civils qui ont perdu la vie à cause des changements climatiques ou pour des catastrophes.

Aucun deuil, en revanche, pour Laurent Barthélemy, garçon de 14 ans mort congelé dans le train d'atterrissage de l'avion où il s'était caché pour son premier et unique voyage à Paris. Depuis Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, on atteint Paris au bout de 6 heures de vol et la température peut descendre, selon les spécialistes, jusqu'à 50 degrés sous le zéro.
Laurent Barthélemy, élève en classe de quatrième, est mort à 14 ans à l'insu des passagers de l'avion qui, comme toujours en vol, occupaient leur temps dans l'attente de la destination. Laurent Barthélemy, sans le savoir ou le vouloir, est arrivé en même temps qu'eux. Selon les premières reconstructions des faits, l'enfant a passé le mur de clôture, il s'est caché au milieu des arbustes qui côtoient la piste et a finalement embrassé le train d'atterrissage de l'avion, pour occuper l'espace intérieur jusqu'au bout du voyage. On le disait un élève simple, plutôt silencieux et délicat. Ses parents ont donné l'alarme ne le voyant pas retourner le soir à la maison, dans le quartier de Yopougon, à Abidjan.
 
Lui était parti sans savoir ou, peut- être, il avait compris ce que les autres n'osaient pas penser. Tenter une autre vie possible que le destin, souvent aveugle en Afrique, lui avait attribué. On lui avait raconté et il avait vu de ses yeux, maintes fois les avions quitter l'aéroport et s'éloigner vers le monde qu'il voyait à la télé et dont certains amis lui montraient les photos. Sur place il n'était pas intéressé aux palais à étages du 'Plateau' ou les résidences des présidents et ambassadeurs à Cocody.
Avec ses 14 ans, il savait bien comment fonctionne le monde que les vieux lui avaient donné en héritage. Des conflits armés pour la Présidence de la République et de la partition en deux du Pays il avait juste entendu parler quand il était petit. Chemin faisant il avait néanmoins compris que ceux qui se trouvent en haut et dont les portraits souriants sont affichés pendant les campagnes électorales, l'avait trahi et aussi bien d'autres enfants comme lui. Ils parlaient des choses qu'il n'imaginait pas, parce que les 'macroéconomies' allaient très bien et les pauvres, par contre, augmentaient. Il n'avait pas eu assez de temps d'y penser car, aussitôt après le décollage de l'avion, à 22 H 55 de ce jour- là, il était fatigué et il sentait la peur. Il 's'était aussitôt endormi et il pensait à sa mère qui aurait reçu ses nouvelles et à son père qui aurait été très fier de lui, un jour.
 

A l'arrivée dans l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, à 6 heures du jour suivant, son sommeil était sans fin et à 6 H 40 il a été découvert, les bras croisés et accroupis comme un bébé dans le sein de sa mère. C'était en 2013 le dernier enfant qui, comme lui, l'on avait trouvé dans un avion en des conditions semblables. Juste 7 ans, nombre biblique qui indique plénitude et plein accomplissement des projets que personne n'ose plus imaginer. D'autant plus qu'aucun jour de deuil n'a été décrété par les autorités qui, en revanche, se sont limitées à garantir davantage de sécurité autour de l'aéroport et d'assurer le déguerpissement des maisons abusives. Tout cela pour éviter que ce type d'événement ne se répète une autre fois. Aucun mot de compassion ou de regret de la part du ministre des transports, pour tout ce qui a constitué la raison du choix de l'unique voyage de Laurent Barthélemy. En personne honnête, il aurait d'abord fait silence, il aurait ensuite rendu visite à la famille de l'enfant et il aurait proposé au Président de la République de décréter 14 ans de deuil national : l'âge de Laurent Barthélemy.

Le ministre en question et d'autres comme lui, n'ont pas compris que le voyage sans retour de Laurent Barthélemy, représente une défaite pour tous. Pour son Pays d'abord, incapable d'offrir un future convenable à ses enfants. Puis pour l'Afrique, qui s'est laissée transformer en un terrain de conquête pour l'horreur néolibéral. Et finalement une défaite pour l'autre monde, l'Occident, qui trahi ce qui distingue la civilisation de la barbarie : l'hospitalité de l'étranger. Laurent Barthélemy n'est pas le premier et ne sera pas le dernier à enjamber des murs de clôture et il ne servira en rien de les rehausser ou y poser dessus des barbelés pour arrêter l'histoire. L'enquête pour le sommeil sans fin de Laurent Barthélemy a été confiée à la Gendarmerie des Transports Aériens, GTA. Elle aurait dû être confiée à la classe politique des Pays de la sous-région. Pour les aider à finaliser l'enquête ils pourraient se servir d'un petit commentaire à l'article sur la mort de l'enfant, lu dans le journal français 'Le Figaro'.Voici ses mots textuels.'Ne pouvait-il pas rester chez lui ? Nous n'en voulons plus'. A l'évidence on n'a plus besoin d'aucune enquête.
 
Mauro Armanino, Niamey
Rédigé par: Forestier de Lahou   le: Vendredi 17 Janvier 2020
ça fait déjà de longues années qu'on cherche à "récupérer" les terrains autour de l'aéroport, ce qui aurait été fait depuis longtemps sans une opposition farouche des occupants. Il semble qu'on ait trouvé cette fois un prétexte pour le faire manu militari... Faux prétexte, puisque le jeune passager clandestin du train d'atterrissage venait de Yopougon et ne s'est probablement pas attardé à Adjouffou. En l'espace de quelques années, le pouvoir RDR-RHDP a fait de toute cette zone un véritable désert, cassant notamment toutes les habitations et certains établissements pourtant de grande valeurs entre la route et la mer, et cela se poursuit pratiquement jusqu'au niveau du "village artisanal" de Grand-Bassam (qui a perdu, de ce fait, beaucoup de son intérêt)... Et pour faire quoi ? Cherchez à qui profite le crime. C'est sans doute un aspect de la stratégie "stupide Côte d'Ivoire" du Sinistre Siandou Fofana, qui n'a d'yeux que pour le béton, le verre et l'acier et les Disneylands standardisés. J'espère en tous cas qu'ils n'iront pas jusqu'à casser les derniers maquis à proximité de l'aéroport, seuls endroits "presque" conviviaux où on peut boire un pot avant de prendre l'avion.
Rédigé par: Diarrasse Napie   le: Jeudi 16 Janvier 2020
Adiouffou va être rasé.six gendarmes de l'aéroport ont été mis aux arrêts.
Rédigé par: Lago Tape   le: Mercredi 15 Janvier 2020
Selon les chiffres du CEVI (Centre Italien du Volontariat International), une ONG italienne citée par la RTI, plus de 20 000 ivoiriens sont rentrés clandestinement en Italie entre 2016 et 2017 (et ces ivoiriens provenaient majoritairement de la ville de Daloa, véritable "épicentre" de l'immigration clandestine en Côte d'Ivoire. Source:https://www.rti.ci/info/societe/22206/immigration-clandestine-plus-de-20000-ivoiriens-arrives-en-italie-entre-2016-et-2017 Toujours selon cette ONG, les chiffres capturent seulement 10% de la réalité du phénomène de l'immigration clandestine, ce qui veut dire que la réalité est beaucoup plus inquiétante encore que les chiffres cités. Oui, la mort du passager clandestin ivoirien de 14 ans du vol Air France, ainsi que la mort des milliers d'ivoiriens dans la Méditerranée, doivent être perçues comme l'échec de la soi-disant politique d'émergence qui dure depuis presque 10 ans, tant vantée par nos politiciens ivoiriens. Cette politique d'émergence en plus du chômage et de la pauvreté, produit plus de deux millions de jeunes, peut-être trois millions, que le Ministère de l'Emploi-Jeunes appelle des "Ni-Ni". Ce sont des jeunes ivoiriens qui n'ont Ni-(Education formelle ou Formation professionnelle), Ni-(Expérience de travail concrète ou d'apprentissage). La majorité des jeunes ivoiriens qui tentent l'expérience de l'immigration clandestine au péril de leur vie sont des Ni-Ni. Ce qui est plus grave et honteux (pour la classe politique ivoirienne) est qu'aujourd'hui en 2020, un adolescent (de 14 ans) bien scolarisé qui travaille bien et qui est bon en mathématiques et sciences, soit lui aussi tenté par l'aventure de l'immigration clandestine. This is shameful and disgraceful!